Perception ou réalité ?

En politique, comme en toute chose, la perception compte souvent plus que la réalité. On sait aussi que la réalité dépasse souvent la fiction… ou dans ce cas-ci, la perception.

Dans cette campagne électorale municipale, qui jusqu’à la fin octobre a été plutôt calme, le ton monte au rythme du nombre de jours qui restent avant le 15 novembre. Les quelques affiches plantées ici et là reflètent aussi l’apathie des électeurs… On est loin de la forêt d’affiches que l’on trouve normalement dans une campagne enlevante.

Jusqu’à maintenant, on a surtout entendu les critiques de ses opposants à l’endroit du maire sortant. C’est normal, on est en campagne électorale. Il est aussi normal en période de campagne de voir la perception de certains sujets ou évènements prendre le dessus sur la réalité.

 

Gregor Robertson, l’actuel maire, et son principal adversaire Kirk LaPointe.

Gregor Robertson, l’actuel maire, et son principal adversaire Kirk LaPointe.

Il y a eu la perception que le conseil n’est pas à l’écoute de ses citoyens, qu’il ne les consulte pas assez ou qu’il ne change pas d’idée quand les consultations sont terminées. La réalité est que le processus de consultation n’est pas un processus de prise de décision. C’est un processus qui permet de voir quelles sont les modifications, corrections ou changements qui peuvent être apportés au projet à l’étude ou en développement. La seule véritable consultation démocratique qui peut mener à un changement est le processus électoral, une élection !

Il y a aussi la perception que Gregor Robertson est dans la poche des promoteurs immobiliers, ou bien dans celle des résidents de Point Grey Road qui lui seraient éternellement reconnaissants de leur avoir offert une rue sans circulation automobile, ou encore qu’il est dans la poche du syndicat des employés municipaux, à qui Vision aurait réitéré son engagement de ne pas ouvrir plus de contrats avec l’entreprise privée pour des services municipaux qui sont du ressort des syndiqués.

La question qui se pose alors à Gregor Robertson est de savoir comment il fait pour servir tous ces maîtres à la fois, pour concilier les intérêts des promoteurs immobiliers et des syndicats des employés municipaux ? Si c’est vraiment ce qu’il réussit à faire, c’est tout en son honneur ! On devrait l’en féliciter, puisque voilà un exploit qui n’est pas négligeable.

Monsieur LaPointe insiste sur la perception que monsieur Robertson serait à couteaux tirés avec les gouvernements provincial et fédéral, mais que lui en revanche aurait des relations harmonieuses avec ces deux niveaux de gouvernement. La réalité est que monsieur LaPointe admet ici qu’il est proche des libéraux provinciaux et des conservateurs fédéraux, alors que tout le monde sait que monsieur Robertson est un ancien député néo-démocrate provincial… tout est dit !

Monsieur LaPointe est plutôt ancré dans la réalité que dans la perception. En réalité, le candidat NPA à la mairie de Vancouver n’habite pas Vancouver. Il habite sur les University Endowment Lands (UEL), qui relèvent directement du Ministère provincial de la communauté, du sport et du développement culturel, qui nomme un administrateur pour la communauté dont les résidents payent leurs impôts fonciers au gouvernement provincial et n’élisent pas de conseil municipal.

Donc monsieur LaPointe, n’habitant pas Vancouver, ne paye pas d’impôts fonciers à Vancouver, ne travaille pas à Vancouver et n’a pas droit de vote dans les élections municipales de Vancouver du 15 novembre. Il travaille à North Vancouver et à UBC et les seuls liens concrets qu’il entretient avec la ville qu’il veut diriger sont qu’il la traverse pour aller et venir de chez lui à son lieu de travail. Ce qu’il fait à contresens de la circulation aux heures de pointe, qu’il ne peut plus utiliser Point Grey Road comme raccourci entre Alma et le pont Burrard, que la construction d’un métro vers UBC dérangerait sans doute ses habitudes, puisqu’il ne pourrait plus emprunter Broadway pendant la construction et qu’il ne sait pas que ce nouveau service trouverait son point de départ à la station VCC-Clark et non Broadway-Commercial.

En réalité et légalement, les seuls prérequis pour présenter sa candidature aux élections municipales sont d’avoir au moins 18 ans, d’habiter la province depuis au moins 6 mois et de ne pas avoir été trouvé coupable d’une offense criminelle.

Comment est-ce que Kirk LaPointe, candidat à la mairie de Vancouver, peut en toute conscience demander aux électeurs de lui faire confiance, quand aucun des grands enjeux auxquels fait face la ville ne le touche directement ?

Ceci explique peut être sa suggestion de créer des voies à contresens aux heures de pointe comme il en existe déjà sur le Pont Lions Gate et dans le tunnel Massey… pour accommoder, ce qui accommoderait, faut-il le rappeler, les automobilistes banlieusards qui comme lui, n’habitent pas Vancouver, n’y payent pas d’impôts fonciers et n’y ont pas droit de vote… mais qui au moins y travaillent.