Tourisme : une rare bonne nouvelle pour la Grèce

Les touristes à la Parthenon, Athènes. | Photo par Rachel Knickmeyer

Photo par Paul Kamblock

Écrasée par le fardeau d’une dette impossible à rembourser, étouffée par des années d’austérité extrême imposée par le dictat européen, découragée par un taux de chômage effarant, la Grèce a bien besoin de bonnes nouvelles. Le secteur touristique apporte une lueur d’espoir à une population qui a sombré depuis longtemps dans la déprime.

Athènes, Grèce. | Photo de Pascal Guillon

Athènes, Grèce. | Photo de Pascal Guillon

La marine marchande et le tourisme sont les deux piliers économiques du pays. Mais les richissimes armateurs grecs, comme tous les grands gagnants de la mondialisation néolibérale, paient bien peu d’impôts et emploient bien peu de monde dans leur pays, préférant placer leurs navires sous pavillons de complaisance et engager des marins sous-payés dans les pays du tiers monde. Il reste le tourisme, qui compte pour 20 % du produit intérieur brut et 20 % des emplois du secteur privé. Mais l’an dernier, ce secteur-là suscitait aussi des inquiétudes. Les Grecs ont craint que les images de plages envahies de réfugiés désespérés fassent fuir les touristes, même si ces « invasions » n’avaient lieu que sur une poignée d’îles proches de la Turquie. Mais contre toute attente, le secteur touristique grec s’en est très bien tiré en 2015, accueillant 26,5 millions de visiteurs étrangers. Cette année, la Grèce s’attend à recevoir 27 millions de touristes. Vu l’animosité historique entre les Grecs et les Turcs, il est peu probable qu’Athènes envoie une lettre de remerciement à Ankara, et pourtant, les décisions politiques de la Turquie d’Erdogan y sont pour beaucoup dans la bonne santé du tourisme en Grèce.

Les touristes à la Parthenon, Athènes. | Photo par Rachel Knickmeyer 

Les touristes à la Parthenon, Athènes. | Photo par Rachel Knickmeyer

Non seulement la Turquie se fait payer par l’Union européenne pour ralentir le flot de réfugiés syriens en route vers l’Europe du Nord via la Grèce, mais elle a réussi à endommager fortement son industrie touristique qui était la grande concurrente de celle des îles grecques. Erdogan s’en est d’abord pris à Israël, ce qui l’a peut-être rendu populaire auprès de son électorat et dans le monde arabe mais a eu pour effet de faire disparaître plus de 90 % des touristes israéliens. Le plus grand marché touristique de la Turquie était la Russie. Mais après avoir abattu un avion militaire russe au-dessus de la Syrie, il ne reste quasiment rien des 4,5 millions de touristes russes qui venaient chaque année en Turquie. Quand Erdogan embastille à tour de bras les journalistes et plus généralement ses opposants politiques, ça ne fait pas fuir pour autant les touristes européens et nord-américains. Mais quand il ravive sa lutte contre les Kurdes, ce qui donne lieu à des attentats terroristes, cela change l’image du pays aux yeux des Occidentaux qui voient maintenant la Turquie comme étant un pays typique du Moyen-Orient, c’est-à-dire instable et dangereux.

Au loin, l'île grecque de Chios vue de la Turquie | Photo: Pascal Guillon)

Au loin, l’île grecque de Chios vue de la Turquie | Photo: Pascal Guillon

Le malheur des hôteliers turcs fait le bonheur de leurs voisins grecs. Ce sont surtout les voyagistes russes qui se tournent massivement vers la Grèce. De plus, les Russes étaient également nombreux à fréquenter l’Égypte, notamment les plages de la mer Rouge. Là aussi, l’islamisme radical et le terrorisme ont réduit le tourisme à néant pour le plus grand bonheur des hôteliers de Chypre et de Grèce.

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Chios, Grèce | Photo de Pascal Guillon

Sous les effets de la terrible crise économique qui sévit depuis 2008, bon nombre de Grecs ont du mal à se maintenir dans les classes moyennes. À la recherche désespérée de nouvelles sources de revenus, beaucoup d’entre eux louent des chambres aux touristes. Le gouvernement a passé des accords avec Airbnb pour tenter de taxer ces locations. Mais en Grèce l’évasion fiscale est une vieille tradition qui a la vie dure et les arrangements à l’amiable et les paiements en liquide sont toujours les bienvenus.

Chios  | Photo: Pascal Guillon

Chios | Photo de Pascal Guillon