L’itinérance canadienne : fin d’un règne à l’horizon ?

La triste réalité de l’itinérance.

« Can you spare some change, please ? », « Avez-vous un peu de monnaie, svp ? » Voilà ce que l’on peut entendre ici et là en marchant dans le centre-ville de Vancouver, de Montréal, de Toronto et, malheureusement, dans celui de bien d’autres villes canadiennes. Riche pays industrialisé aux systèmes de santé et d’éducation développés, le Canada semble, à l’instar de ses confrères, cacher quelques squelettes dans le placard. L’itinérance, cette triste réalité, pourquoi devons-nous encore y faire face ?

Alors que l’itinérance demeure une situation alarmante au Canada, il semble se pointer une lueur d’espoir, et ce, pour la première fois depuis les 25 dernières années. Comme un baume sur la plaie, l’Observatoire canadien sur l’itinérance et l’Alliance canadienne ont récemment déposé un rapport sur l’État de l’itinérance au Canada 2016. Encourageant, ce dernier montre que non seulement l’itinérance pourrait être éliminée, mais
aussi que son élimination peut être atteinte, et ce, de manière abordable.

Une Stratégie nationale sur le logement en vue !

Huit recommandations pour mettre fin à l’itinérance

La clé du succès semble s’articuler autour de la future Stratégie nationale sur le logement dont le gouvernement fédéral entend en dévoiler le contenu d’ici la période des Fêtes. « C’est formidable de savoir que le Canada reprend une Stratégie nationale sur le logement », a mentionné par voie de communiqué
Stephen Gaetz, le directeur de l’Observatoire canadien sur l’itinérance.

L’État de l’itinérance au Canada 2016 propose des recommandations au gouvernement du Canada pour sa Stratégie nationale sur le logement :

1. Adoption d’un objectif national d’élimination de l’itinérance dont les résultats, les étapes et les critères sont clairs et mesurables.

2. Renouvellement et étendue de la Stratégie des partenariats de lutte contre l’itinérance pour mettre l’accent sur le logement d’abord, la prévention et l’élaboration de systèmes de lutte contre l’itinérance coordonnés.

3. Nouvelle entente cadre fédérale/provinciale/territoriale qui définit le leadership local concernant l’itinérance et l’investissement dans le logement.

4. Stratégies ciblées qui répondent aux besoins des sous-populations prioritaires, dont les jeunes, les anciens combattants et les populations autochtones.

5. Entretien et étendue du parc de logements abordables existant.

6. Exécution d’un avantage relatif au logement national.

7. Crédit d’impôt pour le logement abordable.

8. Revue et augmentation des investissements dans les logements abordables pour les autochtones.

Bien qu’il s’agisse de recommandations s’adressant au gouvernement fédéral, le combat contre l’itinérance commande des partenariats à travers les secteurs publics, privés et à but non lucratif.

Mais le gouvernement Trudeau emboîtera-t-il le pas ?

« Notre gouvernement s’est donné comme principal objectif d’améliorer le bien-être économique de toutes les familles canadiennes, et de soutenir les Canadiens vulnérables, incluant ceux qui sont sans abri ou à risque de le devenir », avance Émilie Gauduchon-Campbell, attachée de presse au cabinet du ministre de la Famille, des Enfants et du Développement social, monsieur Jean-Yves Duclos. Bien que la volonté semble se manifester, le gouvernement devra toutefois sortir son chéquier.

Un peu plus de 43,7 milliards de dollars sont nécessaires

Le rapport recommande un investissement de 43, 788 milliards de dollars sur une période de 10 ans, ce qui représente une augmentation annuelle de 1,8 milliard de dollars comparativement à ce que le gouvernement fédéral prévoit dépenser pour les logements abordables en 2017–2018.

« Dans le budget 2016, notre gouvernement a annoncé un financement additionnel de 111,8 millions de dollars sur deux ans dans le cadre de la Stratégie des partenariats de lutte contre l’itinérance, aussi appelée la SPLI. Ce montant s’ajoute au financement de près de 600 millions de dollars sur cinq ans déjà offert à des collectivités de partout au pays pour prévenir et réduire l’itinérance », ajoute l’attachée de presse du ministre Duclos.

De plus, un montant de plus de 12,5 millions de dollars de ce financement est consacré au volet Solutions novatrices à l’itinérance : volet visant à prévenir et à réduire l’itinérance, en particulier chez les Canadiens autochtones, les jeunes, les femmes fuyant la violence et les vétérans.

Il est important de souligner qu’actuellement, l’itinérance coûte au-delà de 7 milliards de dollars par an à l’économie canadienne.

Le visage de l’itinérance :

L’itinérance de masse au Canada est apparue dans les années 1980, à la suite d’un désinvestissement massif dans les logements abordables, de changements structurels de l’économie et d’une réduction des dépenses dans le soutien social.

35 000 Canadiens sont sans abri durant toute nuit donnée.

235 000 Canadiens vivent l’itinérance à un moment donné chaque année.

27,3 % sont des femmes et
18,7 % sont des jeunes.

Près du quart des utilisateurs des refuges ont plus de 50 ans.

Entre 28 % et 34 % des utilisateurs des refuges sont des autochtones.

Près de 3 000 anciens combattants se retrouvent sans abri.

Au cours des 20 dernières années, la population du Canada a augmenté de plus de 30 %, mais le financement fédéral dans les logements abordables a baissé de plus de 46 %.

Colombie-Britannique : un modèle ?

Depuis 2016, quatre gouvernements provinciaux ont élaboré des stratégies de lutte contre l’itinérance, dont l’Ontario, l’Alberta, le Québec et Terre-Neuve et Labrador. Ne cherchez pas la Colombie-Britannique, il semble qu’elle se fait timide pour cette problématique. Pourtant, les statistiques montrent qu’elle pourrait prendre exemple sur la province voisine, puisque à Vancouver seulement, le nombre estimé de personnes : 1) sans abri : 1847, 2) qui vivent dans la rue : 957, et 3) qui vivent dans des refuges (y compris les lits d’urgence) : 1820, est assez impressionnant.

Pour les gens intéressés par le sujet de l’itinérance, un Philosophers’ Café intitulé : What does it say when so many of our most vulnerable citizens live on the street ? se tiendra le 6 mars au 3599, rue Commercial. Qui sait, peut-être que de ces discussions émaneront des solutions qui transformeront le « Avez-vous un peu de monnaie, svp ? » par « Je n’ai plus besoin de vos sous ».

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