Les radios francophones de l’Ouest montent le son

Dans l’ordre habituel : Marc Guigère, animateur; Yaya Doumbia, directeur de l’ARCOT et Josée Thibault. | Photo de Ronald Tremblay

La radio et la télévision restent les principaux prescripteurs en matière musicale. Grâce à ces médias, la majorité des citoyens peut découvrir de nouvelles musiques ou de nouveaux artistes. Le projet musical francophone radiophonique « La chanson se lève à l’ouest » produit par l’Association des radios communautaires de l’Ouest et des Territoires (ARCOT) offre à un large public une série de six émissions musicales thématiques très originales. Au programme, chansons et témoignages anecdotiques sur les œuvres musicales de l’Ouest canadien, de 1967 à nos jours. Une écoute que les auditeurs pourront apprécier du 20 février au 31 mars. Ronald Tremblay, réalisateur de la série, nous en dévoile les principes…

Selon une étude du CRTC (Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes), en 2015 les stations communautaires avec les radios campus et autochtones étaient au nombre de 187 et ont déclaré des revenus de 61 millions de dollars. Dans ce contexte, ces radios, malgré les nouvelles plateformes de diffusion et services de musique en ligne, continuent à atteindre un large public et demeurent un média important. Elles ont un rôle de proximité, de promotion et de diffusion de la culture locale au sein de chaque communauté.

Ronald Tremblay reconnaît les différents accents musicaux qui coexistent dans les provinces de l’ouest et les difficultés pour les artistes de sortir de l’ombre : « Je crois que les radios communautaires doivent se doter d’une mission à cet égard, tout d’abord en ne restant pas refermées sur leurs territoires respectifs. Mais cela doit aussi passer par la sensibilisation, et c’est un peu ce qu’on vise ici. »

Les nouvelles tendances sur les radios francophones : même combat

Dans l’ensemble des pays francophones, on assiste à une prise de conscience des diffuseurs sur la minorité de chansons et d’artistes francophones qui concentrent l’essentiel des diffusions en radio. Une situation qui ne favorise pas la diversité musicale ni la production francophone. Et pourtant, les cotes d’écoute dans différents pays francophones sont élevées.

On constate que les changements d’époque, les valeurs, et les nouvelles tendances de consommation musicale donnent du fil à retordre aussi bien aux législateurs qu’aux auteurs, compositeurs et interprètes.

Malgré ces évolutions, Ronald Tremblay nous confie qu’avec un projet musical radio interprovincial tel que « La chanson se lève à l’ouest » il s’agit de lever le voile : « une des missions avouées de la série est de familiariser l’auditoire avec des produits de chez-nous… La présente série est un peu un retour à la “case départ” : par le biais d’animations liées à des chansons marquantes, on fait état du progrès et de la contribution de nos créateurs au paysage national de la chanson. »

Arrivée de nouvelles plateformes de diffusion sonore

Outre l’uniformisation des programmations musicales radio et du pouvoir aléatoire de la chanson francophone, on assiste à un fractionnement des auditoires et des sources d’écoute de la musique. Ainsi, les Canadiens font de plus en plus appel à divers services de contenu sonore autres que la radio en direct. Selon l’Observateur des technologies médias (OTM), c’est le visionnement de vidéos musicales sur la toile qui remporte l’approbation du public âgé de plus de 18 ans.

C’est également une nouvelle approche du métier qui retient le souffle de tous les professionnels. M. Tremblay partage son opinion sur la question : « L’industrie est en pleine redéfinition. Il est rendu très difficile de se démarquer, surtout en l’absence de produits “tangibles” de promotion : on n’imprime plus de disques – et les autres outils visuels qui permettent d’identifier les artistes sont considérés trop onéreux – on se limite souvent à des méga-mix sur iPod (dont le son est affreux, soit dit en passant), sans se soucier de “qui” nous divertit… Au risque de paraître un peu “vieux jeu”, je suis d’avis que la “cybernisation” (sic) de la chanson dépersonnalise les artistes… C’est un peu paradoxal, puisqu’on exige des artistes qu’ils expriment des idées… Le bon côté de tout cela, c’est que les artistes sont meilleurs d’une génération à l’autre… et plus polyvalents. »

Comme le disait Jacques Brel en 1971, « Le talent, ça n’existe pas. Le talent, c’est l’envie de faire quelque chose. » Heureusement, « il y a beaucoup d’artistes qui veulent faire quelque chose », conclut, optimiste, Ronald Tremblay.

La chanson se lève à l’Ouest

Première diffusion entre le 20 février et le 31 mars,à l’antenne des radios communautaires membres de l’ARCOT

www.arcot.ca

 

La radio a encore de beaux jours devant elle

Selon une enquête réalisée en 2012 pour l’Association québécoise de l’industrie du disque, du spectacle et de la vidéo (ADISQ) et l’Association canadienne des radiodiffuseurs (ACR), la radio est le mode d’écoute de la musique québécoise francophone le plus fréquent pour 60 % des Québécois. La radio conventionnelle est aussi la principale source incitant à l’achat de disque. Mais depuis les années 70, le CRTC en concertation avec les professionnels tente d’imposer une réglementation en faveur d’une diffusion musicale francophone sur les différentes stations radiophoniques de langue française. On constate que les changements d’époque, les valeurs, et les nouvelles tendances musicales donnent du fil à retordre aux législateurs.

Autre exemple celui de la France : selon des études menées pour la Sacem, c’est à la radio que 70 % des Français disent découvrir de nouvelles chansons ou de nouveaux artistes. La télévision est leur deuxième source de découverte (elle l’est pour 58 % des Français). Et si neuf Français sur dix déclarent se tenir régulièrement informés de l’actualité musicale, c’est le plus souvent en écoutant la radio (pour 59 % d’entre eux) ou en regardant la télévision (46 %). Afin de soutenir la production musicale locale et de lui garantir une exposition suffisante sur les ondes, des quotas ont obligé les radios à diffuser 40 % de musique francophone sur leur antenne pour contrer l’omniprésence de la chanson anglo-saxonne. Même si la formule a permis à la chanson française d’être produite dans l’Hexagone et de s’exporter, notamment avec l’electro, aujourd’hui, le problème est que l’on constate une chute de diffusion des nouvelles chansons. En 2013, moins d’une nouveauté sur cinq diffusée en radio était francophone, et de moins en moins d’artistes francophones parviennent à se classer dans le top 100 des diffusions, qui comptait 33 % d’artistes francophones en 2013, contre 42 % en 2007.

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