De la fusion des corps à la communion des âmes

Croyez-vous que vos grands-parents vivent encore la pulsion de faire l’amour ? Quels gestes de tendresse et d’affection se donnent-ils dans l’intimité ? Images en tête, petit sourire en coin, vous tentez inconfortablement d’esquiver la question. Soyez sans crainte, vous faites partie de la majorité souhaitant passer sous le silence la sexualité chez les personnes aînées.

C’est confirmé, la sexualité des seniors demeure un sujet tabou. Implicitement, taire cette réalité
renvoie à l’idée qu’elle est absente chez cette strate d’âge ou, du moins, qu’il ne vaille pas la peine de s’en préoccuper. Pourtant, bien des témoignages prouvent le contraire. Alors, d’où provient ce décalage entre les préjugés et la réalité ? Et cette croyance populaire, fait-elle écho dans d’autres cultures ou s’agit-il d’une idée sociétale purement occidentale ?

Société, média, religion, culture… montrés du doigt

Dans notre monde actuel, bien des éléments alimentent cette idée d’une sexualité quasi inexistante chez les grands-parents.

Il y a tout d’abord ces stéréotypes liés à la vieillesse et la sexualité. « Nous vivons dans une société âgiste qui a tendance à disqualifier les personnes âgées et à associer la vieillesse à des stéréotypes négatifs tels que le déclin, la maladie, la faiblesse, la perte d’attractivité, la lenteur, les incapacités. À l’inverse, une vision tout aussi stéréotypée, mais cette fois positive, de la sexualité l’associe à des éléments comme la jeunesse, la passion, l’énergie, la beauté, la performance. Ces deux ensembles de stéréotypes sont diamétralement opposés, ce qui amène facilement à penser que vieillesse et sexualité sont deux phénomènes incompatibles », avance Isabelle Wallach, anthropologue et professeure au département de sexologie de l’Université du Québec à Montréal.

Partageant le même point de vue, Bianca Rucker, thérapeute dans le domaine de la sexualité ayant une clinique à Vancouver avec sept autres associés renchérit : « Les médias, comme la télévision et les magazines, renforcent ce mythe en mettant en évidence des jeunes, des personnes attrayantes au look sexy ». Donc, peu de place pour les personnes âgées et leur corps en regard des valeurs-clés des médias.

La culture judéo-chrétienne détient également sa part de responsabilités. « Une autre source importante du mythe de l’asexualité des aînés est l’association ancienne de la sexualité à la procréation. Bien qu’elle tire son origine de la morale religieuse, et qu’elle puisse paraître aujourd’hui dépassée, cette vision reste ancrée dans les mentalités, et la sexualité dans un but procréatif est encore perçue comme étant plus légitime que celle qui a pour seul but le plaisir », affirme madame Wallach. Le rôle de procréation, étant lié à la jeunesse, retire donc tout sens d’une sexualité chez la femme âgée.

Des réalités demeurent

Néanmoins, certaines réalités nourrissent cette idée sociétale. Par exemple, la baisse des capacités de l’activité sexuelle, le manque d’espaces privés, la croissance de maladies, l’éducation répressive, le manque de partenaires ; toutes ces composantes forment des barrières à la satisfaction des besoins sexuels, encourageant ainsi ce tabou.

Cela dit, les personnes aînées demeurent des êtres sexués dont l’appétit a changé. « Comme dans d’autres aspects de la vie, l’excitation sexuelle peut prendre plus de temps. Pour une personne âgée, cela peut être plus long pour marcher ou nager, mais elle peut encore profiter de l’activité. De même, être sexuel peut toujours être agréable et sain – physiquement, émotionnellement et spirituellement – même si le processus est un peu plus lent », image l’infirmière Rucker.

Tout aussi tabou dans les autres cultures ?

« L’intérêt des chercheurs pour cette thématique et la multiplication des études sur la vie sexuelle des aînés en Europe et en Amérique du Nord reflètent une plus grande ouverture d’esprit par rapport à cette question dans les pays du Nord et la disparition progressive de ce tabou depuis le début des années 2000. En revanche, ce tabou perdure dans les sociétés plus traditionnelles où la sexualité reste associée à la reproduction et où il est encore mal accepté qu’elle puisse avoir pour seul objectif le plaisir. […] Dans des sociétés plus libérales où la sexualité aurait avant tout une finalité de plaisir et non pas de procréation, on peut s’attendre à ce que la sexualité ne connaisse pas de limite d’âge », soutient madame Wallach.

Enfin, il appert que le tabou de la sexualité des aînés tend à disparaître. « Nous assistons à l’émergence d’une nouvelle vision de la sexualité des aînés qui devient progressivement un impératif et qui est de plus en plus présentée comme la condition d’un vieillissement réussi. Ainsi, on risque de tomber dans une nouvelle injonction à rester actif sexuellement et performant qui pourrait avoir tout autant d’effets négatifs sur les aînés que le tabou qui a longtemps entouré leur sexualité », questionne en conclusion madame Wallach.

L’appétit sexuel ne s’éteint pas avec l’âge

« La sexualité ne se passe pas seulement en bas de la ceinture »
« La sensualité devient plus importante que la sexualité »
« J’ai maintenant 78 ans, et c’est meilleur qu’avant. L’érotisme, c’est de la découverte »
« Je me suis mise à me masturber (…) j’ai eu des orgasmes comme je n’ai jamais eus »
« Je suis plus épanouie dans ma cinquantaine et dans ma soixantaine au niveau de ma sexualité que dans ma trentaine »
– participants aînés du documentaire de L’Érotisme et le vieil âge

Dans l’intimité de personnes aînées

En montrant des personnes âgées discuter librement de libido, de masturbation et de relations sexuelles, le récent documentaire de Fernand Dansereau L’Érotisme et le vieil âge trace un portrait réaliste de la vieillesse. Un bouleversant témoignage sur l’amour et l’intimité qui lient les êtres humains. À voir !

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