La question du genre posée lors du festival jeunesse R2R

Selon l’artiste Lowell, s’exprimer en musique est primordial, d’autant plus lorsque l’on est une femme. | Photo de Play your gender

Du 2 au 8 avril 2017, le festival de film R2R (Reel to Real) fait son retour à Vancouver dans les salles obscures du cinéma Vancity et au centre communautaire Roundhouse. Tous les ans, l’événement destiné à un public jeunesse est éclectique et se distingue par la variété de sa programmation. Films, documentaires, il y en a pour tous les goûts, et c’est d’ailleurs en touchant les spectateurs dès leur plus jeune âge que les organisateurs du festival espèrent leur ouvrir une large palette de perspectives culturelles…

Qui ne s’est pas déjà senti dans une impasse au moment d’expliquer pourquoi il avait aimé ou détesté un film ? Souvent, il est difficile de trouver des arguments et d’initier une discussion à ce propos. Cela tient certainement au fait qu’en tant que simples spectateurs, nous nous posons juste la question de ce que nous aimons ou n’aimons pas regarder, sans chercher à lancer un débat autour de cela. Il faut le dire, la télévision est une activité où l’on est généralement passifs. Le festival R2R souhaite changer cette réalité, et amener, dès le plus jeune âge, les spectateurs à réfléchir à ce qu’ils ont visionné. Par le biais de projections publiques, d’ateliers pratiques, de tables rondes et de forum, le festival a donc pour mandat de transformer les enfants et adolescents en « acteurs » de leurs visionnages, à dépasser le statut de simple spectateur.

Au-delà de la construction d’une réflexion critique, l’organisation du festival choisit sa programmation avec le désir d’exposer les jeunes à de nouvelles idées et visions culturelles. Ils pourront notamment rencontrer des réalisateurs et leur poser des questions. En termes pratiques, cela permettra au public en culotte-courte d’accroître sa compréhension de l’art et des métiers du cinéma, ouvrant des perspectives de carrière professionnelle. Dans une ville comme Vancouver qui est surnommée la petite Hollywood, travailler dans l’industrie du film n’est pas une possibilité à négliger !

« La société attend beaucoup de la part des femmes, elles doivent être capable de tout faire. Si vous ne pouvez pas tout faire, vous êtes une idiote », Sara Quin du groupe Tegan and Sara. | Photo de Play your gender

Un vaste choix

Une grande variété de films va être offerte cette année. Les spectateurs pourront s’ouvrir à des horizons différents avec des longs-métrages en anglais, en français, en allemand, en polonais et même en Gwich’in, le tout sous plusieurs formats : films de fiction, films d’animation, films muets, dessins animés, documentaires… Le maître mot de la sélection est « qualité » et souvent, la programmation choisit des projets indépendants et peu médiatisés pour augmenter le spectre couvert.

Un projet attire particulièrement l’attention par les questions de société qu’il soulève : le documentaire Play your gender présenté par l’artiste Kinnie Starr qui en est également la productrice déléguée. « J’ai été approchée pour faire un documentaire sur ma carrière », confie Kinnie Starr, l’auteure-compositrice-interprète canadienne récipiendaire d’un Juno Award en 2004. « Mais je n’étais pas très à l’aise avec ça », explique-t-elle avec humilité quand elle détaille la naissance du projet. Aussi, « le thème a dévié vers celui plus général des femmes dans la musique. Dans le monde, moins de 20 % des chansons ont été écrites par des femmes, et seulement 5 % des producteurs en musique sont des femmes ». Ces chiffres sont le fruit de recherches menées par Kinnie Starr et par son groupe de recherche. Il aura fallu trois ans pour établir ces faits et obersvations et tourner le documentaire qui se constitue principalement d’interview.

« C’est un désastre », se désole Kinnie Starr quand elle considère que la plupart des plus grandes popstars sont des femmes, mais qu’à l’arrivée, peu de femmes tirent les ficelles derrière la scène. Le documentaire est principalement constitué d’interviews d’artistes féminines qui ont su repousser ces codes de la place des genres masculins et féminins. « Je connaissais déjà certaines artistes interviewées, mais mon équipe m’a également aidée en faisant des recherches. C’était vraiment un effort de groupe ». Play your gender donne entre autres la parole à des artistes connues au Canada telles que Melissa Auf der Maur (Smashing Pumpkins, Hole), Sara Quinn (Tegan and Sara), Chantal Kreviazuk, Patty Schemel (Hole), Ndidi Onukwulu, Lily Frost, Megan James (Purity Ring), pour ne citer qu’elles.

Il est particulièrement intéressant ici que le documentaire soit montré dans un festival pour les jeunes, amenant ces derniers à réfléchir à ces questions cruciales avant l’entrée dans l’âge adulte. Le documentaire a déjà été projeté dans d’autres pays, notamment dans le cadre du festival de Canberra en Australie. « Maintenant on attend de voir quels festivals vont nous sélectionner, et on espère que les prises de contact seront nombreuses. Je ne m’attends pas à changer le monde, notre film n’a pas de controverse ou n’est pas dramatique, mais j’aimerais que les femmes soient encouragées à intégrer le côté production des métiers de la musique », conclut Kinnie Starr avec philosophie.

Cette dernière sera présente à la soirée d’ouverture du festival pour le 2 avril, avis à ceux qui veulent discuter avec une artiste engagée, marquez la date !

www.r2rfestival.org

Le trailer de Play your Gender:

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