Vit-on encore du racisme dans les écoles ?

Pour un enfant, l’école est souvent la première fois qu’il rencontre autant de jeunes de son âge en dehors du cercle familial. C’est donc dans ce cadre-là qu’il embrasse l’idée de diversité ou, qu’au contraire, il la questionne et la considère hostile.

Le Philosophers’ Café, organisé par l’Université Simon Fraser (SFU), ouvre un débat sur le racisme à l’école. Cela se passera le 30 mars à la bibliothèque de Surrey. Les adolescents sont spécialement invités à prendre part au débat. Que propose-t-on, en matière d’éducation, pour combattre le racisme ?

À qui la faute ?

« On sait maintenant qu’il n’y a rien de biologique concernant le racisme et ça a été prouvé encore et encore : le racisme est un comportement qui s’apprend, pas quelque chose d’inné chez les enfants », raconte Aldous, professeur dans un lycée privé de Vancouver. « C’est donc quelque chose que les élèves détectent chez les gens et en général, chez les personnes qui les entourent. Leurs amis oui, mais le plus souvent, dans leur propre famille. » Chaque adulte est donc un enseignant, qu’il le veuille ou non.

Dans la carrière d’Aldous, les comportements racistes à l’école proviennent rarement d’élèves entre eux. Ce dont il est témoin, par contre, c’est de l’attitude des adultes envers ses élèves minoritaires. « J’enseignais dans une petite ville dans le nord de l’Alberta et 98 % des étudiants de l’école étaient Cris, une tribu des Premières Nations », dit-il. Tout se passait bien dans l’école même, mais les sorties scolaires étaient plus délicates. « Les gens leur parlaient différemment. Les caissiers devenaient suspicieux lorsqu’on était dans un poste d’essence ou autres endroits similaires ». Les adultes ne sont donc parfois pas le meilleur exemple. C’est pourtant à eux que revient l’éducation des enfants. Entre parents et enseignants, qui demeure le plus qualifié pour se charger de l’éducation morale d’un enfant ?

Éducation morale, une lourde responsabilité

Lorsque l’école cherche à changer le comportement de l’enfant, cela entraîne une question d’éthique. L’enfant devient un territoire à conquérir, les adultes cherchant à lui imposer leur façon d’être et de penser. Quand apparaissent des sujets délicats, comme la sexualité, certains parents refusent que l’école enseigne des idées à l’encontre de leurs valeurs familiales. La possibilité d’avortement ou les relations sexuelles avant le mariage en sont des exemples. Tout est subjectif et le système éducatif de la Colombie-Britannique a aussi sa propre idée d’un « citoyen moral et éthique ». L’enfant a donc du mal à se faire sa propre opinion. Mais pour les professeurs, le but demeure avant tout de donner les outils nécessaires pour que l’élève prenne des décisions réfléchies par lui-même. « De ma propre expérience, ce genre de comportement [raciste] se produit généralement au collège. D’ici au lycée, on a réussi à leur apprendre différemment ou ils ont suffisamment appris pour ne pas se comporter ainsi devant les gens ». Mais que font concrètement les écoles pour éduquer les élèves sur la diversité ?

Les comportements racistes à l’école proviennent rarement d’élèves entre eux.

Le rôle de l’école

La Colombie-Britannique met des programmes en place et ce dont Aldous est le plus fier, c’est de la nouvelle mise en lumière des Premières Nations. « Je suis assez content que le nouveau programme se concentre sur la
perspective des Premières Nations, avec une mise en valeur sur leurs points de vue, ce qui est nouveau dans ce programme. […] Pour un bon nombre de personnes que je connais, malheureusement, c’est toujours socialement acceptable de se moquer des Premières Nations. Donc, c’est quelque chose qu’on essaie de combattre, en tant que professeurs, en tant que système d’éducation, car les Premières Nations ont systématiquement plus de chance d’être incarcérées dans ce pays à cause du colonialisme ». Avec des cours comme « Justice sociale » ou « Étude du génocide », les élèves ont donc matière à penser, car c’est l’ignorance, plus que la malice, qui entraîne un comportement raciste.

Le Philosophers’ Café est l’occasion pour les adolescents de réfléchir sur leur propre situation à l’école. Peut-on en faire plus ? Peut-être faut-il continuer l’expérience scolaire en dehors des murs de l’école et ainsi ne jamais arrêter d’enseigner et ne jamais cesser d’apprendre ?

Philosophers’ Café
Racisme à l’école
30 mars, 18 h 30, bibliothèque de Surrey

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