Dans les coulisses d’une pièce de théâtre à succès : «Angels in America»

Damien Atkins et Lois Anderson dans Angels in America. | Photo par David Copper

 Un ange passe au théâtre Arts Club de Vancouver, mais pas n’importe lequel. Née de l’imaginaire du dramaturge américain Tony Kushner, la figure surnaturelle d’Angels in America survole les planches du monde entier depuis 1991. Depuis le 23 mars, c’est au théâtre Arts Club de Vancouver qu’elle apparaît. Les spectateurs pourront être touchés par sa grâce jusqu’au 23 avril et découvrir, par la même occasion, les zones d’ombres de la pièce.

Écrite en deux parties – Millenium Approaches et Perestroïka – entre 1988 et 1992, Angels in America témoigne des bouleversements entraînés par le virus du sida aux États-Unis dans les années 1980. Des individus aux profils très différents se croisent. Les masques tombent et les identités se dévoilent, dans la douleur et le questionnement.

Acclamée par la critique, cette chronique des temps modernes a remporté le prix Pulitzer de l’œuvre théâtrale en 1993. Outre ses qualités en termes d’écriture, le jury a aussi récompensé l’originalité de la mise en scène mentionnée dans l’hypertexte : multiplicité des lieux, créations sonores, effets spéciaux produits à l’aide de machineries… tous ces défis ont dû être relevés par les professionnels du Arts Club, de la conception à la représentation du spectacle. Comment s’en sont-ils sortis ?

Bienvenue dans les coulisses de la pièce de théâtre Angels in America, récipiendaire du prix Pulitzer. | Photo par João Carlos

Le dessein de l’Arena of the Soul

Pour donner vie à une pièce de théâtre, il faut tout d’abord un auteur (Tony Kushner), chargé d’écrire l’histoire et les dialogues, et un metteur en scène qui va transposer le texte écrit dans la réalité en choisissant les comédiens, les décors, les accessoires, etc. Pour cela, il/elle va travailler en collaboration avec des techniciens spécialisés dans la peinture, la charpenterie-menuiserie, les costumes, le son, les lumières, etc.

Dans le cas d’Angels in America au Arts Club, les décors ont été imaginés par la metteuse en scène Kim Collier et le décorateur Ken MacKenzie. D’après Ken, leur coopération a débuté à l’automne 2016. Tout avançait pour le mieux jusqu’à ce que les États-Unis élisent un nouveau président. « Kim et moi avons alors décidé de changer complètement nos projets. La première version était très expérimentale. Suite aux élections, nous avons décidé de créer quelque chose de nouveau, un langage visuel davantage ancré dans le présent. Démocratie, pouvoir, empire, sont les idées sur lesquelles nous avons voulu travailler. »

Kim et Ken se sont alors inspirés de l’architecture de l’antiquité gréco-romaine pour créer le décor principal appelé Arena of the Soul. « La scène en forme d’amphithéâtre est une référence au Colisée. Les colonnes de 6 mètres de haut rappellent celles de la Cour Suprême de Washington » dont la façade est elle-même inspirée du temple d’Olympeïon. Mais au Arts Clubs, point de marbre à l’horizon. Suivant les croquis de Ken, les colonnes ont été sculptées dans du polystyrène, puis peintes dans les ateliers du théâtre situés sur l’île
Granville.

Se jouer de contraintes

En imaginant les décors, Kim et Ken ont dû tenir en compte un élément non négligeable : l’espace. Comme le fait remarquer João Carlos d’Almeida, charpentier en chef du Arts Club, la salle dans laquelle la pièce est jouée fait partie d’un bâtiment ancien et les dimensions de la scène sont plutôt réduites pour ce genre de spectacle. En effet, du mobilier et des accessoires doivent être déplacés sur scène puis rangés, entreposés pour la représentation suivante.

C’est dans ce contexte qu’interviennent les techniciens comme João Carlos ou Ace Martens (Directeur technique au Arts Club). Leur rôle est de développer des systèmes ingénieux pour construite des décors tout en palliant le manque de place. Pour Angels in America, la solution a été trouvée sous la scène grâce à un système de plateforme montante et descendante. « Nous pouvons tout construire… l’impossible demande juste un peu plus de temps » conclut João Carlos.

La mise en scène d’une pièce de théâtre est le travail de toute une équipe. Le dialogue entre les différents artisans-techniciens est essentiel dans le processus de création. De cette diversité unifiée sur scène vient sans doute la magie du spectacle.

 

Angels in America – Millenium Approaches, à voir jusqu’au 23 avril au Stanley Industrial Alliance Stage, 2750 Granville St, Vancouver. La seconde partie, Perestroïka, sera présentée en septembre prochain.

Information et réservations
sur le site Internet du Arts Club.

www.artsclub.com

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