La portée religieuse de la fête Vaisakhi

Le printemps arrive enfin et, avec lui, la fête de Vaisakhi. Cette célébration culturelle et religieuse primordiale dans la religion sikhe est désormais fréquentée par le Tout-Vancouver. Des visiteurs de tous horizons sont attirés par la décoration des temples (Gurdwara), la procession (Nagar Kirtan) mêlant danses, chants, couleurs et vêtements traditionnels (Panj Piaras), ainsi que la multitude de plats offerts au plus grand nombre. Environ 100 000 personnes sont attendues pour le défilé du 15 avril à Vancouver, et 300 000 personnes pour celle du 22 avril à Surrey.

Cette fête est célébrée traditionnellement par les hindous et les bouddhistes du Punjab (Inde et Pakistan). Sur le plan culturel, Vaisakhi célèbre la fin des moissons du printemps. Après la fin des récoltes, les membres de la communauté ont pour habitude de se réunir et de partager cette période d’abondance. C’est le temps pour eux de remercier Dieu, de danser et de prier pour la nouvelle année qui s’annonce.

Aujourd’hui, dans les centres urbains où l’importance des moissons est moins prégnante, la fête de Vaisakhi représente toujours un événement social de premier ordre pour la communauté sikh. Elle a d’ailleurs acquis une dimension particulière pour cette dernière au fil des ans.

… Qui a aussi une résonnance religieuse

Sur le plan religieux, cette date rappelle plusieurs éléments fondateurs du sikhisme. En 1469, lorsque le premier gurû Nanak s’est soulevé contre le système inégalitaire des castes en Inde et toute forme de discrimination, il a fondé une communauté de Sikhs (littéralement, disciples) ni hindoue, ni musulmane.

En 1699, lorsque le dixième et dernier gurû, Gurû Gobind brandit son sabre et demanda à la foule d’Anandpur Sahib qui l’écoutait : Y a-t-il, dans cette assemblée, un bien-aimé prêt à offrir sa tête en sacrifice pour une grande cause religieuse ? Les cinq sikhs qui se portèrent volontaires, au lieu d’être décapités, furent baptisés, coiffés d’un turban, et formèrent les Cinq Bien-Aimés (appelés Panj Pyare).

Vaisakhi correspond également à la célébration de la liberté de culte, en souvenir des 5e et 10e Gurû martyrs pour avoir refusé de se convertir à l’Islam, et au massacre de Jallianwala Bagh ayant pris place suite à un mouvement de révolte indien contre l’Empire colonial britannique.

Une générosité encore d’actualité

Aujourd’hui, la fête de Vaisakhi célèbre donc ce long parcours pluriséculaire de conviction et de lutte afin que les peuples demeurent égaux, quels que soient leur sexe, leur foi, leur origine, conformément aux valeurs sikhes.

Le grand-prêtre Harminder Pal Singh de la Société Khalsa Diwan du Temple Ross, société créée en 1906, rapporte que les conditions de vie étaient très rudes pour les Sikhs installés au Canada au début du siècle. Ils vivaient dans des conditions très sommaires et devaient lutter pour gagner assez d’argent. De plus, ils faisaient l’objet de discrimination dans la société canadienne où toutes les personnes « non blanches » étaient alors appelées hindoues, sans aucune distinction ou reconnaissance de leur identité culturelle ou religieuse. Plusieurs événements rappellent cette discrimination envers les Indiens, et plus particulièrement les Sikhs, dont le plus tragique fut celui du Komagata Maru en 1914.

La prescription religieuse sikh, qui enjoint à l’entraide et au partage, est toujours autant d’actualité même si elle semble parfois être masquée par l’aspect culturel du grand défilé. Ainsi, « la distribution quotidienne de plusieurs centaines de repas gratuits dans les temples et qui trouve son apogée annuelle pendant Vaisakhi correspond à un des premiers enseignements à suivre pour les Sikhs », explique le grand-prêtre.

« Depuis plus d’un siècle, la fête de Vaisakhi est célébrée dans les rues de Vancouver par la communauté sikhe. Cette célébration, qui réunissait une centaine de personnes dans les rues au début du vingtième siècle et permettait l’affirmation de l’identité sikhe, connaît aujourd’hui une fréquentation de près de 400 000 participants entre Vancouver et Surrey. Les représentants de tous les partis politiques y sont également présents afin de montrer leur solidarité à la communauté », conclut M. Harminder Pal Singh.

Avec le développement de la communauté sikhe à Vancouver et l’augmentation du coût de la vie dans cette ville, un glissement progressif s’est opéré vers Surrey. Ainsi, de nos jours, la célébration de Vaisakhi à Surrey réunit presque trois fois plus de monde que celle de Vancouver.

La parade du 15 avril à Vancouver débutera devant le Temple Sikh de la rue Ross. La parade du 22 avril à Surrey débutera devant le Temple Sikh Dashmesh Darbar.

La Société Khalsa Diwan

La Société Khalsa Diwan a été officiellement créée en 1906 à Vancouver et a établi deux ans plus tard un temple sikh (Gurdwara) au numéro 1866 de la 2e Avenue Ouest. Celui-ci est réputé être le premier du continent américain. Un temple plus important a été construit et inauguré le jour de Vaisakhi en 1970 afin de répondre aux besoins d’une communauté sikh grandissante au sein du grand Vancouver. Ce temple, établi au 8000 rue Ross, a été victime en août 2016 d’un incendie, et la société continue de récolter des fonds pour une prochaine reconstruction.

La Société Khalsa Diwan est un pilier de la communauté sikh, qui a joué un rôle important pour la reconnaissance des droits de ses membres dans la société canadienne. Elle soutient également la cohésion communautaire par l’éducation, la culture et le sport, et organise chaque année le défilé et les festivités de Vaisakhi pour Vancouver.

Une célébration de Vaisakhi du début du 20e siècle. | Photo de la Société Khalsa Diwan du Temple Ross

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