Quand les voyages étaient gratuits

Une auto-stoppeuse aux Pays-Bas. | Photo par Guaka

Dans les années 70, le gouvernement Trudeau (le papa, pas le fiston) pensait que si les jeunes Canadiens découvraient l’ensemble de leur immense pays, cela ne pourrait que renforcer l’unité nationale. Traverser le pays en auto-stop était quasiment encouragé et le fédéral participait financièrement à la construction d’auberges de jeunesse. J’en garde des souvenirs agréables, comme la fois où une voiture m’a pris à la sortie d’Ottawa et m’a amené jusqu’à Saskatoon. Je me souviens aussi de ces jeunes en camionnette VW qui m’ont conduit chez eux dans les Kootenays pour une fête qui a duré plusieurs jours. Il y a aussi des souvenirs moins agréables, les heures d’attente sous la pluie, le conducteur qui a passé des heures à me parler de Jésus Christ dans le vain espoir de sauver mon âme. En Europe, l’auto-stop permettait aux baby-boomers de sillonner le continent (à l’ouest du rideau de fer) gratuitement et facilement. Il était tout à fait possible de s’aventurer en stop au Proche et Moyen-Orient. D’ailleurs, mon plus mémorable coup de chance a été de trouver un camion qui m’a pris à Tabriz en Iran et m’a déposé une semaine plus tard à Stuttgart en Allemagne.

Peu à peu, l’auto-stop est devenu de moins en moins à la mode. C’est devenu trop dangereux, disent certains. Il est vrai que ce mode de transport n’a jamais été recommandé pour les femmes voyageant seules, mais, en dehors de ça, rien n’indique que ce soit plus dangereux aujourd’hui qu’hier. Est-ce une question de perception ? Est-ce que c’est l’effet de quelques films d’horreur montrant des auto-stoppeurs victimes de tueurs munis de scies mécaniques ? Toujours est-il que les auto-stoppeurs sont devenus rares, aussi bien en Europe qu’en Amérique du Nord. La raison est peut-être plus économique que sécuritaire. De nos jours, dans nos pays « riches », même les personnes dites moins pauvres ont leurs voitures. Pour les longs trajets, il y a les compagnies aériennes à bas prix. Pour se rendre, par exemple, de Londres à Athènes, on peut prendre l’avion pour moins de 100 €. C’est facile et bon marché, mais c’est ennuyeux. Car l’auto-stop n’était pas seulement un moyen d’économiser de l’argent. C’était aussi l’aventure, les rencontres inattendues, en laissant faire le hasard.

C’est peut-être pour ça que certains redécouvrent l’auto-stop, en Europe tout au moins. Aux Pays-Bas, surtout dans les villes universitaires, les liftplaats, zones spéciales pour auto-stoppeurs, sont à nouveau beaucoup utilisées. Ailleurs, la pratique de l’auto-stop s’est modernisée et informatisée. Des applications téléchargées sur votre téléphone mettent en relation automobilistes et voyageurs à pied. Ce n’est plus tout à fait gratuit, mais ça reste bon marché. Dans les zones rurales d’Europe, où les compressions budgétaires et les privatisations ont mis fin aux transports publics qui n’étaient pas économiquement viables, l’auto-stop à l’ancienne est de retour.

Roger, un Britannique de 77 ans, s’y est remis pour la première fois depuis les années 70. « Ça fonctionne très bien, en fait, je pense que ça marche mieux qu’avant » dit-il. Il est vrai qu’un « ancien » avec une barbe blanche n’est pas vraiment menaçant. Mais l’envie d’aventures incite les jeunes à redécouvrir la joie des longs voyages en stop. Le site – hitchwiki – donne accès à de nombreux récits de voyage d’auto-stoppeurs aventureux sur tous les continents.

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