Une liberté de la presse, au bénéfice des médias ethniques

À l’approche de la Journée mondiale de la liberté de la presse, célébrée le 3 mai à l’initiative de l’Organisation des Nations unies (ONU), le journal La Source s’est intéressé à l’état de la liberté de la presse dans notre pays avec un regard calibré sur les médias ethniques.

Chaque année, à cette date bien précise, on célèbre cette Journée pour rappeler et reconnaître les défis auxquels les journalistes doivent faire face pour défendre la vérité. En 2016, Reporters sans frontières plaçait le Canada en 18e position du classement mondial de la liberté de la presse sur 180 pays. Une place en tête de liste qui assure aux journalistes une certaine sécurité dans le cadre de leur travail au Canada.

Une presse libre n’est pas un acquis

Pourtant, ces derniers mois, la fragilité de cette liberté s’est manifestée. « Il ne faut pas tenir la liberté de la presse pour acquise », commente la présidente de la Canadian Ethnic Media Association (CEMA), Madeline Ziniak. « Nous sommes au bord d’un précipice, comme nous l’a prouvé le cas du journaliste de VICE News, Ben Makuch. » Pour rappel, en mars 2016, la Justice canadienne avait demandé au journaliste de remettre à la Gendarmerie royale l’intégralité de ses communications avec un présumé terroriste de l’État islamique. Et ainsi de révéler sa source, dont la protection est l’un des piliers fondamentaux de la liberté de la presse.

Illustration de Reporters sans Frontières

Il y a d’autres difficultés auxquelles doivent faire face les médias traditionnels, comme la diminution de fonds alloués au journalisme d’enquête ou la diminution de temps et de place laissée à l’information. « En cela, les médias ethniques sont devenus des médias de niche », poursuit Madeline Ziniak. « Ils ont la possibilité et la liberté de couvrir des sujets pour lesquels les médias conventionnels ne disposent d’assez d’effectifs ou de temps. »

Un homme turc proteste contre la censure de la presse dans son pays.

Avec près de 170 organes de presse différents, Vancouver est le troisième plus grand pôle de médias ethniques après Montréal, qui en compte pas loin de 190 et Toronto qui arrive en première position avec environ 280 médias communautaires, tous supports confondus. Des chiffres conséquents qui témoignent de la diversité culturelle et de l’hétérogénéité ethnique qui définit le Canada. Aujourd’hui, on estime à plus de quatre millions le nombre de lecteurs qui s’informent par le biais de publications ethniques.

La double responsabilité des médias ethniques

« Pour ce qui est de la liberté de la presse, les médias ethniques endossent une double responsabilité », explique la présidente du CEMA. Celle non seulement d’informer leur communauté sur des sujets nationaux et selon une perspective canadienne, mais également d’informer le public sur ce qui se passe dans leur pays d’émigration. « Ils contribuent de manière globale à divulguer de l’information internationale, et permettent aussi de rétablir la vérité sur des faits qui se déroulent dans des pays où la liberté d’expression et la démocratie sont absentes. », renchérit-elle.

Tout cela leur est possible puisque ces médias se greffent sur un système légal qui les autorise à aborder les sujets de leur choix sans crainte d’éventuels préjudices. Comme d’être jeté en prison parce qu’un article ne convient pas à un régime politique donné. La Turquie est l’un des exemples les plus frappants aujourd’hui où plus d’une centaine de journalistes se trouvent derrière les barreaux.

« Ici, les journalistes qui dénoncent ouvertement la politique turque ne courent pas de risque, même s’il s’agit d’un média communautaire turc. De même pour les autres communautés. Toutes les publications canadiennes, quelle que soit leur nature, bénéficient des mêmes principes de liberté », souligne Thomas Saras, le président du National Ethnic Press and Media Council of Canada (NEPMCC). D’ailleurs, plusieurs fois par an, le NEPMCC organise des séminaires à destination des journalistes ethniques du pays. Et ce, afin de les informer sur le contenu des lois canadiennes et ce qu’elles impliquent en termes de liberté de la presse.

À partir du 2 mai prochain, le NEPMCC organisera une exposition de 7 jours à l’hôtel de ville de Toronto dans le cadre de la Journée mondiale de la liberté de la presse. Près de 300 journaux ethniques seront montrés au grand public pour l’occasion. Le but est de souligner la diversité ethnique et la richesse du paysage médiatique Canadien.

Pour ceux qui souhaitent aller plus loin sur le sujet, le classement mondial de la liberté de la presse en 2017 sera dévoilé par Reporters sans frontières le mercredi 26 avril.

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