Vancouver au cœur de la route de la soie

Photo par Musa Musavi

Les Canadiens d’origine asiatique comptent pour plus de la moitié de la population de Vancouver. Nous vivons chaque jour dans un tourbillon de cultures différentes – mais prenons-nous le temps de nous éduquer sur cet héritage afin de mieux le savourer ?

En mai, Vancouver célèbre le Mois de l’héritage asiatique avec le festival ExplorAsian et ses activités culturelles et artistiques. Son exposition Silk and Spices offre un voyage à travers la diversité de Vancouver et de ses communautés.

La route de la soie

En 2011, Vancouver était composée à 46 % de Canadiens européens et à 50 % de Canadiens asiatiques, et les chiffres ne cessent de grandir. Parmi les Canadiens asiatiques, on compte tout le continent : de la Turquie au Japon, en passant par l’Inde et l’Afghanistan. Il n’y a donc pas un seul héritage asiatique. Pour Ken McAteer, le président de la société du Mois de l’héritage asiatique de Vancouver, la route de la soie est ce qui a, autrefois, uni tout le continent : « On essaie de faire en sorte que chaque culture partage sa culture, et le commerce de la soie et des épices est très unificateur. Cet ancien groupe peut ainsi se souvenir du temps où il faisait du troc ».

Le commerce de la soie et des épices a débuté en Chine au 3e siècle avant J.C et reliait des dizaines de civilisations. Bien plus qu’un simple commerce d’objets, la route de la soie offrait une plateforme d’échange, d’interaction et d’ouverture sur le monde. Leticia Sanchez, conservatrice de l’exposition, est une ancienne enseignante d’origine mexicaine. Elle explique : « Une personne commençait avec de la soie et l’échangeait contre de l’encens – ou quelque chose d’autre – à une seconde personne qui, elle, allait autre part et échangeait cette soie contre autre chose. Donc le commerce n’était pas seulement l’achat et la vente d’objets, c’était un échange de cultures, de langues, un mélange culinaire ». En se côtoyant, les différentes cultures partageaient leurs religions et s’influençaient artistiquement. L’art chinois adoptait parfois le style des Scythes, originaires d’Asie Centrale ; l’iconographie de Bouddha a voyagé de l’Inde jusqu’au Japon ; le dieu grec Boreas, dieu du vent, est devenu Fūjin au Japon…

Le Mois de l’héritage asiatique est l’occasion de perpétuer cette tradition. Il ne faut pas hésiter, donc, à aller admirer les décorations florales ikebana, à observer l’art calligraphique perse et à découvrir la littérature taiwanaise – il n’y a pas besoin de naviguer des mois en bateau pour passer d’un pays à l’autre.

Voir ce qui nous unit

L’histoire de la route de la soie, pourtant, n’est pas toute dorée. La soie et les épices ont rapidement piqué l’intérêt d’une Europe avide de richesse qui, dans ses sillons, a fait couler beaucoup de sang afin de contrôler le trafic. Ce qu’on nomme encore maintenant « exploration » était en fait bien plus de l’exploitation. Cette dernière partie de l’histoire entache le passé, mais Leticia Sanchez est déterminée à rappeler l’aspect positif des échanges en Asie. Sa passion ? Trouver le dénominateur commun présent dans des civilisations aux abords très différents : « Plutôt que de montrer nos différences, nous voulons trouver ces points qui nous unissent. »

Le mélange des populations se faisait, par ailleurs, bien avant l’arrivée du colonialisme : au cours de leurs voyages, les marchands s’installaient parfois loin de leur pays d’origine et épousaient un habitant local. « Sans ce commerce, la multi-culturalité ne se serait pas développée aussi rapidement », ajoute Leticia.

Soirée d’ouverture de l’exposition Silk and Spices.

L’exposition veut aussi mettre en avant le côté positif de pays qui sont souvent étouffés par une histoire lourde. Ken McAteer regarde une photo prise en Afghanistan : « Les gens pensent que le Pakistan et l’Afghanistan se réduisent à des pays déchirés par la guerre, à des gens qui blessent leurs semblables, alors qu’ici on voit leur unité et leur art ». L’exposition se fait donc ode à la positivité.

Carte de la route de la soie. | Photo de www.silkroutes.net

Mélanger le « salad bowl »

Le multiculturalisme a beaucoup de métaphores : on l’appelle souvent « mosaïque culturelle » ou
« salad bowl » (bol de salade). Mais ExplorAsian veut mélanger cette salade, secouer cette mosaïque, afin qu’on puisse entrer à nouveau dans l’échange. Dans l’exposition Silk and Spices, chaque pays ayant participé au commerce de la route de la soie verra son drapeau collé sur une grande carte de Vancouver et de ses environs. La route de la soie est ici-même, dans la ville. Chaque communauté a son quartier, une partie de Vancouver où elle se sent davantage chez elle, comme Chinatown, Koreatown, etc. Mais l’exposition invite ces communautés à se visiter les unes les autres. Un portrait photographique de chaque pays nous donne les outils nécessaires pour accéder à leurs cultures ici, à Vancouver : associations utiles, célébrations traditionnelles, restaurants à essayer.

Ainsi, Leticia Sanchez nous invite à faire un tour du monde en SkyTrain. Pensez donc à apporter un calepin et à noter où manger la meilleure cuisine iranienne et autres bonnes choses. Leticia continue : « Peu importe le temps, ancien ou moderne, ce commerce continue. Le commerce d’idées, de connaissances… » Si maintenant, on ne sillonne plus les mers, le réseau persiste, facilité par des événements comme le Mois de
l’héritage asiatique.

À travers les âges, le commerce des épices et de la soie a développé des communautés et nous a amenés dans la modernité. Avec l’exposition Silk and Spices, le festival ExplorAsian nous montre comment le passé d’un continent a créé le Vancouver que nous connaissons aujourd’hui… et comment en profiter !

Silk and Spices
Centre culturel chinois
555, rue Columbia
Du 1er mai au 31 mai

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