Marie Lasbleiz se démasque

Le dernier roman de l’auteure francophone Marie Lasbleiz, vivant à Vancouver. Photo d’Éditions du Panthéon

À l’occasion de la parution de son roman Sous le masque, l’écrivaine française Marie Lasbleiz, qui vit à Vancouver, revient sur son parcours et sur le lien entre écriture et expatriation.

C’est dans un café français à Vancouver que nous rencontrons l’écrivaine Marie Lasbleiz. Accompagnée par les chansons de Bénabar et les odeurs de croissants, la jeune femme timide commence à se raconter. Née en 1986 à Dijon, Marie est très tôt initiée à la littérature par son père qui lui lit Candide de Voltaire, Moby Dick ou le Chat noir d’Edgar Poe avant de s’endormir. À l’adolescence, elle fait face à la violence du milieu scolaire, violence des autres élèves, mais aussi violence d’un dogmatisme de la pensée qui s’oppose au cocon familial rassurant. « J’étais souvent seule, la lecture m’a permis de m’isoler positivement, de me protéger, de créer des mondes imaginaires et de maîtriser l’ennui ». Elle s’entoure de livres aux univers noirs, durs, qui répondent à un mal-être dont ils la soulagent en lui permettant de se sentir moins seule. « Je choisissais des œuvres un peu morbides, ténébreuses, comme Carmilla de Le Fanu, ou Lolita de Nabokov ».

Pendant ses années de lycée puis ses études d’arts appliqués, Marie Lasbleiz traverse une période d’anorexie mentale. C’est après être sortie de ses troubles alimentaires et après la rencontre avec son mari que Marie Lasbleiz racontera son expérience dans un premier livre témoignage, L’Hôte, paru en 2013 aux Éditions du Panthéon. Le temps a donné à Marie le recul nécessaire pour pouvoir écrire, en n’oubliant pas d’inclure dans son récit l’étape de la guérison.

Un roman optimiste

Ce cheminement vers l’optimisme est perceptible également dans Sous le masque, paru en mars 2017 aux Éditions du Panthéon. Ce roman raconte la descente aux enfers de Josué, jeune Français exilé à Londres, qu’une rencontre va bouleverser. Pour découvrir qui se cache derrière ce masque blanc, il lui faudra revenir en France, renouer avec ses racines.

« Mes périodes d’écriture correspondent chez moi à des phases de lecture. Dès que j’arrête de lire, j’ai un peu moins envie d’écrire ». En plus de la Divine Comédie de Dante, la lecture de François Mauriac et notamment du Nœud de vipères a beaucoup accompagné l’écriture de Sous le masque. Marie Lasbleiz a besoin de la musique des mots de grands écrivains, mais aussi de la musique tout court. « Pour écrire, il faut que je sois à l’extérieur, pas chez moi, car chez soi, on a trop de tentations de ne pas produire ». Marie va dans un café, met des écouteurs, « de la musique d’ambiance un peu planante » sans paroles, qui l’aide à imaginer des situations, des dialogues.

S’expatrier pour écrire

L’inspiration naît avec la musique, mais aussi avec l’éloignement : « J’ai commencé l’écriture de Sous le masque quand j’étais à Londres avec mon mari juste avant d’arriver à Vancouver, il y a cinq ans ».

Elle avait déjà quitté la France quand l’idée de ce livre a germé. « L’éloignement m’a aidée à écrire. J’ai redressé la tête à l’étranger, le simple fait d’avoir été à Londres m’a libérée ». S’expatrier, c’était mettre de la distance par rapport aux réactions des autres, de la famille à la sortie de son livre. « J’étais loin, la parution de L’Hôte ne me concernait pas, c’était le problème des lecteurs ». Les réactions très positives ont été une surprise pour Marie Lasbleiz et l’ont encouragée à écrire le deuxième, un roman cette fois. « Je voulais être libre. La fiction, c’est le meilleur moyen d’être libre ». Loin de la France, grâce à l’écriture, Marie s’allège de « choses difficiles qui deviennent une source d’inspiration, comme un terreau d’où peut naître une plante très belle ».

Au Canada, Marie se sent en sécurité, grâce notamment à la politesse des gens : « Je ne sais pas si c’est la langue anglaise qui donne cette impression ou si c’est la culture anglo-saxonne, mais chez les anglophones que j’ai rencontrés, il y a une dignité libératrice ». Son nouvel environnement lui permet de poser un regard neuf sur ce qui l’entoure, « le fait de devoir décrire les décors, cela permet d’avoir l’œil autour de soi et pas uniquement sur soi-même, à l’intérieur de ses idées noires ».

Marie Lasbleiz écrira un jour sur Vancouver parce qu’elle aime beaucoup cette ville et « parce qu’avec tous ces paysages incroyables, il y a un côté neuf qu’il n’y a pas en Europe ».

 

Paris, Éditions du Panthéon, 2017, 238 p.

Disponible en format Kindle ou broché.

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