Un vent d’ouest souffle sur Vancouver

Message (detail) par Maureen Gruben, 2015.

Pendant deux mois, à la galerie grunt, l’artiste inuvialuit Maureen Gruben vous emmène sur le chemin de la (re) création et de la communion nord-sud avec son exposition Ungalaq (When Stakes Come Loose), sous la houlette des commissaires Kyra Kordoski et Tania Willard.

Maureen Gruben est née à Tuktoyaktuk, NWT. Dès son plus jeune âge, elle apprend l’art de la couture au sein de son foyer. Elle est ensuite étudiante au Centre Enʼowkin de Penticton, où elle obtient un diplôme en beaux-arts et écriture créative en 2000, puis elle approfondit sa connaissance de la politique autochtone grâce à son certificat en développement politique et direction autochtones. Artiste prometteuse, le Centre En’owkin lui décerne le prix Eliza Jane Maracle (1998/99) et le Overall Achievement (1999/2000). En 2011, elle est à nouveau récompensée, cette fois par la bourse Elizabeth Valentine Prangnell de l’université de Victoria. Ses œuvres ont déjà été applaudies dans plusieurs expositions, dont la remarquable « Custom Made » à la galerie d’art de Kamploops, en 2015.

Tarah Hogue, directrice de la communication de la galerie grunt, ne cache pas son engouement pour cette nouvelle exposition. « grunt est enthousiaste de soutenir le travail de plus d’artistes du nord, car ils sont assurément sous-représentés dans les galeries du sud du Canada. » En effet, le soutien grunt aux artistes des premières nations, métis et inuits, n’est pas nouveau, c’est donc sans surprise qu’on apprend qu’elle aime aussi pouvoir en compter dans ses rangs. Notamment Tania Willard, de la nation Secwepemc, qui était commissaire pour « Custom Made ». C’est elle qui a choisi les six œuvres individuelles qui composent Ungalaq. Ce qui l’a séduite chez Maureen ? « Son sens matériel réverbère minutieusement ses choix, liant conceptuellement ses expériences de la maison à ses territoires, de façon à ce que chaque matériau soit réutilisé, réapproprié et ré-imaginé. »

Le vent se lève

Le nom de cette exposition a été consciencieusement choisi par l’artiste : Ungalaq (When Stakes Come Loose). La force qui s’en dégage est apparente, mais elle gagne en puissance quand on saisit sa signification. Ungalaq est un mot Inuvialuktun qui désigne le vent d’ouest et « Quand souffle le vent d’ouest, les marées montent et, alors que la terre s’amollit, ce qui est planté dans le sol s’affaisse. Soudainement libérés, les chiens courent sans entrave et les fumoirs dérivent vers la plage. C’est une période d’imprédictibilité et, en fin de compte, de re-formation. » Voilà tout le sens de ce titre, et voilà ce que vous retrouverez dans Ungalaq : l’intensité de la nature, qui nous oblige à regarder en face notre monde bouleversé et nous pousse à le recréer. Plus qu’un mot, c’est une notion complexe que Maureen Gruben a désiré représenter à travers ses œuvres, des objets hybrides recréés par ses mains avec son âme.

Re-fabrication à partir de déchets

Recréer, c’est bien là le nœud de l’exposition. Maureen associe des matériaux du nord et du sud, elle les combine et les assemble pour recréer quelque chose de différent et de nouveau. Toutes ces matières s’intègrent l’une à l’autre avec un naturel déconcertant.

Ce raffinement vient des doigts de fée de Maureen Gruben, qui sont rodés aux techniques de couture inuvialuit. « J’ai cousu et travaillé avec des peaux et des fourrures en utilisant des techniques traditionnelles inuvialuit ma vie entière » raconte-t-elle. Et force est de constater qu’une telle perfection ne peut être atteinte qu’après de longues années de pratique. En ce qui concerne l’assemblage de matériaux d’origines diverses, elle explique : « J’ai utilisé des matériaux variés pour les œuvres dans Ungalaq, en incluant des matières industrielles, et qui ont été assemblés de différentes façons. C’est avant tout un processus de récupération et de transformation, surtout avec la fourrure d’ours polaire – l’idée de (re) fabrication à partir de déchets. »

Poils d’ours polaire et coton, peau d’orignal et aluminium, intestins de baleine et PVC, les éléments naturels du nord et les produits industriels du sud sont réunis et forment, d’une manière insoupçonnée, des œuvres débordantes de beauté et d’élégance.

Attention, quand vous irez admirer cette fascinante exposition, souvenez-vous qu’on ne peut toucher qu’avec les yeux.

UNGALAQ (When Stakes Come Loose), du 9 juin au 29 juillet.

Vernissage : 8 juin, 19 h à 22 h.

Leave a Reply