Saveurs autochtones

« Chaque année, nous nous rassemblons pour souligner les contributions fondamentales que les Premières Nations, les Inuits et la Nation métisse ont apportés à l’identité et à la culture des Canadiens. L’histoire, l’art, les traditions et les cultures autochtones ont contribué à façonner notre passé et continuent à façonner notre identité encore aujourd’hui. » Justin Trudeau

Photo par Karen Lee

Il y a vingt-et-un ans, le gouvernement canadien choisissait le jour du solstice d’été, soit le 21 juin, pour rendre hommage aux peuples autochtones et honorer leur héritage culturel par une série d’événements d’Est en Ouest.

Pour l’occasion cette année, une journée de célébration et de partage s’est déroulée à Trout Lake. C’était un vrai plongeon dans cette culture encore méconnue du grand public, comportant une scénographie et des activités traditionnelles : tipis, costumes, powwow, canoés d’écorce et découvertes culinaires pour le plaisir des papilles. Coup de projecteur sur les traditions gastronomiques de ces peuples.

Les ingrédients d’une cuisine ancestrale et sauvage

Proches de la terre et de la mer, les premières nations entretiennent un lien essentiel et respectueux avec la nature. Ils ont appris à vivre de la terre et y puisent leur nourriture faite de victuailles issues de la pêche, de la chasse et de la cueillette. En Colombie-Britannique, poissons, fruits de mer, racines et baies, mais aussi bisons pour les tribus des prairies, constituaient le socle de leur cuisine. Si les hommes rapportaient gibier et saumon, les femmes étaient plutôt aux commandes pour la préparation de plats aux délicats parfums d’épices, mijotant pendant des heures sur le feu de bois ou dans des fosses à cuisson.

La cuisine autochtone est une source d’inspiration pour la nouvelle génération
de chefs. | Photo par Karen Lee

Le maïs compte aussi parmi les aliments essentiels. Il servait de base à une multitude de mets dont le fameux Bannock appelé aussi bannique, un pain sans levain préparé à base de saindoux, de sel et d’eau. Généralement, la bannique était roulée dans du sable avant d’être cuite dans un foyer. Ce pain populaire est aujourd’hui à la fête lors d’événements spéciaux comme cette journée consacrée aux peuples autochtones. Sa popularité en fait l’un des emblèmes de la culture autochtone et nombre de restaurants sur la thématique y font allusion dans leur nom.

Photo par Karen Lee

Une culture très prisée du grand public

Est-ce pour son caractère atypique, son goût d’inconnu et ses promesses de voyage que cette culture est aimée ? En tout cas, la culture autochtone connaît un vrai engouement de la part du grand public. Cette cuisine est source d’inspiration pour la nouvelle génération de chefs. Ces derniers l’utilisent beaucoup pour une cuisine en vogue dite « fusion », à la frontière entre traditions et innovations. Malgré tout, il demeure encore très difficile de trouver des restaurants autochtones et l’offre est encore bien maigre, bien qu’en cours de mutation.

Photo par marsupilami92, Flickr

Voyage autochtone à Vancouver

Impulsé par la dynamique des Jeux olympiques de Vancouver, un premier restaurant aux couleurs autochtones voit le jour à South Granville en 2010 : le Salmon n’ Bannock bistrot. Après s’être rencontrés dans les airs, Inez Cook et Rémi Caudron décident, en parallèle de leur vie professionnelle au sein d’une compagnie aérienne, d’ouvrir ce restaurant, en hommage aux origines d’Inez. Inez est originaire de Bella Coola, elle fait partie des Nuxalk. Enlevée à sa famille enfant, elle ne grandira pas dans cet environnement, mais sera plutôt élevée par sa famille adoptive à Vancouver. Stimulés par des envies de participer au rayonnement de cette culture, trop peu représentée, Inez et Rémi s’entourent de cuisiniers issus de populations autochtones pour ouvrir leur restaurant. Et c’est un succès ! « Le restaurant a reçu plusieurs prix et est encore nommé cette année. Il est actuellement classé en cinquième position sur les 3 047 restaurants de Vancouver sur le site Tripadvisor ! » précise Inez. Cerise sur le gâteau, Inez a retrouvé la trace de sa famille et découvert ses origines grâce à la popularité de ce restaurant, arrivée jusqu’à sa nation. « Je suis toujours une étrangère mais ils sont heureux de me connaître et de savoir que j’ai ce restaurant » nous explique-t-elle. Musique et décor traditionnels, rien n’est laissé au hasard dans ce restaurant de trente places pour lequel il vous sera nécessaire de réserver.

Inez déplore encore la trop faible offre de restauration autochtone. Elle aimerait qu’il y ait plus de places comme la sienne et de lieux pour découvrir cette culture méconnue. Aussi, elle transmet son savoir et vient d’accueillir une stagiaire qui devrait ouvrir un nouvel endroit de restauration dès juillet. À suivre !

La tendance de la « bouffe » de rue n’est pas en reste avec un camion baptisé le Bannock Wagon, un autre chemin vers les spécialités culinaires des premières nations.

Bon appétit !

Salmon n’ Bannock www.salmonandbannock.net

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