Dédain envers les couples interraciaux

Je recule d’un pas à chaque fois que quelqu’un me regarde dans les yeux. Ou, plutôt, je me sens des plus mal à l’aise lorsque les gens nous fixent du regard, mon partenaire et moi, quand nous marchons, côte à côte, main dans la main. Dans leurs yeux se lit la confusion, l’hostilité ou même l’aversion.

Mon partenaire, D. est un Sri Lankais de Seattle. Il a le teint brun. Et moi, je suis une chinoise à la peau claire, qui vit au Canada. Nous passons la plupart de notre temps ensemble à Vancouver, au Canada. Mais partout où nous allons, le regard hostile des gens est une fatale éventualité.

D. m’avait emmenée, un jour, faire un tour à Kitsilano, où nous profitons toujours de la variété de mets qui y sont offerts, lorsqu’une voiture d’apparence ordinaire s’est arrêtée à côté de nous, attendant le feu vert. C’était un moment anodin de la vie quotidienne. Mais ce qui rend la chose tristement mémorable, c’est que l’homme, un Asiatique à peau claire, a baissé la vitre de sa voiture et nous a regardés, les sourcils levés.

D. détourna ses yeux de l’homme et chuchota avant que la lumière ne tourne au vert : « Il doit se demander pourquoi cette fille chinoise sort avec un type à la peau foncée » . Je sais qu’il s’est senti blessé et moi aussi. Ce n’est pas la première fois que D. fait semblant d’ignorer ses sentiments en se traitant lui-même de « juste un type à la peau foncée ».

Flânant dans le magasin Shoppers, nous avons un jour croisé une femme blanche qui nous a regardés comme si nous étions des extraterrestres. Même chose dans une file d’attente pour les petits pains cuits à la vapeur dans le quartier chinois de Vancouver : un homme chinois dans la quarantaine nous a dépassés juste pour ensuite se retourner et nous dévisager.

La pire expérience que j’ai éprouvée a eu lieu lors d’un voyage, en voiture, aux États-Unis. Nous étions tous les deux fatigués et nous nous sommes rendus dans un casino près de l’autoroute. Il y avait là une femme sur la fin de la quarantaine, debout près d’une table de jeu. Elle semblait léthargique après une longue journée.

Cependant, sa fatigue a disparu d’un coup et quelque chose d’irrationnel s’est déclenché dès qu’elle nous a repérés dans la foule des joueurs, dont certains perdaient la tête en perdant leur argent. La femme a ignoré cette foule démente pour se concentrer sur D. et moi. De la tête aux pieds, aussi concentrée que possible, la femme scruta mon partenaire. Ce moment a duré longtemps, et pour la première fois j’ai regardé une personne qui nous fixait et je me suis demandé d’où venait sa supériorité. Elle était aussi peu distinguée que n’importe quelle femme en fin de quarantaine.

Au cours des nuits blanches, l’éternelle question revient: pourquoi les couples interraciaux sont-ils si choquants alors que l’Amérique du Nord possède une diversité de minorités culturelles? C’est une question à laquelle il est presque impossible de répondre. Je sais que cela pourrait être pire dans mon pays d’origine, la Chine, où il y a très peu de minorités, ce qui donne lieu à un ridicule privilège pseudo-blanc, où une fille chinoise qui épouse un garçon brun ou noir pourrait faire la manchette des journaux et être ridiculisée pendant longtemps.

La diversité culturelle s’inscrit aussi dans la vie privée.

En ce sens, je me sens chanceuse de vivre à Vancouver et que mon partenaire m’ait rencontrée à Vancouver. C’est une ville que nous pouvons vraiment appeler une mosaïque culturelle, où nous voyons des couples et des familles comme nous.

Lors d’un doux après-midi, nous, nous promenions D. et moi, le long de la rue Commercial Drive, quand un père de famille au teint brun est passé à côté de nous avec ses deux enfants à la peau claire. Quand nous nous sommes aperçus, tous les cinq, nous nous sommes souri.

Ce moment me rappelle un vers d’un poème chinois qui se traduit par: « Pendant que, d’un pont, vous appréciez le paysage, à l’étage d’une tour, des gens vous regardent; le clair de lune orne votre fenêtre, mais vous, vous ornez le rêve des autres ».

Les couples interraciaux peuvent aussi être un décor qui orne la ville et il est facile de remplacer une grimace de dédain envers eux avec un simple sourire.

Traduction par Barry Brisebois

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