Dunkerque attend son film

Photo par Pascal Guillon

Dunkerque, à l’extrémité nord de la France, ne compte pas beaucoup sur le tourisme, en dépit de ses kilomètres de plages de sable fin. Raffineries, aciérie, usine Alcan aluminium, industries pétrochimiques, terminal méthanier, centrale nucléaire, chantiers navals, cette ville de 90 000 habitants (grande région urbaine de 250 000) est avant tout industrielle. Les touristes qui recherchent les vieux bâtiments historiques seront déçus, car la ville a été complètement détruite pendant la guerre et n’a reconstruit à l’identique qu’une poignée d’édifices clé, comme la mairie. Le climat n’aide pas beaucoup non plus. Cent dix-huit jours de pluie par an, en moyenne, c’est certes mieux que Vancouver, mais ce n’est tout de même pas la Côte d’Azur. En plein été, les baigneurs les plus hardis osent se jeter dans les vagues, mais la mer du Nord ne sera jamais la Méditerranée.

La ville fait tout de même des efforts pour attirer des touristes notamment avec son carnaval annuel. En été, les plages du quartier de Malo-Les-Bains attirent les visiteurs régionaux, qu’ils soient des autres villes du nord de la France ou de la Belgique, la frontière n’étant qu’à une dizaine de kilomètres. Le musée maritime mérite bien une visite. Mais de façon générale, la municipalité se résigne à ce que le tourisme ne soit qu’un secteur secondaire, voire marginal, dans une région résolument tournée vers les activités portuaires et industrielles. Mais cette année, les décideurs du secteur touristique de Dunkerque sont plein d’espoir, grâce à un film qui sortira cet été (21 juillet au Canada) et dont le titre (en anglais) n’est autre que Dunkirk.

Mémorial pour honorer les morts lors de la bataille de Dunkerque. Photo par Pascal Guillon

Le film fait revivre les événements tragiques du printemps 1940. Débordés par l’avancée fulgurante des panzers allemands, plus de 400 000 soldats britanniques et français se retrouvent coincés, le dos à la mer, dans Dunkerque et ses environs. Jour et nuit, le port, la ville, et les plages avoisinantes où sont entassés des milliers de soldats sont pilonnés par l’artillerie ennemie et bombardés par l’aviation allemande. Churchill lance une vaste opération d’évacuation. Nom de code operation Dynamo. Du 26 mai 1940 au 4 juin à 18 heures, 338 000 hommes (dont 123 095 Français) sont évacués en Angleterre. Très rapidement, le port est inutilisable car les épaves des navires coulés par l’aviation ennemie bloquent le passage. Le gouvernement britannique demande à tous les propriétaires de bateaux de se diriger vers les plages de Dunkerque pour participer à l’évacuation. Bateaux de pêche, barges, bateaux de plaisance, remorqueurs, des centaines de petites embarcations civiles se sont lancées dans l’aventure. Deux cent quarante-trois bateaux ont coulé, victimes des attaques de l’aviation allemande. Les derniers ont quitté Dunkerque le soir du 4 juin, laissant derrière eux des milliers de soldats, des tonnes de matériel militaire et une ville en ruines.

Le film, Dunkirk, tourné sur les lieux mêmes où se sont déroulés ces événements tragiques, incitera peut être des touristes à venir voir ces plages chargées d’histoire. C’est en tout cas l’espoir des autorités municipales qui se dépêchent d’agrandir et d’améliorer le musée consacré à cet événement.

Dunkerque, plage de l’évacuation de 1940.
Photo par Pascal Guillon

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