Vancouver et ses racines autochtones : ce que les Totems du Parc Stanley ne disent pas

D’où provient le brassage culturel de Vancouver ? Autochtone, japonais, chinois, italien, indien : La Source décrypte le visage multiculturel de la Ville de Verre. Premier volet d’une série de cinq, le legs des Premières Nations est mis en lumière.

Rencontre à Gastown avec Jason Patrick, natif de la Première Nation Carrier Sekani. Ce sculpteur sur bois traditionnel, dont l’ancêtre Mungo Martin a façonné un des totems du Parc Stanley, revendique : « Ces totems témoignent de notre présence à Vancouver ».

Lieu de tensions et d’espoir

Avec sept millions de visiteurs chaque été, le « poumon de la ville » attire les foules. La visibilité des Premières Nations au travers des totems semble ainsi assurée. Tout le monde ne partage pourtant pas cet avis, comme le Chef Ian Campbell pour qui « les totems ne disent rien sur les Premières Nations ».


Les totems, témoignages de la présence des Premières Nations à Vancouver. | Photo par David Ohmer

Selon l’ambassadeur culturel et négociateur des relations intergouvernementales, des ressources naturelles et du revenu de la nation Squamish, l’absence de contexte explicatif rend la visite futile pour le touriste. Or, pour le Chef Squamish, le Parc Stanley symbolise les relations entre les colons et les Premières Nations Squamish, Lil’Wath et Tsleil-Wautuh qui y résidaient.

L’histoire qui les unit suscite souffrances et rancœurs. Poussés par la volonté de créer une « petite Angleterre », les Britanniques ont brûlé les villages et enfoui les preuves archéologiques, notamment lors de la construction de la route Park Drive. Jason Patrick témoigne : « Les langues locales comme les coutumes étaient interdites, la scolarisation forcée dans des établissements chrétiens, et les terrains expropriés ». Les nombreuses réserves essaimées dans la ville témoignent de ce passé… encore présent. En effet, l’Indian Act qui interdit à tout autochtone de créer de la richesse fait loi. « La mentalité de la ruée vers l’or persiste », souligne Ian Campbell. Toutefois, l’opinion publique canadienne se rallie de plus en plus à leurs causes.

De la réconciliation à la reconnaissance

Notons qu’en 2013, année qui avait marqué le début de la réconciliation au Canada, selon Ian Campbell, il est essentiel de prouver que « nous ne vivons pas dans des musées, derrière des vitrines » et de rappeler qu’une vraie réconciliation passera seulement par la reconnaissance. Il porte le projet de renommer le parc Xwáýxway [why-why] d’après le nom de l’ancien village Squamish.

Le Parc Stanley tire son nom du britannique Lord Stanley, secrétaire colonial et sixième gouverneur général du Canada. « Les tribus locales sont invisibles sur nos terres. Nous souhaitons ajouter de la valeur au parc en rendant hommage à ses premières cultures. Nous cherchons à faire comprendre que notre histoire est leur histoire », ajoute-t-il.

Un village peut en cacher un autre

Suite à un accord entre le Vancouver Board of Parks and Recreation et l’association pour le tourisme autochtone en Colombie-Britannique, le village Klahowya, qui signifie « bienvenue », a été construit au Parc Stanley en 2010.

Keith Harris, PDG de l’association, œuvre au développement économique autochtone par le tourisme. Il mise sur la revitalisation culturelle. « Le tourisme autochtone n’est qu’un créneau, mais le nombre de visiteurs a augmenté de près de 100 % entre 2006 et 2010. » Vingt à cinquante jeunes œuvrent chaque été pour faire revivre leurs traditions et les partager avec les 85 000 visiteurs annuels.

Néanmoins, si la fréquentation du site témoigne d’un vif intérêt, la reconnaissance des Premières Nations dans l’histoire du parc est loin d’être gagnée. « Lors de la célébration du 125e anniversaire du Parc Stanley en 2013, le village Klahowya ne figurait pas sur les brochures de présentation. Certaines actions valent plus que n’importe quel discours », s’assombrit Keith Harris. Et le chef Ian Campbell de confirmer: « Les membres des Premières Nations sont les grands absents du parc. »

À Gastown, les touristes se pressent autour du petit groupe de sculpteurs. Jason et ses amis artistes répondent volontiers aux questions des visiteurs sur les origines de chacun et les objets exposés. C’est finalement en marge des totems du parc que commence la reconnaissance.

PS : Cet article a été publié pour la première fois dans les colonnes de La Source le 24 septembre 2013.

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