Embryotrophic Cavatina. Chorégraphie à contretemps

Le spectacle Embryotrophic Cavatina sera visible pour quatre représentations les 20, 23, 26 et 29 septembre au Roundhouse Community Arts & Recreation Centre. | Photo par Chris Randle

Fin septembre, le centre communautaire Roundhouse accueillera le spectacle Embryotrophic Cavatina pour quatre représentations. Rencontre avec ses créateurs Barbara Bourget et Jay Hirabayashi dans les locaux de leur compagnie Kokoro Dance.

Née en 1986 de l’amour des chorégraphes Barbara Bourget et Jay Hirabayashi pour la danse, Kokoro Dance est depuis deux ans implantée au cœur de Gaston dans l’historique immeuble Woodward. Dans ces murs, composés de plusieurs studios, les deux artistes se produisent et créent, enseignent et donnent des ateliers.

Une compagnie atypique

Molly McDermotti. | Photo par Chris Rundle

Kokoro est un terme japonais signifiant le cœur, l’âme et l’esprit. La genèse de la compagnie remonte aux années 80, lors d’une soirée devant une représentation qui a changé la vision de la danse des deux chorégraphes. Ce soir-là, le couple découvre un art d’un nouveau genre, c’est la révélation !

« Nous avons vu beaucoup de performances qui nous ont marqués, mais celle-là… C’était tellement différent […] Le rapport au temps et à l’espace était incroyable, nous étions incapables de dire combien de temps cela avait duré », se souviennent-ils. Alors, ils souhaitent en savoir plus, se documentent, traversent le monde pour suivre des stages et assistent à de nombreux spectacles.

Jay Hirabayashi se souvient des classes au Japon : « Tu es assis, à écouter le maître parler ou lire un poème. Puis au bout d’une heure, il dit “levez-vous et dansez ce poème !” Il n’y avait pas de formation à proprement parler, l’objectif était de nous amener à trouver qui nous étions et comment nous voulions nous approprier cette danse ».

Enfin, après quatre années d’exploration, ils ouvrent leur propre institution consacrée au Butō (ou Butoh).

À la découverte du Butō

Cette danse d’avant-garde, inventée par Tatsumi Hijikata, fait son apparition au Japon dans les années 60 et a été créée dans la volonté de casser les codes, de marquer une rupture avec les traditions japonaises et en résistance au régime politique de l’époque. « Le Butō offrait une possibilité radicale de changement. Il s’inscrit en opposition aux ballets, trop normés et élitistes », ajoutent-ils.


« La nudité est omniprésente dans ces chorégraphies, les danseurs dont le crâne est généralement rasé sont peints de blanc et exécutent des mouvements extrêmement lents. » | Photo par Peter Eastwood

Le terme est composé de deux idéogrammes « Bu » signifiant « danser » et « Tō » pour « taper au sol ». On l’appelle aussi la « danse des corps obscurs ». Plutôt intrigant ? En effet, le Butō, n’étant pas un art figé, est difficile à résumer, il est plutôt question d’émotions et de sensations.

Cette danse se distingue par sa lenteur, son minimalisme et sa poésie. La nudité est omniprésente dans ces chorégraphies, les danseurs dont le crâne est généralement rasé sont peints de blanc et exécutent des mouvements extrêmement lents.

Selon les créateurs de Kokoro Dance, c’est l’occasion de s’interroger sur l’être humain : « Qui sommes-nous ? » Un retour aux sources en quelque sorte.

D’après Jay Hirabayashi, « la plupart des danses modernes sont très rythmées, très chargées en mouvements par minutes et n’offrent pas la possibilité au public de laisser aller son esprit ». Et Barbara Bourget d’ajouter : « Aujourd’hui plus personne ne prend le temps de ressentir, les gens sont occupés avec leur téléphone ». Plus qu’une danse, cette pratique est une vraie philosophie centrée sur l’individu, l’occasion de se questionner, de lâcher prise…

Une œuvre hors-norme et provocante

Embryotrophic Cavatina est un peu comme le quatrième enfant de Barbara et Jay, ils le portent depuis vingt ans, le soutiennent pour l’apporter aujourd’hui à maturité. « C’était un sacré pari et un immense travail, mais c’est une aventure si merveilleuse », résument-ils. La première version de l’œuvre voit le jour en 1998 puis à diverses occasions les chorégraphes repensent leur travail. « C’est un spectacle de 70 minutes qui ne paraît en durer que deux ! » s’enthousiasme Barbara.

Pour ces quatre représentations, Barbara et Jay, accompagnés de deux autres danseurs locaux, se mettent à nu sous les sonorités d’une musique poignante du compositeur Polonais Zbigniew Preisner. La compagnie travaille régulièrement avec le centre communautaire Roundhouse, donc ce lieu s’imposait pour présenter cette première mouture de spectacle. À noter que pour cette saison, le centre communautaire s’est équipé de nouveaux sièges offrant un confort optimal à son public.

À la fin de l’entretien, lorsqu’est venu le moment de résumer le Butō qui semble bien plus qu’une danse, Barbara Bourget répond : « le Butō, c’est la vie ! » Un spectacle qui, à coup sûr, ne laissera pas indifférent…

Les 20, 23, 26 et 29 septembre au Roundhouse Community Arts & Recreation Centre

(181 Roundhouse Mews, Vancouver, BC V6Z 2W3)

Tarifs de 30 à 25 dollars

Plus d’informations : www.kokoro.ca

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