L’éclectisme musical contre l’intolérance

Photo par Jim Herrington

Alors que les tensions sociales aux États-Unis continuent d’échauffer les communautés, la musique gospel des Blind Boys of Alabama rayonne et apaise au milieu du tapage ambiant. Sur scène le 23 septembre lors d’un concert exceptionnel au Chan Centre de l’UBC, les huit vocalistes accorderont leur voix avec celle du ténor Ben Heppner pour la soirée d’inauguration de la série Chan Centre Presents, placée sous le signe de la diversité artistique et de l’inclusion culturelle.

En ces temps troubles, la musique peut-elle adoucir les mœurs ? C’est le pari que fait le Chan Centre à l’occasion de son 20e anniversaire. Une série de concerts et de performances artistiques, intitulée Chan Centre Presents, démarre ce 23 septembre et s’étalera jusqu’en avril 2018, propulsant sur le devant de la scène une myriade d’artistes aussi divers culturellement qu’artistiquement.

Lors du concert d’ouverture de la série, les légendes de la musique gospel The Blind Boys of Alabama et la superstar canadienne de l’opéra Ben Heppner chanteront ensemble sur la scène du Chan Centre, situé au sein de l’Université de la Colombie-Britannique.

Joyce Hinton, codirectrice générale et conservatrice du Chan Centre, est très enthousiaste et attend avec impatience le lancement de la saison : « C’est une vraie joie d’avoir pu réunir ce groupe formidable et Ben Heppner, qui est un ancien élève de UBC », indique-t-elle.

Une association inédite

Du gospel à l’opéra, il n’y a qu’un pas. Si l’association entre un groupe de gospel et un chanteur classique peut sembler incongrue, elle est plus naturelle qu’il n’y paraît. Bien qu’étant l’un des ténors les plus reconnus de sa génération, Ben Heppner a grandi modestement à Dawson Creek où il s’est familiarisé avec la musique gospel qu’il pratiquait à l’église. Retournant ainsi à ses racines aux côtés des Blind Boys, il débutera la soirée en solo avant d’être rejoint sur scène pour près d’une heure et demie de chants gospel envoûtants.

Le groupe The Blind Boys of Alabama a été le témoin privilégié des changements sociaux et sociétaux opérés depuis le siècle dernier. | Photo par Cameron Witting

De leur côté, les Blind Boys ont toujours été friands des collaborations : Peter Gabriel, les Rolling Stones, Tom Waits, Willie Nelson… Nombre de grands noms de la musique se sont retrouvés aux côtés des huit natifs de l’Alabama. Certes spécialiste de la musique traditionnelle gospel, le groupe n’est pas pour autant étranger aux sons contemporains : « On doit avancer avec son temps, et même si on adore le gospel, on est capable de tout chanter ! », lance avec énergie Jimmy Carter, l’un des membres fondateurs du groupe, du haut de ses 88 ans.

Une diversité de genres

Le concert du 23 septembre n’est que le premier d’une longue liste au Chan Centre. De la musique jazz, gospel ou traditionnelle, en passant par du cirque et de la danse, la série Chan Centre Presents se veut éclectique. Originaires d’Inde, du Mexique, d’Amérique Latine, ou encore d’Australie, les artistes à l’affiche constituent un beau mélange de talents issus des quatre coins de la planète.

Le vocaliste Ben Heppner se produira accompagné du groupe gospel des Blind Boys of Alabama.

« Avec cette série, nous voulions refléter les valeurs de l’université, notamment celles de diversité et d’universalité. UBC a pour ambition de faire de ses étudiants des citoyens du monde », explique la codirectrice. « À l’image de notre ville qui est si riche en diversité, nous avons délibérément programmé une grande mixité de genres », ajoute-t-elle.

Pour la compréhension interculturelle

Pour Joyce Hinton, ce genre de productions « constitue une occasion unique d’approfondir notre compréhension des différentes cultures ». Avec un public « très curieux qui veut toujours découvrir de nouveaux artistes », il n’est pas étonnant que près de 1 200 personnes aient déjà réservé leur place.

Cet appétit du public fait écho à l’actualité. Avec des tensions raciales et communautaires à leur comble en Amérique, la démarche artistique est louable. Le groupe des Blind Boys, formé en 1944, a traversé les âges et a été le témoin privilégié des changements de l’histoire, de la ségrégation raciale à l’élection du premier président noir des États-Unis.

Pour Jimmy Carter, la musique gospel a toujours revêtu une importance toute particulière : « Mes parents étaient chrétiens et m’ont transmis la foi. Lorsque j’étais enfant, j’avais pour habitude de chanter pour affronter la dure réalité de l’école. La musique gospel m’a toujours aidé à passer au travers des périodes difficiles », se souvient-il. Malgré son âge avancé, le vocaliste a hâte d’être sur scène : « Public de Vancouver : on arrive ! Préparez-vous à passer un super moment ! », lance-t-il, plein d’enthousiasme.

Pour retrouver les Blind Boys of Alabama et Ben Heppner sur la scène du Chan Centre ce 23 septembre, et pour vous renseigner sur les concerts à suivre de la série, rendez-vous sur www.chancentre.com.

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