Présence francophone à la « Vancouver Public Library »

Photo de Vancouver Public Library

Bibliothèque parmi les plus fréquentées du Canada, classée meilleur établissement du genre au monde, la VPL fait, il va sans dire, la fierté des Vancouvérois. Devant une telle renommée, La Source s’est penché sur les services offerts par cette institution et s’est demandé si les francophones de la ville y trouvaient également leur compte.

Vous l’avez certainement déjà croisée au détour des rues Georgia Ouest, Hamilton et Homer, s’imposant entre les tours de verre. Elle est colossale, majestueuse, splendide, aux pourtours sphériques et racés. L’œil affûté y verra une ressemblance avec le Colisée de Rome. Elle est dotée d’un savoir incroyable, inépuisable. Sans compter le grand nombre de succursales qui la constituent, 21 au total. Elle, vous la connaissez sous l’acronyme VPL pour Vancouver Public Library (la bibliothèque municipale de la ville).

En 2016, la VPL a reçu pas loin de 6,5 millions de visites pour pas moins de 9,5 millions d’emprunts, des résultats qui lui permettent de compter parmi les trois bibliothèques urbaines les plus fréquentées du Canada.

Elle a même été cotée meilleure bibliothèque du monde en 2013 pour les services qu’elle offre et les espaces physiques et numériques qu’elle met à la disposition de ses utilisateurs, par des chercheurs de l’université de Düsseldorf qui ont étudié les prestations de 31 bibliothèques publiques aux quatre coins du monde (parmi lesquelles celles de New York, Boston ou encore Londres ou Shanghai).

Un large éventail de services qui fait son succès

« Sur plus de deux millions d’articles matériels (livres, DVDs, CDs et magazines), 45 000 livres électroniques et près de 7 000 livres audio disponibles principalement en anglais, mais aussi en 16 autres langues, 1,5 % de ces articles sont disponibles dans la langue de Molière. Une valeur équivalente au budget annuel de 70 000 $ qui est alloué à la section francophone de la bibliothèque », indique Daniela Esparo, une gestionnaire bilingue qui est membre de l’équipe des responsables de la VPL.

L’offre proposée concerne avant tout des ouvrages généraux (biographies, romans policiers, fictions, etc.) ou des livres d’auteurs connus. C’est l’avis de Luc Bengono, un utilisateur régulier des services de la VPL et contributeur du journal La Source.

Amulet (livre 2) est le plus emprunté en 2017 de la VPL. | Photo de Vancouver Public Library

Francophone, Luc vit en C.-B. depuis mars 2015 où il exerce la profession d’enseignant au Conseil scolaire catholique de Vancouver. S’il se définit lui-même comme un rat de bibliothèque au passé, il n’en garde pas moins un grand amour pour ce lieu qu’il fréquente selon un rituel bien précis : « Je commence par flâner entre les différents rayons, dans l’espoir de tomber sur une perle rare ». Une approche que Daniela s’est également fait sienne au fil des 28 années passées en poste à la VPL « j’ai déjà été très agréablement surprise par des découvertes aléatoires ». Si cette démarche demeure toutefois vaine, Luc ou Daniela effectuent une recherche plus méthodique sur ordinateur. Une tâche qui s’effectue facilement et qui constitue l’un des atouts majeurs de la bibliothèque municipale : « Grâce à un système informatique bien conçu et rodé, les agents sont capables de faire venir un livre de la bibliothèque centrale ou de toute autre succursale pour répondre à nos besoins, sans oublier la courtoisie et la disponibilité des agents. La qualité du service est remarquable », conclut Luc. Mais, il y a un mais.

Un catalogue plus francophile que francophone

Rapport avec sa profession oblige, Luc Bengono travaille actuellement sur les questions pédagogiques, il se passionne aussi pour la spiritualité et l’économie. L’offre en rapport avec ces thématiques, ou d’autres thématiques plus spécialisées, est limitée à la VPL, constate-t-il : « Il est rare de trouver sur place l’œuvre précise que l’on recherche dans le domaine précis qui nous intéresse ». Le dernier exemple en date concerne le livre à succès de Thomas Piketty, Le Capital au XXIe siècle. Dans l’incapacité de le trouver dans sa version originelle française à la VPL, ou en librairie, Luc a abandonné sa quête et l’idée de le lire pour l’instant.

Marie Lasbleiz partage cet avis. Cette jeune auteure française qui compte déjà deux ouvrages à son actif, est une habituée du Centre culturel francophone sur la 7e Avenue et se rend aussi régulièrement à la VPL. « Il y a assez peu de littérature vraiment récente. Par exemple, on n’y trouve pas tous les livres des deux ou trois dernières rentrées littéraires. » Elle y a certes découvert de grands classiques, comme l’œuvre des sœurs Brontë et quelques auteurs québécois, mais aimerait pouvoir élargir davantage son horizon. « Pour combler les manques, je commande sur Internet ou j’utilise les e-books sur tablette, mais ce n’est pas l’idéal pour moi qui préfère les livres papier. »

Un constat semble s’imposer : l’offre des bibliothèques de Vancouver serait davantage destinée aux francophiles qu’aux francophones qui ont le français comme langue maternelle.

Une bibliothèque à l’écoute

Pour pallier cette lacune, Marie Lasbleiz n’est pas en manque de suggestions : « Il faudrait commander davantage de livres d’auteurs très bien notés sur les forums de discussion, et pourquoi pas aussi faire une recherche approfondie sur les bouquins qui traitent de sujets d’actualité à même d’intéresser les francophones de Vancouver ».

Très à l’affût des besoins de sa communauté, la VPL propose justement un service qui va en ce sens. Sur son site Internet, un onglet est consacré aux propositions des membres. La démarche à suivre y est indiquée en anglais bien que le site soit disponible en huit langes.

Si Luc avait donc suggéré le livre de Thomas Piketty en français à l’achat, sa demande serait arrivée entre les mains de l’équipe de sélection. Il s’agit d’un grand département destiné au renouvellement et à l’enrichissement, qui sélectionne les ouvrages en fonction de critères définis dans leur politique de développement des collections. Grâce à ce service, la version française du Capital au XXIe siècle aurait eu toutes ses chances d’occuper une place sur les étagères de la bibliothèque.

La VPL traverse les siècles

1869 : À l’époque, il s’agit surtout d’une salle de lecture comptant 400 livres destinée aux employés de Hastings Mill, l’entreprise au sein de laquelle elle est instaurée, qui sera baptisée The Hastings Literary Institute.

1887 : La quasi-totalité de la ville fut détruite par le Grand incendie de 1886, mais les 400 ouvrages ont pu être sauvés. Une salle de lecture, la Vancouver Free Reading Room and Library, est créée grâce à cette contribution.

1903 : Alors que les besoins d’espace se font plus pressants, l’industriel et philanthrope américain Andrew Carnegie fait des donations aux villes pour encourager la construction de bibliothèques. La Carnegie Free Library est inaugurée en novembre.

1957 : Désormais connue sous le nom de Vancouver Public Library, la VPL est transférée au 750 de la rue Burrard, avant qu’un référendum public favorable n’adjuge un ultime déménagement.

1995 : Après plus de deux ans de chantier, la VPL s’installe sur Library Square. L’architecte et urbaniste Moshe Safdie ainsi que AD Architects en sont les créateurs. Coût total de l’opération : près de 107 millions de dollars.

2017 : La VPL s’agrandit ! Les deux derniers étages de l’établissement accueilleront d’ici le printemps 2018 de nouveaux espaces destinés, entre autres, à une salle de lecture, aux arts, à un lieu de rencontre communautaire et à un jardin sur le toit, le tout accessible gratuitement au public.

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