Brèves de littérature

Chaque année, de nouveaux livres apparaissent dans les vitrines des libraires à l’occasion de la rentrée littéraire. Ce rendez-vous est sacré pour les amoureux des lettres attendant la pépite de l’année. Premiers romans ou auteurs renommés marqueront le paysage littéraire, et certains seront même en course pour les grands prix de littérature. C’est donc l’occasion de partir à la rencontre des férus de livres au café littéraire du Centre culturel francophone de Vancouver pour une revue de la littérature d’aujourd’hui.

Jérôme Baco, artiste, auteur et éditeur indépendant, vient de prendre les rênes du café littéraire. Chaque mois, il accueille une dizaine de personnes, constituées à parts égales de francophones et de francophiles, pour deux heures d’échanges et d’analyses d’une œuvre choisie par Jérôme.

Lecture du présent à travers le passé

Pour ses trois premières sessions, l’auteur a choisi d’aborder des thématiques variées : la religion en septembre, le racisme et le sexisme en octobre, puis le colonialisme en novembre. Derrière ces choix profonds se trouve la volonté de parler d’aujourd’hui avec les œuvres d’hier, de montrer que notre actualité trouve un écho dans l’histoire, les histoires du passé.

« Montée du nationalisme, élection de Trump, les gens se posent des questions. En ce moment, mon regard est plutôt orienté vers l’arrière. Ce qu’on vit, on l’a déjà vécu donc ça m’intéresse de rechercher ces écrivains qui abordent des sujets qui résonnent encore de nos jours », explique l’animateur.

La passion des mots

Arrivent les participantes du jour, une assemblée entièrement composée de femmes pour l’étude de cette œuvre abordant le sexisme ! Leurs motivations se rejoignent par le goût des lettres, l’envie de découvrir et de partager.

Aline, elle, est stimulée par l’envie d’apprendre : « Je viens ici un peu comme j’irais à l’université, où je ne suis pas allée. Ces soirées sont l’occasion d’aborder la lecture de manière plus profonde, de sortir de mes livres habituels pour aller vers des œuvres méconnues ».

Rowena et Irena, quant à elles, connaissent la littérature classique et ces cours sont l’occasion de découvrir des auteurs plus contemporains, dans un cadre plus détendu et moins formel. Cécilia, d’origine mexicaine, profite de ces soirées pour enrichir son vocabulaire. Chacun son niveau, l’important est d’amener les participants à la réflexion et à l’échange.

Un monde parfois difficile d’accès

Malheureusement, Irena souligne qu’il ne s’agit pas d’un club de lecture mais d’un café littéraire. En effet, l’échange s’articule uniquement autour de passages de l’ouvrage. Elle déplore la difficulté dans la province à se procurer des livres en français : « Il reste encore difficile de se procurer un livre précis. Pour un club, ce serait trop long et compliqué ».

À cet égard, Jérôme témoigne aussi de la difficulté ressentie pour la publication de son propre livre. Bien que la littérature semble sans tabous et ouverte aux registres variés, il reste très difficile de se faire remarquer et de sortir du lot pour un nouvel auteur : « Donner la voix à la diversité est difficile, le système est encore un peu vieillot. L’idéal est d’être super spécialisé pour être mis en avant », regrette-t-il.

Son livre Invisible est une œuvre hybride, mêlant dessins et portraits avec des textes en trois langues. « C’est un livre-questionnement dans lequel je voulais mettre en avant la diversité mais aussi les subtilités d’une langue à une autre ». Aussi, dans ce contexte fermé et fortement concurrentiel, il s’est davantage appuyé sur l’angle artistique de son œuvre que sur son aspect littéraire pour en favoriser la diffusion.

Le poids des mots

Le dernier passage étudié risquait d’être retiré par l’éditeur lors de la sortie du livre dans les années 1940. L’assemblée note pourtant que le livre perdrait de son sens et de son authenticité sans ces pages…

Ceci fait écho à une information récente que Margaret relate : « Aux Etats-Unis, des écoles viennent de retirer le classique d’Harper Lee Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur ». En effet, ce livre portant sur la ségrégation fait très fréquemment l’objet de débats et de censures.

Une ville du Mississippi l’a même récemment supprimé du programme scolaire au collège. « Eh bien, je vais le lire alors ! », s’exclame Rowena.

Jérôme souligne que de telles réactions montrent l’importance accordée aux livres, dont l’impact et la portée sont parfois redoutés. Car, comme l’a précisé l’auteur Daniel Pennac : « Chaque lecture est un acte de résistance. Une lecture bien menée sauve de tout, y compris de soi-même ».

Avis aux amateurs de littérature : le prochain café littéraire se déroulera le 14 novembre de 19h à 21h au Centre culturel.
www.lecentreculturel.com/

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