Le bilinguisme atteint un niveau record

Si La Source a pris le parti d’être bilingue, qu’en est-il du bilinguisme français-anglais à l’échelle du Canada ? Suite au recensement de 2016, Statistique Canada a publié une analyse détaillée de l’usage de ces deux langues à travers le pays. Les données semblent notamment indiquer que le bilinguisme français-anglais a le vent en poupe. Décryptage.

En août dernier, un rapport complet sur l’usage de l’anglais et du français au Canada, les deux langues officielles, a été révélé. L’étude, menée par Jean-François Lepage, analyste bilingue au Centre de la statistique ethnoculturelle, langue et immigration, basé à Ottawa, permet entre autres de faire un état des lieux de la situation du bilinguisme.

Une évaluation à grande échelle

La question de la langue a été abordée dans le cadre du recensement et touche l’intégralité de la population canadienne afin d’obtenir les résultats les plus précis. Trois questions qui portaient successivement sur la connaissance des langues officielles, sur les langues parlées à la maison, et sur les langues maternelles, ont permis de dresser le tableau de l’usage des langues à travers le pays.

La première question sur la connaissance des langues officielles permet de mesurer avec précision le bilinguisme français-anglais au Canada. Sur ce point, Jean-François Lepage précise que la réponse relève de l’auto-évaluation : « C’est la capacité de soutenir une conversation en français, en anglais, en français et en anglais, ou ni l’un ni l’autre des deux langues […] qui est la variable qu’on utilise pour mesurer le bilinguisme français-anglais au Canada ».

Source: Statistique Canada

Un pic du bilinguisme

Jean-François Lepage, analyste bilingue au Centre de la statistique ethnoculturelle.

Après les quelques millions de réponses traitées, les résultats révèlent que le bilinguisme français-anglais au Canada a atteint un sommet record. En effet, 17,9% de la population se dit en capacité de soutenir une conversation en anglais et en français en 2016, contre 17,5% en 2011 où il était en stagnation depuis dix ans. Sans grande surprise, la province du Québec est le principal moteur de ce pic avec une population
bilingue à hauteur de 44,5%.

Fait néanmoins marquant : alors que le taux de bilinguisme avait tendance à reculer dans les autres provinces et territoires depuis 2001, entre 2011 et 2016 ces derniers participent également à la croissance du bilinguisme : « Si on compare l’évolution en 2011 et 2016 à celle de 2006 et 2011, dans la grande majorité des provinces et territoires il y avait des déclins, un recul du bilinguisme, alors que cette fois-ci le bilinguisme français-anglais a progressé, ou tout au moins est resté stable en termes de proportions », indique M. Lepage.

C’est donc l’ensemble du Canada qui est actif dans le cadre de la croissance du bilinguisme, à différentes échelles selon les provinces et territoires. Les Territoire du Nord-Ouest, le Yukon et le Nouveau-Brunswick affichent ainsi les taux de croissances du bilinguisme les plus importants après le Québec.

En ce qui concerne la Colombie-Britannique, la proportion de bilinguisme reste stable depuis 2011 avec un taux qui s’élève à 8,6%.

Hausse générale du plurilinguisme

Outre le taux de bilinguisme français-anglais, le recensement a permis de révéler que c’est plus largement la diversité linguistique qui est en hausse au Canada. Conséquence directe de l’immigration, 22,9% de la population a déclaré avoir une langue immigrante autre que le français et l’anglais comme langue maternelle en 2016, contre 21,3% cinq ans auparavant.

La proportion de langues immigrantes est ainsi en hausse régulière depuis plusieurs années, et devrait encore augmenter en accord avec le taux d’immigration. Pour autant, l’anglais et le français resteront les langues les plus parlées du pays.

Lors d’une entrevue donnée à Radio-Canada, Patricia Lamarre, professeure et sociologue à l’Université de Montréal, explique : « C’est le français et l’anglais qui dominent. Et ça ne bougera pas parce que ce sont les langues de l’État, de l’école, du travail ».

Les langues officielles représentent un vecteur important d’intégration au sein de la société. Ainsi, on note que près de 7 personnes sur 10 de langue maternelle immigrante déclarent également parler l’une des deux langues officielles du Canada.

Damien Hubert, directeur de l’Alliance française de Vancouver, observe ce phénomène : « On a une augmentation des apprenants en français. Pour la majorité, ce sont des publics issus de l’immigration qui se rendent compte que parler les deux langues officielles est un atout, en plus de leur langue maternelle ».

L’intégration sociale et les performances professionnelles ne semblent pas pour autant représenter l’unique motivation à l’apprentissage du français selon Damien Hubert, qui remarque néanmoins « un attrait supplémentaire par rapport à la langue française ».

Rappelons enfin que l’apprentissage d’une langue, c’est aussi « l’ouverture à l’autre, à la culture de manière générale », selon les mots de M. Hubert.

http://www12.statcan.gc.ca/census-recensement/2016/as-sa/98-200-x/2016010/98-200-x2016010-fra.cfm
http://www12.statcan.gc.ca/census-recensement/index-fra.cfm

Leave a Reply