Catherine Tableau : l’artiste et la matière

Photo par Muriel Marc

Catherine Tableau, un nom qui prédestinait à la peinture cette artiste française qui vit en Colombie-Britannique depuis 2001. Dès son arrivée dans l’Ouest canadien, elle est partie vivre sur l’île Cortes, petite communauté insulaire constituée d’artistes. Installée à Vancouver depuis 2009, elle partage aujourd’hui un studio avec plusieurs artistes dans les locaux de l’Arts Factory, un espace créatif et stimulant.

Les artistes, Catherine Tableau les connaît bien. Dans une première partie de vie, en France, après une formation initiale en sociologie et animation culturelle, la Française a été directrice artistique et a programmé de nombreux artistes et scènes culturelles : art visuel, cinéma, musique, théâtre, marionnettes… Le monde artistique ne lui est pas inconnu. Pour autant, elle n’a jamais vraiment pris le temps de développer une pratique artistique personnelle, malgré une formation parallèle aux Beaux-Arts de Nice.

D’une rive à l’autre

Venir au Canada a constitué pour Catherine Tableau un congé sabbatique après vingt ans de travail. Sur son île isolée de Cortes, elle développera des activités autour du chocolat, de la cuisine et de l’aménagement paysager. Mais c’est surtout une occasion de démarrer sa propre démarche artistique.

L’artiste Catherine Tableau dans son atelier. | Photo par Muriel Marc

Un temps introspectif, pour trouver un silence intérieur, découvrir une autre partie de soi. Dans un nouvel endroit, un refuge, un atelier pour expérimenter. « La distance, la séparation, le déracinement et l’environnement proche de la nature favorisent la capacité de s’autoriser à entreprendre »,
confie-t-elle.

Le plâtre s’impose

En venant, la francophone avait déjà l’idée que tout serait lié à la matière et à la texture. Elle a d’abord travaillé avec des matériaux de récupération, recyclables, glanés ici et là sur les chantiers, créant des œuvres dites techniques mixtes.

Mais c’est un matériau simple, abordable et rapide d’utilisation qu’elle choisit : le plâtre. Un matériau qu’elle connaît bien car c’est un peu de son histoire familiale. Toute petite, elle mettait déjà la main à la pâte pour aider un père artisan peintre : plâtre, crépis et peinture n’ont pas de secret pour elle.

Ce lien fort avec ses origines et les influences de grands artistes comme Antoni Tàpies et Pierre Soulages vont la guider dans ses expérimentations de textures et de couleurs, de formes et de jeux de lumières.

Avec sa nouvelle série intitulée Time Lines, Catherine Tableau reprend et revisite le plâtre. Ses œuvres sont avant tout grattées, ridées, abîmées, cassées, griffées… Le plâtre se fait cuir, écorce, pierre. Le plâtre moulé est manipulé, travaillé pour être ensuite collé et coloré sur son support final.

L’artiste attache beaucoup d’importance aux gestes, va à la rencontre du mouvement, de l’expérimentation : elle craque, elle creuse, elle découpe, elle entaille. Ses œuvres deviennent mémoires, écritures ou empreintes. Le silence des débuts fait place à une présence forte : celle de l’œuvre, de sa texture et de sa couleur.

L’impermanence et l’accident comme chemins

La transformation, le changement, le vieillissement, la disparition sont les thèmes de prédilection du travail de Catherine Tableau : « Rien ne dure toujours, tout se transforme », lance-t-elle.

Pour l’artiste, l’art est une recherche et un apprentissage permanents : plus elle travaille, plus elle apprend, et plus elle découvre. Pour elle, expérimenter c’est accueillir l’accident, être attentif au détail, se laisser surprendre par la technique, guetter la variation, être concentré sur le processus. « C’est le chemin qui mène au résultat qui est important », précise-t-elle.

La série Time Lines se compose d’une juxtaposition de bandes de plâtre, de lignes verticales de différentes épaisseurs et de différentes surfaces monochromes. Les variations de textures sont multiples, chaque bande est unique. La profondeur et la force de la répétition créent l’image d’un mur sacré avec ses propres symboles, son propre langage.

La texture choisie par Catherine Tableau nous rappelle le temps qui passe, l’érosion, les blessures qui se multiplient à l’infini. Les œuvres de l’artiste forment un univers brut, un territoire primitif et ésotérique qui nous invite au silence, à la méditation et à la mémoire.

Pour découvrir le travail de Catherine Tableau, rendez-vous en mai prochain dans son atelier au 281 Industrial Avenue pour une session portes ouvertes.


Site web: catherinetableau.com

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