Les arts au cœur d’une nuit à l’Alliance française

Une exposition des oeuvres de Thibault Sendra. | Photo de Thibault Sendra

Pablo Picasso pouvait dessiner sur une nappe en guise de paiement d’une addition, sans signer car « j’achète un repas, pas le restaurant ». Qui de l’artiste ou du restaurateur devenait alors le public de l’autre, et de quelle œuvre ? Le 25 janvier prochain, dans le cadre de La nuit des idées 2018 : l’imagination au pouvoir, l’Alliance française de Vancouver proposera une table ronde axée sur l’art et son influence dans la société. Un débat d’idées ouvert à tous qui compte démontrer que la culture a bel et bien sa place à Vancouver.

Serge Guilbaut, Professeur agrégé d’Histoire de l’Art. | Photo de l’Alliance française

Initiée par l’Institut français dans une optique de promotion de la culture française à travers le monde, La nuit des idées permet, dans plusieurs villes du monde, de réunir des intervenants aux parcours divers autour d’un thème. Cette année c’est cette phrase devenue un des slogans de 1968 « L’imagination au pouvoir » qui sera au cœur des débats.

Débat sur l’art et art de débattre

Organisée en partenariat avec Radio-Canada, l’animatrice Marie Villeneuve conduira les échanges entre les quatre intervenants, dont les profils offrent une « transversalité sur le thème de l’art, sur ce que veut dire être francophone dans le milieu artistique de Vancouver », indique Damien Hubert, directeur de l’Alliance française. Seront présents : Jean-François Packwood, directeur général du Conseil culturel et artistique francophone de la Colombie-Britannique, qui connaît bien la réalité du terrain ; Zohra Bonnis, directrice et conservatrice d’une galerie d’art ; Thibault Sendra, peintre français qui a émergé à Vancouver et qui exposera cette semaine-là à l’Alliance française ; ainsi que Serge Guilbaut, professeur agrégé d’Histoire de l’art à l’Université de la Colombie-Britannique dont la vision de l’art peut paraître pessimiste selon Damien Hubert.

Thibault Sendra, Artiste peintre français. | Photo de l’Alliance française

Avant d’engager un échange avec le public par des questions-réponses, chacun partagera ses expériences et ses points de vue. « Dans une société de consommation on a tendance à voir l’art comme un objet, alors que c’est aussi une façon de s’exprimer », souligne Damien Hubert.

C’est même le but premier de l’art que de créer un dialogue avec le public, d’être ce grain de sable qui fait réfléchir, qui ouvre des perspectives dans sa mise en situation. Le terme d’artiste, devenu galvaudé et dénué d’un sens réel, est défini par Thibault Sendra comme « quelqu’un qui exprime ce qu’il ressent et qui essaie de le communiquer, sans forcément produire de l’art ». Injustement opposé au terme d’intellectuel, pour Serge Guilbaut, les artistes n’existent pas, ce sont des intellectuels de par leur processus de réflexion, des «ouvriers d’art ».

Vancouver, la culturelle ?

« Vancouver une ville non-culturelle c’est dans la tête, il existe beaucoup de choses, pas forcément visibles comme dans d’autres villes » note Serge Guilbaut. Un autre participant, Thibault Sendra partage la même vision. Si l’information est moins facile à obtenir sur ce qui se fait, il ajoute « qu’il y a beaucoup d’art, mais les gens s’expriment plus à travers le sport et les activités de bien-être ici ». Si une tentative de dialogue direct avec la population s’est faite avec les fresques murales sur la rue Main, cela reste insuffisant à éduquer à l’art, à bousculer les esprits, à comprendre ses impacts et ses significations dans un contexte donné. Les projets où l’intérêt du public prime sur celui du marché, doivent se développer. Le processus artistique et non la démarche mercantile.

Jean-François Packwood, Directeur général du CCAFCB.

Si l’art se contente de n’être qu’une succession d’œuvres, il ne sera plus qu’un produit de consommation comme un autre. Placer une œuvre dans son contexte historique, culturel ou encore politique, permet de donner des clés de compréhension du monde, d’éduquer, d’ouvrir de nouvelles perspectives grâce à un travail de réflexion. Serge Guilbaut dénonce les professionnels du monde artistique, notamment des musées, qui ne remplissent plus leur rôle éducatif. Il est nécessaire de sortir des étiquettes qui « sont des espaces douillets, des excuses pour les professionnels, il faut des espaces hérissons », qui mettent l’art au service d’une population et non l’inverse. Des espaces à explorer, des brèches qui au-delà du spectacle laisse passer les messages et forment l’esprit critique.

Information :

La nuit des idées, à L’Alliance française, 18h30

www.alliancefrancaise.ca

Pour participer contacter :
library@alliancefrancaise.ca

 

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