Ici on ne se bat pas

Après un vol de 48 heures et deux heures d’attente à la douane cela faisait une semaine depuis que j’avais dormi dans un lit confortable. Mais nous étions parvenus de l’Afrique du Sud au Canada et maintenant, tout, me semblait-il, sentait comme les biscuits.

Mon enfance s’est passée en Afrique du Sud durant les tumultueuses années 80. Les assemblées scolaires nous disaient quoi faire en cas de repérer une mine terrestre et une affiche dans chaque salle de classe gardait ces images fraîches dans notre esprit. Mes soeurs et moi avons été précipités chez les voisins une fois parce que Maman et Papa étaient dans une épicerie qui avait été bombardée. La situation s’est améliorée, bien sûr, et en 1996 une paix incertaine régnait au pays. Avec son départ anticipé au travail, son aîné juste à la sortie du secondaire et deux autres sur le point d’obtenir leur diplôme, mon père a décidé que le Canada fournirait un avenir plus sûr. Notre avion a atterri le 4 mai 1997.

« Ne pensez pas un seul instant que ça va être facile ici. C’est comme l’Afrique du Sud ici aussi. »

Voilà l’accueil chaleureux que nous avons reçu de deux expatriés sud-africains qui nous ont accueillis à YVR avec un café de Tim Hortons. Je suis sûr qu’ils voulaient être gentils et nous préparer pour les moments difficiles qui nous attendaient, mais cela semblait très inquiétant. C’est après tout une mosaïque de cultures ici où les gens viennent de partout dans le monde vivre ensemble dans un nouvel endroit. Et si personne ne s’entendait ? Et si c’était comme l’Afrique du Sud ? Chez nous nous ne pouvions pas faire en sorte que les noirs et blancs vivent ensemble en harmonie, quelle chance avaient les gens de tous les horizons de s’entendre ? J’ai regardé ma famille aux yeux fatigués et je me suis demandé s’ils doutaient soudainement de notre décision d’immigrer aussi. La première décision familiale que nous avons prise au nouveau pays a été de prendre une limousine au lieu de deux taxis. Cela nous a tous fait sourire un peu. La limousine était pleine à craquer avec de lourdes valises et cinq personnes fatiguées et nerveuses.

Une volonté de vivre ensemble.

« D’où venez-vous ? » demanda le chauffeur.

« Nous venons de déménager d’Afrique du Sud. »

Il y a eu une petite pause.

« Bienvenue au Canada ! Ici on ne se bat pas »

Un rire nerveux accompagné de larmes a rempli la limousine. Nous avons appris qu’il venait d’Israël et qu’il vivait ici depuis près de 50 ans. Son accueil était plus chaud que le café qu’avaient offert les Sud-Africains. Nous étions à nouveau positifs par rapport au déménagement et prêts à relever les défis qui se présentaient devant nous.

Cela fait plus de vingt ans que nous avons fait ce premier tour en limousine et le chauffeur n’a pas totalement eu raison. Les gens ici se disputent. Les végétaliens nous disent constamment que la viande est un meurtre, d’autres que les pistes cyclables font perdre de la place aux voitures.

Le 11 septembre et le climat racial de Trump ont également montré que le Canada n’est pas opposé au racisme. N’oublions pas non plus que juste après le merveilleux spectacle des Jeux olympiques de 2010, la rue Granville a été transformée en zone sinistrée parce que les Canucks n’ont pas pris la coupe.

Vivre à Vancouver signifie avoir des amis et des voisins de partout. Vivre à Vancouver signifie que vous posez et que l’on vous pose la question « D’où venez-vous ? » plutôt que « Que faites-vous ? » Vivre à Vancouver
signifie que les gens ont des points de vue différents. Vivre à Vancouver c’est connaître la chaleur et la politesse. Vivre à Vancouver signifie que oui, il y a des problèmes auxquels nous devons faire face, mais vivre à Vancouver signifie qu’il s’agira d’une discussion polie dans l’espoir que nous puissions élever notre communauté encore plus haut.

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