« Le paradoxe canadien : une immigration facilitée, mais une intégration perfectible »

Venir au Canada n’est pas un parcours du combattant pour un Français. Si vous avez moins de 35 ans, vous pouvez postuler pour un Permis Vacances Travail, qui vous permet de rester et travailler sur le sol canadien pendant 2 ans maximum. Faut-il encore être tiré au sort. J’ai tenté ma chance, et, surprise, quelques semaines plus tard, j’avais le précieux sésame en main. A partir de là, plus rien ne pouvait m’arrêter. Il n’était pas question de regretter.

Ce qui m’a d’abord frappé dès mon arrivée, c’est la facilité de l’installation. Il est possible d’ouvrir un compte en banque en quelques minutes, obtenir un forfait téléphonique en moins de temps, échanger son permis de conduire français contre un canadien, voire même signer un bail sans même avoir de revenus.

L’étape suivante fut logiquement la recherche d’emploi. Il est difficile de trouver un travail directement à partir de l’étranger, sans référence, sans connaissance de la ville et sans numéro de téléphone local. Même une fois sur place, trouver un équivalent au Canada de mon métier, à responsabilités et salaire proches, fut délicat, et ce pour plusieurs raisons. Même en travaillant dans l’informatique ! D’abord parce qu’ici un diplôme et des expériences étrangères n’ont pas le même poids. Et ensuite parce que le réseau compte beaucoup. Ça se construit et ça s’entretient surtout.

J’ai finalement décroché le graal en acceptant de revoir mes prétentions à la baisse et en démarrant plus bas. La patience, les résultats et la pression d’un marché du travail tendu font souvent le reste. D’un autre côté, ce qui est formidable ici, c’est la facilité avec laquelle il est possible de se réorienter professionnellement. Il y aura toujours un employeur pour vous donner une chance, même sans diplôme ou expérience. Après, c’est à vous de jouer !

Je comptais vraiment sur le côté professionnel pour m’intégrer socialement à Vancouver. En Europe, le travail est souvent la clé pour rencontrer des les gens du pays et nouer des relations amicales. Même si, ici au Canada, la culture d’entreprise met en avant l’esprit d’équipe et les moments de convivialité, il n’empêche que la barrière du bureau est difficile à franchir. Beaucoup de « on devrait » pour peu d’action.

Heureusement, il y a d’autres moyens, comme s’insérer dans des associations ou s’inscrire à une activité sportive. Ici, on y fait des connaissances, on crée des relations, mais celles-ci restent souvent très limitées à ce qui rassemble. Les coéquipiers du sport ne se voient par exemple que durant l’activité et les membres d’une association pendant des réunions téléphoniques. Difficile de passer le cap là aussi. Et tout ça s’est confirmé lors d’une visite dans un organisme professionnel francophone à Vancouver, où une conseillère m’a dit : « Tu sais, ça fait 20 ans que j’habite ici, et la plupart de mes amis sont Français ».

Une amitié au-délà des origines.

Mais je ne désespère pas. C’est certainement l’aspect le plus compliqué dans l’intégration. Et c’est, ici à Vancouver, malheureusement le cas pour beaucoup de « nouveaux ». Trop de communautés existent et mériteraient de se rejoindre. Il est facile de succomber et de se rapprocher de sa communité. Nous avons la même culture, les mêmes habitudes, les mêmes goûts et parfois même un passé similaire.

Je pense aujourd’hui à rester au Canada. Après un an à travailler ici, et le français étant ma langue natale, la résidence permanente me tend les bras.

C’est tout le paradoxe ici : une immigration facilitée, mais une intégration perfectible. Le Canada est un pays qui vous ouvre grand ses portes, Vancouver se veut ville internationale et multiculturelle. Mais elle est surtout cosmopolite, où dans chaque quartier vivent des communautés qui se croisent mais se mélangent peu.

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