La Collection Chung : Les vestiges de l’histoire chinoise à Vancouver

Portrait de Chung Lum Sze, circa 1920, femme inconnue. | Photo par Gratianne Daum

La communauté chinoise figure parmi les premières à s’être installées dans la province. Dès 1858, des travailleurs mandarins sont arrivés de San Francisco, en Californie, attirés par la Ruée vers l’or. Cent-soixante ans plus tard, que sait-on de l’histoire chinoise à Vancouver ? La Chung Collection de l’Université de Colombie-Britannique (UBC) donne des réponses.

L’exposition permanente Chung Collection à UBC permet de retracer les grandes lignes de cette histoire grâce à un important travail de recherche. Cette collection personnelle du chirurgien sino-canadien Wallace Chung, né à Victoria, montre les réalités des premiers arrivants, dont ses parents ont fait partie. Elle regroupe près de 1 250 objets, livres, photographies et quelque 25 000 papiers officiels.

À Vancouver, c’est l’ouverture de la scierie Royal City Sawmill en 1886 qui attira les premiers ouvriers, précise l’historien civique John Atkin. Ce sont eux qui construisirent le quartier historique que l’on connaît aujourd’hui sous le nom de Chinatown. Au même moment, entre 1880 et 1885, environ 15 000 travailleurs en provenance du sud de la Chine et des États-Unis furent employés par la Canadian Pacific Railway pour construire le chemin de fer reliant les deux océans, marquant ainsi la naissance de la Confédération.

Certificat Head tax de Jew Chew Gee de Kamloops en C.B. | Photo de la Collection Chung

La majorité d’entre eux décida de rester dans le Grand Vancouver, où furent posés les derniers rails. La communauté choisit de s’installer à Chinatown ou bien dans le quartier autour de Victoria Drive et la 41e Avenue. Ce quartier, moins visible que le premier, est cependant beaucoup plus important en nombre d’habitants d’origine chinoise.

Une contribution non reconnue

Sous la chape de plomb des préjugés et de l’hostilité envers les Chinois, la documentation sur leur rôle économique et commercial est négligée, à tort selon John Atkin : « La main-d’œuvre dite peu qualifiée des débuts n’est qu’une infime partie. Lorsque l’on regarde les archives architecturales de la ville, on peut voir que beaucoup d’édifices ont été construits par eux. Ils étaient de très bons hommes d’affaires et l’activité commerciale qui s’est étendue au monde émane de Chinatown. »

Jun Ing, de l’association Vancouver Chinese Benevolent, explique que l’absence d’archives précises est en partie attribuable aux différents incendies qui ont eu raison des bâtiments en bois de l’époque. Il ajoute que chaque association a sa propre version de l’histoire du quartier, ce qui complique le travail des historiens. Cependant, Chinatown a reçu le statut de lieu historique national en 2011, et en 2014 la province a présenté officiellement des excuses publiques pour le traitement infligé à cette communauté.

Au cours des cinq dernières générations d’immigrants, « le quartier a toujours été très vivant et a tenu le rôle de noyau culturel, social et économique », explique John Atkin. Cependant, comme le reste de la ville, le quartier est en proie aux développements immobiliers et beaucoup craignent une perte identitaire et culturelle. Mais l’historien est optimiste : « Les langues, toutes les associations, tous les groupes sont encore très actifs aujourd’hui ». Il est convaincu que la curiosité et le lien fort que montrent actuellement les jeunes préserveront l’héritage historique, tangible ou non, de leurs racines.

Devoir de mémoire

Le volet sur l’immigration de l’exposition Chung dépeint la vie de l’époque : les aspects socio-économiques, la difficulté de se forger une nouvelle identité, mais aussi le traitement réservé par les autorités locales. « Nous faisons don de cette collection à UBC pour que les gens se rendent compte et comprennent les difficultés et les joies rencontrées par ceux qui sont arrivés avant eux », avait déclaré M. Chung lors de l’inauguration il y a 19 ans.

Pour l’archiviste et responsable de la collection, Krisztina Laszlo, ce travail de documentation permet de « faire la lumière sur la contribution majeure de la communauté chinoise à l’établissement de la province ». N’étant pas assez appréciée et célébrée de son avis, elle y voit même un devoir national de mémoire.

La collection Chung est ouverte du lundi au vendredi de 10 h à 16 h. Accès gratuit. Tour guidé tous les jeudis. Toutes les informations sur www.open.library.ubc.ca/collections/chung

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