Pour un théâtre plus inclusif

 

Diane Brown, créatrice de l’Advance Theatre.

Pour la quatrième année consécutive, à l’occasion du Vancouver Fringe Festival du 6 au 16 septembre, cinq pièces de théâtre seront présentées sous forme d’une lecture par des femmes diverses dans le cadre du projet Advance Theatre : New Works by Diverse Women. Cet événement vise à valoriser la diversité de genres, de nationalités, de cultures et d’orientations sexuelles dans le milieu du théâtre.

Les femmes et les personnes issues de la diversité sont une minorité dans certains rôles au théâtre. D’après une étude nationale de l’industrie du théâtre canadien, on compte seulement un tiers de femmes au sein des directeurs artistiques, dramaturges et metteurs en scène.

Diane Brown, créatrice du projet Advance Theatre et directrice du Ruby Slippers Theatre, a décidé de faire quelque chose il y a 4 ans : « J’en ai parlé au directeur général du Fringe, j’ai appelé la Playwrights Guild of Canada et boom ! On avait un festival présentant la diversité en 24 heures », raconte-t-elle.

Venant des quatre coins du Canada, le festival reçoit près de 100 demandes par an, « ce qui montre à quel point nous avons besoin de ce type d’événement et à quel point tant de talents manquent de visibilité dans le monde du théâtre ». Cette occasion s’adresse aux femmes dramaturges et metteures en scène qui vivent et travaillent au Canada, avec une priorité donnée à la diversité. Le Ruby Slippers Theatre et le Fringe produisent l’événement et couvrent les frais techniques des répétitions, la promotion de la pièce et la venue des artistes pour la lecture qui a lieu sur Granville Island.

Faire face au conservatisme

Le manque de diversité au théâtre serait attribuable aux décisionnaires. « La plupart des théâtres au Canada sont encore tenus par des hommes blancs d’âge moyen avec une vision dépassée qui n’entre pas en accord avec la diversité », explique Diane Brown.

Leanna Brodie, metteure en scène de Gametes, une des pièces présentées, rajoute : « S’il y a trop d’homogénéité dans les personnes qui prennent les décisions, cela se ressent sur scène. » Elle relève que, même au cinéma, une évolution est en marche, avec des films à succès comme Black Panther ou Wonder Woman, qui n’avaient pas prévu d’être aussi bien reçus par le public. « On dit toujours au théâtre qu’on est à la recherche du jamais vu, mais lorsqu’on le rencontre, on en a peur », ponctue-t-elle.

Les artistes tentent ainsi d’ouvrir les esprits au moyen du théâtre. Natalie Meisner est l’auteure dramaturge de Speed Dating for Sperm Donor, une pièce qui raconte son parcours vécu. Il y a sept ans, Natalie et sa femme d’origine autrichienne décident de trouver un donneur de sperme non anonyme pour leurs futurs enfants. Riche de son histoire empreinte de diversité, elle est convaincue qu’avec « le bon humour, les gens deviennent beaucoup plus ouverts au changement ». La comédie est pour elle une compétence de survie : « Dans mon travail, je cherche aussi à montrer la beauté de la différence. »

L’empreinte de la diversité

La diversité, c’est aussi celle de l’évolution de la société, qui influence elle-même les comportements sur scène. Loretta Seto, dans sa pièce nommée The Ones We Leave Behind, s’intéresse au phénomène de l’abandon. « La diversité est vitale pour le succès du théâtre actuel car la démographie de notre société moderne continue d’évoluer et de plus en plus de voix ont la chance de se faire entendre. Se séparer de cette richesse culturelle, c’est nier la réalité des changements dans notre population. On veut voir des histoires qui reflètent nos expériences, nos modes de vie. Il y a une telle force dans la diversité, et de la place pour que toutes ses voix s’expriment », conclut-elle.

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