Portes ouvertes

Par ici la rentrée. S’il vous plaît faites attention à la marche en avant car il n’est pas question de revenir en arrière. Bienvenue à la maison de la rentrée. Un espace à couper l’haleine de celles et de ceux qui sont déjà à bout de souffle. Permettez-moi de vous ouvrir les portes et de vous servir de guide pour cette randonnée vouée à la rentrée.

La rentrée, c’est mon marronnier à moi. Elle me permet de parler de tout et de rien. Elle m’évite de prendre des positions qui pourraient prêter à confusion et créer des remous. Elle est au goût du jour, elle est au cœur de l’évènement. Pourquoi devrais-je m’en priver ?

La visite donc que je vous propose devrait vous permettre encore une fois de mieux vous familiariser avec toutes les formes de rentrées mises à la disposition du commun des mortels.

Quand on parle de rentrée, la rentrée scolaire vient immédiatement à l’esprit. Après la fête du Travail et la fin des vacances, retour à l’école. Les parents d’enfants déjà scolarisés poussent un grand soupir de soulagement, satisfaits de se débarrasser d’un fardeau qui leur a été imposé pendant deux longs mois d’été. On a beau aimer ses enfants, force est d’admettre que de s’en occuper n’est pas une tâche facile ni de tout repos. Les vacances scolaires pour de nombreux parents, soyons francs, ne sont ni plus ni moins qu’une corvée plutôt épuisante. Avec le retour des élèves dans les salles de classe, mères et pères peuvent enfin pousser un grand soupir de soulagement. Cette rentrée arrive comme une bouée de sauvetage, une ancre à laquelle on peut enfin s’accrocher, une oasis où il est bon se désaltérer. Se rendre au travail devient source de renouveau. Fini le calvaire. Retour au nirvana. Au tour des instituteurs maintenant d’en baver.

Cette rentrée arrive comme une bouée de sauvetage.

Pour les plus petits, les bambins, ceux qui vont découvrir les bancs d’école pour la première fois, l’épreuve risque de s’avérer plus difficile. Pleurs, cris, caprices incarnent leur rentrée scolaire. Moment de grande déchirure qui pétrifie papas et mamans, tous émus et déconcertés par le désarroi dont ils sont témoins et s’estiment responsables. Un sentiment de culpabilité les envahit alors que, le cœur serré, ils doivent tourner le dos à leur progéniture pour la laisser au soin d’un inconnu ou d’une étrangère. La rentrée scolaire pour les plus jeunes, c’est un peu comme une visite chez le dentiste. L’expérience est douloureuse : l’un vous arrache les dents et l’autre vous arrache de vos parents. Les deux font mal.

Quittons si vous le voulez bien l’espace réservé à la rentrée scolaire pour celui de la rentrée universitaire qui la suit généralement de près. À ce chapitre j’aimerais souligner mon incompréhension sinon mon indignation : comment se fait-il que les étudiants universitaires ont droit à plus de mois de vacances que les jeunes élèves du primaire et du secondaire ? Cela me semble illogique, voir même absurde sinon ridicule. Question à étudier ou à débattre au cours des prochains cours.

Vient ensuite la chambre des députés où nous pouvons observer la rentrée parlementaire, parfois appelée rentrée politique, qu’à l’exception des journalistes, personne n’attend avec impatience. Et pour cause : comme son nom l’indique, au parlement on parle et on ment. Qui veut de cela ? Les députés des deux côtés palabrent. Les ministres évitent de répondre aux questions. Les représentants de l’opposition, après une pause, prennent des poses et gesticulent pour les caméras tout en lisant maladroitement les quelques questions griffonnées sur un bout de papier souvent chiffonné. Nous sommes en droit de nous poser des questions. Les débats houleux et acrimonieux nous offrent un tableau peu reluisant des activités parlementaires. Mesdames et messieurs les députés, pour votre rentrée, s’il vous plaît, rentrez chez vous.

Passons au salon où la rentrée littéraire francophone a déjà fait son apparition avec la parution, nous a-t-on annoncé, de plus de 567 titres de tous genres attendus dans les librairies d’ici la mi-octobre dont de nombreux premiers romans. Que de livres pour me délivrer de l’oisiveté à laquelle je suis accro.

À ne pas manquer aussi la rentrée atmosphérique qui nous a permis, en l’espace d’un peu plus d’un an, de passer du vide créé par l’élection présidentielle aux États-Unis dans l’environnement puéril, corrosif et perfide qui s’est installé à la Maison-Blanche. Une rentrée qui gâche l’atmosphère.

Et pour conclure cette balade, je vous invite à découvrir une rentrée qui m’est chère… la rentrée d’argent. Elle brille souvent par son absence. Et quand elle vient, cette rentrée se fait surtout remarquer par sa rapide sortie que je m’apprête à prendre. Voilà qui est fait.

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