Inégalités sociales – Comprendre pour combattre

La concentration de capitaux à Vancouver a déclenché des inégalités qui fragmentent aujourd’hui la population. Sujet d’importance grandissante, l’université Simon Fraser (SFU) a lancé un nouveau cours intitulé Pauvreté et inégalité, qui propose d’aborder le phénomène des inégalités de manière exhaustive. Dans ce contexte, analyse de la situation des inégalités sociales à Vancouver.

Le professeur Krishna Pendakur de SFU.

Vancouver est devenue l’une des villes les plus attractives de l’Amérique du Nord, ayant entamé un développement exponentiel depuis l’exposition universelle de 1986. Mais ses habitants sont aujourd’hui victimes de ce succès. Depuis vingt ans, plusieurs catégories de la population, pour certaines déjà anémiées, sont précipitées dans des situations précaires ou marginales.

Trois catégories d’individus touchés

Le placement des populations autochtones en écoles résidentielles a eu des conséquences néfastes sur leur intégration sociale ; elles souffrent par exemple de barrières à l’emploi. A Vancouver, au dernier recensement, 40 % des sans-abri sont autochtones, alors qu’ils ne représentent que 2,2 % de la population.

L’amendement dans les années 1990 d’une loi fédérale rendant la prescription des opioïdes (aux vertus anti-douleur) plus facile a conduit les usagers de drogues et les personnes en mauvaise santé dans la situation que l’on connaît aujourd’hui. Fait on ne peut plus visible dans le quartier Downtown Eastside, l’un des quartiers les plus pauvres du pays où l’on compte chaque jour près de 5 000 personnes vivant dans la rue.

A un niveau moindre, les travailleurs et les familles sont également assujettis à un niveau de vie précaire. Deux phénomènes se font écho pour accélérer leurs situations fragiles. Tout d’abord, les salaires, déjà faibles, stagnent. Associé à la hausse du prix de l’immobilier, à l’achat ou à la location, l’accès au logement est rendu très difficile. Les familles en particulier pâtissent du manque de logements adéquats.

Logement social subventionné.

Quelles solutions ?

John Millar, le vice-président de la Public Health Association of BC, dont le mandat est de promouvoir l’équité sociale, déplore le manque de volonté des politiciens de s’attaquer aux racines des inégalités plutôt que de se concentrer sur la diminution de la pauvreté. « La pauvreté est plus parlante pour le grand public, c’est plus compréhensible ». Pour lui, les mesures prioritaires seraient de transformer le salaire minimum en salaire suffisant, limiter l’augmentation des loyers, augmenter le parc immobilier social et augmenter les taxes sur les grandes fortunes et les entreprises, en particulier celles qui commercialisent des produits posant un risque sanitaire (sodas, cigarettes, etc.). Et cela ne peut aller sans « un meilleur travail dans l’explication de l’utilisation des taxes en dépit du manque d’intérêt ».

Par engrenage, le problème immobilier s’est étendu à toute la région du Grand Vancouver, note le politologue Emmanuel Brunet-Jailly, professeur à l’Université de Victoria. Aussi, le « tournant politique » que connaît la province suite à l’annonce du gouvernement Horgan d’une politique de logement nouvelle, ne pourra se faire sans la coopération entre les municipalités touchées. L’accès au transport, paradoxalement source du problème aussi du fait de sa contribution à l’embourgeoisement des quartiers autrefois abordables, doit également être un enjeu prioritaire pour permettre à chacun l’égalité d’accès aux services, en particulier de santé. « Les inégalités affectent santé et bien-être » rappelle John Millar.

Pour le professeur en charge du cours, Krishna Pendakur, « Vancouver est plus active que beaucoup d’autres villes nord-américaines. Il existe des sites de consommation (de drogue) encadrés et quelques programmes pour les jeunes souffrant de toxicomanie. Il existe aussi des logements sociaux, dont certains sont subventionnés. Mais il y a encore trop peu de tout cela. »

Pauvreté et inégalités ont progressé et sont maintenant en tête dans la hiérarchie des préoccupations des contribuables, comme en attestent les sondages récents. A quelques semaines des élections municipales et quelques mois des fédérales, de nouvelles mesures sont susceptibles d’être prises. Le cours de SFU, ouvert à tous, permet de percevoir de manière approfondie les solutions possibles et d’aller plus au-delà dans la compréhension de ce sujet complexe.

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