Danse hongroise | Transmettre la culture par le Táncház

Une époque bouillonnante dansée sur scène. | Photo de Massey Theatre

Cette année marque le 170e anniversaire de la révolution hongroise de 1848. Pour le souligner, l’ensemble national de danse hongroise Magyar Nemzeti Táncegyüttes apporte son spectacle Spirit of Hungary – 1848 en tournée nord-américaine. La troupe est arrivée dans la métropole britanno-colombienne vendredi dernier et sera au Massey Theatre le 26 octobre.

Le vice-président de la Société hongroise du Grand Vancouver, Greg Sciszár, promet que la troupe sera bien accueillie. Une soirée dansante était d’ailleurs organisée en l’honneur de leur visite vendredi.

Y a-t-il une danse hongroise ?

Si la troupe apporte sa danse directement de Hongrie vers chez nous, ceux qui s’attendent à un spectacle risquent d’être surpris : « La danse hongroise n’est pas vraiment un spectacle : elle se vit », souligne Greg Sciszár, qui fait lui-même partie de Forrás, l’ensemble de danse hongroise de Vancouver.

Il explique que les danses traditionnelles européennes consistent, la plupart du temps, en mouvements chorégraphiés d’une série de pas appris par un danseur. La danse hongroise, quant à elle, est une improvisation collective à laquelle les spectateurs sont des participants. L’improvisation et la créativité caractérisent ce style de danse : la posture, les pas et les mouvements sont arbitraires et dépendent de l’intention du danseur. C’est une danse et un état d’esprit.

Si la danse est improvisée, alors peut-on parler de danse hongroise ? La réponse est oui : la danse hongroise est constituée de certains pas, certains motifs, cycles et styles qui étaient dansés dans les villages de la Hongrie et de la diaspora bien avant la Première Guerre mondiale. Selon Greg Sciszár, deux piliers majeurs ont permis la transmission de la danse à travers les générations et au-delà des frontières.

Il y a d’abord les collectionneurs culturels, les gens qui ont pris des photos et des vidéos et qui ont ainsi conservé l’allure des soirées dansantes. Ensuite, il y a Táncház [lit. Maison de danse]

Táncház est une méthodologie de transmission culturelle. Depuis 2011, elle est inscrite au « Registre des meilleures pratiques de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel de l’humanité » de l’UNESCO.

Il s’agit d’un modèle d’enseignement de la danse et de la musique folklorique qui combine la transmission traditionnelle de la culture – celle où les danseurs expérimentés et les porteurs de traditions enseignent aux nouveaux qui observent et imitent – avec les méthodes pédagogiques plus modernes.

Les nouveaux danseurs sont invités à s’inspirer de ce qu’ils voient et à utiliser leur propre créativité pour développer leurs habiletés au son de la musique. Le but est de faire de cette transmission de savoir immatériel une activité ludique mais éducative, axée sur les valeurs et favorisant la construction identitaire. [Traduction libre du site de l’UNESCO]

Mais peu importe votre âge ou votre expérience, Greg Sciszár est d’avis que tous peuvent se joindre au groupe lors d’un Táncház. « Vous n’avez qu’à apprendre le csárdás pour commencer : deux pas à droite, deux pas à gauche. Je pourrais vous le montrer en 30 secondes » lance-t-il, en ne blaguant qu’à demi.

Spirit of Hungary – 1848

C’est donc cette danse-état d’esprit qui sera à l’honneur le 26 octobre au Massey Theatre. L’ensemble promet de vous faire goûter à la danse traditionnelle en deuxième partie de son spectacle, alors que la première partie sera consacrée à la Révolution hongroise de 1848.

L’Europe en 1848 bouillonnait : la période a été surnommée le Printemps des peuples. La Hongrie était alors vibrante au coeur des Hongrois alors qu’elle était absorbée par le royaume d’Autriche. Cette année-là, devant les efforts des Autrichiens pour se débarrasser des Hongrois en position de gouvernements, le peuple se soulève.

Une révolution attisée par les poèmes de Sándor Petőfi, poète et révolutionnaire mort au champ de bataille de Segesvar en 1949. « Il n’y a pas un Hongrois qui ne connaît pas Petőfi », insiste Greg Sciszár. Il ajoute que si, à l’été 1949, les Russes et les Autrichiens défont les révolutionnaires hongrois, l’esprit d’indépendance des Hongrois a survécu et demeure.

Extrait du poème de Sándor Petőfi Nemzeti dal [lit. Chant National]Considéré comme le détonateur de la révolution de 1848

Talpra magyar, hí a haza !
Itt az idő, most vagy soha !
Rabok legyünk, vagy szabadok ?
Ez a kérdés, válasszatok !
A magyarok istenére
Esküszünk,
Esküszünk, hogy rabok tovább
Nem leszünk !

Debout, Hongrois, la patrie nous appelle !
C’est l’heure : à présent ou jamais !
Serons-nous esclaves ou libres ?
Voilà le seul choix : décidez !
De par le dieu des Hongrois nous jurons,
Oui, nous jurons,
Que jamais plus esclaves
Nous ne serons !

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