Notre vie privée est-elle en danger ?

Est-il important de protéger nos données personnelles ? Quels sont les outils accessibles dont nous disposons pour nous protéger contre l’extraction et l’exploitation grandissante de nos données personnelles ?

« Il y a un appétit croissant pour l’accès à nos données personnelles dans le secteur privé et public. Il est important de comprendre l’architecture du système pour avoir une conversation approfondie sur ce qui est légal et approprié », précise Micheal Vonn, directrice des politiques à BCCLA (British Columbia Civil Liberties Association).

Micheal Vonn ainsi que Mike Larsen, professeur de criminologie à l’université Kwantlen Polytechnic (KPU), partageront leur expertise lors d’une conférence le 28 janvier à la bibliothèque centrale de Vancouver. Ils présenteront un état des lieux de la protection de nos données personnelles et apporteront des réponses personnalisées aux questions que posera l’auditoire.

Branchés et en danger ?

Photo par CIIPS

Selon Mike Larsen, nous évoluons dans une société de plus en plus connectée où la peur du missing out est omniprésente.

« Être un participant de notre société demande de révéler des informations personnelles, en particulier sur les réseaux sociaux. Cela devient une routine. Dans ce contexte il est difficile de protéger notre vie privée, » explique-t-il.

L’évènement du 28 janvier sera donc pour Mr. Larsen l’occasion de parler du « capitalisme de surveillance », soit une course à l’exploitation, l’analyse et la transaction des données personnelles à des fins monétaires par les entreprises du secteur privé.

« Je n’ai rien à cacher, pourquoi devrais-je m’inquiéter ? »

C’est un argument que les experts entendent fréquemment. Mais selon eux, les risques sont pourtant bien réels. Par exemples, des scandales comme celui de l’affaire Facebook Cambridge Analytica démontrent qu’il existe des systèmes sophistiqués capables d’accéder à des données personnelles à des niveaux si spécifiques et personnalisés qu’ils ont le pouvoir d’influencer des décisions de vote et donc de fragiliser la démocratie.

« D’un point de vue philosophique, notre aptitude à contrôler l’accès à nos données personnelles nous autorise à être nous-même, sans avoir peur d’être surveillés. Cette aptitude est nécessaire à notre épanouissement. La plupart d’entre nous souhaitent maintenir certains aspects de notre vie, privés : notre identité, notre orientation sexuelle, nos relations personnelles etc. Si nous ne pouvons pas garantir être nous-mêmes, notre capacité à être un participant actif de notre société est limitée », précise Mike Larsen.

Quelles solutions garantissent la protection de notre vie privée ?

« Les lois relatives à la protection des renseignement personnels sont obsolètes, » déclare Mme Vonn.

Elles manquent également de cohésion.

« En Amérique du Nord, il n’existe pas de textes de référence similaire au GDPR (General Data Protection Regulation), » un règlement qui renforce et unifie la protection des données personnelles pour les individus au sein de l’Union européenne, explique Mike Larsen.

Les pouvoirs publics canadiens, d’autre part, désirent un plus grand accès aux données personnelles.

« Certains lobbies affirment que faciliter l’accès aux données personnelles d’individus suspects permettrait de prévenir le crime, » ajoute-t-il.

Mike Larsen conseille de demander aux entreprises de présenter plus ouvertement ce qu’elles font des données qu’elles recueillent sur nous. Des pénalités pourraient être mises en place pour les organisations publiques ou privées qui ne parviennent pas à protéger les données collectées. Il fait aussi remarquer qu’il incombe aux usagers des technologies de se renseigner sur les divers moyens disponibles pour les protéger.

Selon Mike Larsen, la démocratie en fait partie.

« Nous avons toujours le pouvoir d’interpeller nos représentants élus pour réclamer une meilleure protection de notre vie privée, » recommande-t-il.

Lors de leur discussion, les experts rappelleront également que les gens en marge de notre société risquent plus facilement d’être dépossédés d’informations confidentielles sans leur consentement. Des personnes dites vulnérables : réfugiés, victimes d’abus, jeunes à risques ou tout individu ayant besoin d’accéder à des services spécifiques de santé ou d’hébergement, ont souvent pour obligation de partager des informations confidentielles et sensibles. Informations qui dans certains cas, si elles n’étaient pas protégées et donc accessibles par d’autres organismes ou individus, pourraient les mettre en danger.

Dans ce contexte un peu accablant, Mme Vonn souligne que résister n’est pas vain et que de soumettre nos inquiétudes est important.

« Être impuissant ne veut pas dire être désespéré…Que vous soyez en colère, apeuré, ou simplement intéressé par ce sujet, rejoignez notre conversation, » ajoute-t-elle, en guise d’invitation au grand public.

Pour plus d’information visitez : www.vpl.bibliocommons.com/events/5bf84c47f1dfd73f009239e9

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