Une ville à l’image d’un kaléidoscope

Vancouver, C.-B. | Photo par ramcguire, Flickr

Les gens qui voyagent fréquemment décrivent avec aisance les nuances qui caractérisent chaque endroit ou cadre de vie, même s’ils demeurent à l’intérieur du même pays. Qu’il s’agisse des métropoles ou des petites villes, ou encore des villages de montagne, chaque localité respire et vit à un rythme qui lui est particulier. D’où la nécessité d’un compromis : soit choisir d’habiter un monde urbain où règnent l’agitation et la variété au quotidien, soit habiter un monde rural, où règne une ambiance de campagne et sa beauté naturelle. Seuls quelques endroits au monde peuvent allier les deux. Vancouver est une de ces perles rares.

Vancouver a également le grand honneur de partager avec Toronto la première place en tant que ville la plus cosmopolite au Canada (selon une étude réalisée en 2011 par l’enquête nationale auprès des ménages). Il n’y a que peu d’endroits sur cette planète où, si vous rencontrez au hasard deux personnes dans la rue, celles-ci risquent de ne pas appartenir au même groupe ethnique. C’est bien ce qui se passe souvent ici.

Au fil des ans, Vancouver s’est fabriqué une image avec un caractère universel, en mettant aux premières loges de fiers résidents appartenant à différentes religions – hindous, musulmans, sikhs, juifs, chrétiens, etc… –, sans oublier un éventail culinaire impressionnant représentatif de toutes les cultures qu’on retrouve au sein de la ville. Par contre, aujourd’hui la seule question concernant la scène culinaire vancouvéroise serait la suivante : « Où ne trouve-t-on pas de sushis en ville ? »). Toutefois, au-delà de cette fierté pour la sauvegarde de cette diversité culturelle urbaine et de ses clichés d’usage, il serait important de préserver la liberté, le respect et la cohésion sociale. Cette responsabilité serait en soi un rempart contre les peurs xénophobes et un antidote contre l’ostracisme.

Beaucoup d’habitants d’autres villes et même carrément de pays entiers font face à la crainte de perdre leur identité devant une arrivée massive d’immigrants et de nouveaux visages. Cette crainte a fait réagir des populations ailleurs dans le monde et ce phénomène continue de faire les manchettes de façon régulière et alarmante.

Trop souvent, les gens demandent haut et fort « l’assimilation », comme si l’homogénéité signifierait la fin de nos peurs et que la pluralité était la cause de nos problèmes. C’est une peur qui expose le pire des traits humains. C’est une peur qui, il semblerait, n’existe pas ou existerait moins à Vancouver. C’est une crainte qui n’a aucun sens dans une ville où votre patron peut être blanc, originaire de France, un collègue chinois né à Richmond, votre chauffeur de bus, un Pakistanais venu de Toronto et la personne à côté de vous, membre des Premières Nations Songhees. Quelle place aurait la xénophobie là où les immigrants travaillent d’arrache-pied pour se faire de nouveaux amis, profitent des plaisirs de la vie urbaine et partagent leurs histoires ouvertement et librement ? Où l’ignorance peut-elle se cacher lorsque l’affichage dans les rues rompt les barrières linguistiques et que chaque été se remplit de festivals culturels aussi divers que les pays qu’ils représentent dans chaque quartier ? La ville de Vancouver est devenue le foyer et le laboratoire d’une grande diversité, et l’intolérance n’y aurait pas de place.

Victoria, C.-B. | Photo par Lucas Lin, Flickr

Je suis né à Victoria, en Colombie-Britannique, non loin de Vancouver, à portée d’une route panoramique et d’un trajet en traversier pittoresque. Comme Vancouver, Victoria a le bonheur de jouir des montagnes, de la verdure, de l’océan et d’un esprit décontracté. Mais la ville manque de saveur, d’un genre de caractère qui vient de la rue, d’un style illuminé par les vitrines des magasins. Victoria, bien que proche, est à la traîne quant à la diversité. La ville est d’un calme paisible et monochrome, étrange et subtil; elle a bien mérité son sobriquet de « foyer des nouveaux mariés et des presque décédés».

Le sentiment de jubilation qu’on peut lire dans des visages aux traits dissemblables, la cacophonie des langues, distinguent Vancouver de tout autre endroit au monde. Et avec ses montagnes, l’océan et son ambiance de « techno métropole compacte », Vancouver se distingue encore plus.

Mais ce n’est pas une ville qui se voit comme le centre du monde ni qui pense que le monde entier y soit encapsulé. Vancouver est une ville qui accueille le monde et offre tout ce qu’il faut pour rapprocher les gens. La différence et son acceptation ne font pas défaut à Vancouver. La laideur qui touche de nombreuses villes, on ne la voit pas ici. De toute façon, l’homogénéité ne sert à personne. Et si la liberté n’est pas gratuite, le caractère cosmopolite, ici, est assuré.

Traduction par Barry Brisebois

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