La langue de Molière au Salon du Livre juif de Vancouver

La 34e édition du Salon du Livre juif Cherie Smith, organisé par le Centre Communautaire juif du Grand-Vancouver, se tiendra du 9 au 14 février prochains. Une occasion pour le grand public de découvrir les livres les plus récents de la littérature juive.

Ce salon s’impose comme un des principaux événements culturels et littéraires de la ville de Vancouver. Pour beaucoup d’observateurs du monde littéraire canadien, le Salon du Livre juif de la grande métropole du Pacifique est connu pour être un événement rassembleur et multi-lingue. Pour preuve, cette année, des auteurs francophones et francophiles sont à l’honneur dans sa programmation.

Le cosmopolitisme de la communauté juive

Souvent dénommé comme le « peuple du Livre », celui de la Torah, le peuple juif présente un intérêt avéré pour la littérature, l’écriture et les mots, vecteurs de culture et de transmission, à la fois orale et écrite.

Comme le souligne Dana Camil Hewitt, directrice du festival, « la communauté juive de Vancouver est cosmopolite, les membres apportent leurs cultures respectives ». Active dans le domaine culturel, « la communauté juive vancouvéroise s’intègre parfaitement dans toutes les autres communautés, s’enrichissant également des influences de cette mosaïque multiculturelle, caractéristique de la ville, » ajoute-t-elle.

La 34e édition présentera des auteurs juifs et non juifs, venant de pays différents : Canada, États-Unis, Israël et Nouvelle-Zélande. Cette multiplicité des horizons campe le caractère unique du festival, celui « d’explorer des sujets juifs grâce à la rencontre d’auteurs intéressants et des œuvres de qualité, apportant ainsi des points de vue inédits », précise la directrice. L’auteur israélien Moshe Sakal, qui sera présent durant l’événement, considère « qu’être Juif, c’est être un citoyen du monde ».

Photo par JCCGV

Une pluralité accessible à tous

Dana Camil Hewitt poursuit, « l’importance du vivre ensemble est dominante dans tout ce que l’on fait, aborder des thèmes universels tels que les aspects du féminisme et l’Holocauste, permet d’inclure et de rassembler tout le monde », de tous âges et de toutes cultures.

La cérémonie d’ouverture sera l’occasion de découvrir les œuvres de Joshua Cohen, Moving Kings et ATTENTION – Dispatches from a Land of Distraction. L’auteur est considéré comme l’une des voix « les plus audacieuses de la littérature américaine actuelle », selon la directrice. La cérémonie de clôture célébrera la Saint-Valentin avec l’auteur Mike Reiss et son spectacle comique autour de son travail avec la famille de dessin animé la plus emblématique d’Amérique, Les Simpsons. Par ailleurs, des discussions littéraires et des tables rondes seront organisées. Aussi, des activités gratuites avec des auteurs de jeunesse seront proposées. Le festival présentera également des lancements de livres rédigés par des auteurs locaux. Ainsi, le premier événement en langue française aura lieu cette année avec la présentation du dernier roman de Michèle Smolkin, Silence, je tombe. Cet événement en français met en lumière le multilinguisme de la communauté juive, « l’apprentissage des langues étrangères faisant partie de l’histoire du peuple juif », souligne la directrice.

L’écrivain israélien Moshe Sakal. | Photo par Yanai Yechie

De l’archéologie à la fiction

Parmi les auteurs francophiles, Miriam Clavir, originaire de Toronto. Elle débute sa carrière en tant qu’archéologue, puis se tourne vers la préservation pour devenir conservatrice-restauratrice de musée. Dans les années 1970, elle demeure dans la ville de Québec, côtoyant et observant ainsi la communauté francophone. Puis, elle s’installe à Vancouver, lieu où elle réside « la volonté de vivre avec la communauté juive » après son expérience québécoise. Elle travaille au musée d’anthropologie de l’UBC sur les relations entre les musées et la préservation, notamment en lien avec la culture matérielle autochtone abritée dans les musées. Ayant enseigné en anglais et en français dans diverses universités, c’est à la pré-retraite qu’elle se lance dans l’écriture de nouvelles littéraires et de fiction. Elle présente ainsi son deuxième polar à résonance francophone, intitulé Fate accompli : Murder in Quebec City. Cet intrigant roman policier se déroule dans les rues de la ville de Québec, la protagoniste se retrouvant au cœur d’une affaire de meurtre qu’elle tente de résoudre en cherchant le meurtrier. Aujourd’hui retraitée, l’écrivaine souligne, « la littérature est une clé pour ouvrir nos yeux à d’autres cultures, créer c’est décrire la vérité ». Ainsi, le but de son livre est « de rendre hommage à la ville de Québec afin d’encourager un vif intérêt pour cette ville et la vie francophone ».

Un parfum d’Orient

Né à Tel-Aviv dans une famille syro-égyptienne, Moshe Sakal est titulaire d’une maîtrise en études juives à l’Institut national des langues et civilisations orientales à Paris (INALCO) et d’une maîtrise en sciences de la culture numérique, de la philosophie et de l’information de l’Université de Tel-Aviv. Il a publié cinq romans en hébreu dont Yolanda, traduit en français, et son remarquable roman The Diamond Setter, traduit en anglais et qu’il présentera lors de cette 34e édition.

Plébiscité par la critique internationale, son dernier livre est inspiré de l’histoire de sa famille syrienne et des événements politiques au Moyen-Orient. Suivant le sentier sinueux du diamant bleu Sabakh, « le roman retrace une série complexe de triangles d’amour, de tensions homoérotiques, et des secrets de famille à travers les générations et les frontières, constituant ainsi une mosaïque de personnages, de lieux et de cultures qui encourage le lecteur à voir le Moyen-Orient au-delà de ses conflits violents», souligne l’auteur.

Le Salon du Livre juif est en soi un lieu chaleureux d’intégration et de découverte. Dana Camil Hewitt souligne que « le peuple juif n’est jamais exclu et il n’exclut personne ». Moshe Sakal ajoute que « l’intérêt pour la littérature, c’est être une personne libre, c’est connaître des cultures différentes de la sienne, c’est un acte d’humilité au fond ». Enfin, c’est la raison pour laquelle il « prend parti en Israël en tant qu’éditeur pour la publication d’ouvrages traduits dans le monde entier », conclut-il.

Pour plus d’informations : www.jccgv.com

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