VIDF 2019 : Bang Bang, une prouesse du corps et de l’esprit

Photo par Marilene Bastien

Le Vancouver International Dance Festival (VIDF) lève le rideau sur sa 19e édition. Du 4 au 30 mars, la danse contemporaine sera, cette année encore, à l’honneur avec près de 45 représentations dont 17 gratuites. Présenté en différents lieux de Vancouver, le VIDF proposera quelques avant-premières. Parmi elles, Bang Bang, créée et interprétée par le Québécois Manuel Roque, sera présentée sur la côte ouest canadienne pour la première fois. Cette pièce, primée à plusieurs reprises, a notamment reçu le prix du CALQ (Conseil des arts et des lettres du Québec) pour la meilleure œuvre chorégraphique en 2017. Bang Bang s’inscrit comme une œuvre complète mettant le corps et l’esprit à rude épreuve. Explications.

Bang Bang, c’est d’abord une explosion. Une référence au big bang, une matière en évolution. C’est tout un univers. Dans cette partition plus brute que sa création précédente, Data, Manuel Roque, directeur artistique et danseur, fait évoluer l’ego pour le faire devenir matière. Un corps qui gigote, des pieds qui tapent le sol, les particules se percutent, grouillent, et la transformation opère sur scène. Dans une mise en scène épurée, le danseur évolue physiquement au gré de la partition en se donnant pour le spectacle.

Tout dans la démesure

Cinquante minutes de sauts, de répétitions et de mouvements percussifs écrits sans laisser place à l’improvisation. Un défi. Et sur scène, la performance devient aussi bien physique que mentale. « L’enjeu était d’écrire une partition compliquée de sauts pour le corps mais aussi pour la mémoire avec notamment des actions à se rappeler dans l’ordre, puis dans le désordre », détaille l’auteur.

Cinquante minutes, sans pause, mettant son corps à rude épreuve. Pour cela, il faut que la tête prenne le relai. Manuel Roque l’admet : « C’est trop ». Et de se rappeler, en fin de création : « Être capable de tenir cette partition du début à la fin n’avait aucun sens. Mais ça me plaisait. »

S’amorce alors un conflit perpétuel entre le directeur artistique et le danseur : « Dans l’écriture, je dois laisser apparaître mes failles mais sur scène, c’est tout l’inverse, je me bats pour ne pas les montrer ». Et après bientôt deux ans de représentation, l’artiste sait de quoi il parle. « Ça m’est arrivé de ne pas réussir à terminer la pièce comme je le voulais car j’avais mal aux jambes, au ventre. […] On entraîne le corps mais la tête a tendance à lâcher avant. Je dois rester concentré du début à la fin et ça n’est pas sans difficulté ».

Une partition métaphorique

Au fil de la partition, Bang Bang s’élève comme miroir face au public. Une méditation abstraite sur l’endurance et la réussite. Car la notion de performance, présente sur scène, se reflète à travers chacun d’entre nous. « Tout le monde est confronté à ces enjeux dans la société, le dépassement de soi, devoir se battre toujours plus, fournir plus, aller plus vite… » Une courbe émotionnelle pour le spectateur. C’est bien là l’effet recherché en créant la répétition : « Ça développe l’attention, la méditation chez le spectateur. Ça attise le sens du détail et crée un intérêt ». Le manque d’attention, de concentration, un autre mal du siècle sur lequel le public est inconsciemment amené à travailler.

Et ça marche. Les réactions sont variées. « Certains sont épuisés, d’autres ont une énergie de feu. Ça déclenche beaucoup de réactions différentes et c’est ce que je voulais. Proposer un travail à plusieurs couches, dans lequel le public peut se retrouver, choisir, voyager ».

 

Vancouver International Dance Festival, du 4 au 30 mars

Manuel Roque – Bang Bang
Roundhouse Performance Centre du 13 au 18 mars, à 20 h

www.manuelroque.com

Programme complet de VIDF
sur www.vidf.ca

 

Bio express

Manuel Roque est un touche-à-tout. Enfant du cirque, après des études en théâtre puis en cirque à l’ENC de Montréal, il passe à la danse. Il a alors 20 ans. Il passe de mondes ludiques avec la danse pour enfants aux côtés d’Hélène Langevin à un univers plus formel avec notamment Dominique Porte. Les projets se succèdent et Manuel Roque passe trois années au sein de la Compagnie Marie Chouinard, durant lesquelles il signe et interprète de nombreuses réalisations.

Parallèlement à sa carrière auprès de chorégraphes phares de la scène québécoise (Marie Chouinard, Sylvain Émard, Daniel Léveillé, etc.), il développe ses propres créations. Le directeur artistique et danseur présente son premier solo, RAW-me, en 2010. En 2012, il crée, avec l’interprète Lucie Vigneault, le duo Ne meurs pas tout de suite, on nous regarde. En 2014, Manuel Roque crée le solo, Data, déjà inspiré dans la mutation de la matière. Il est invité à participer à Migrant Bodies, projet porté par plusieurs partenaires canadiens et européens, où il crée Matière Noire (2015). D’autres créations s’enchaînent : Aurora (2015), 4-OR (2015), et enfin, sa plus récente réalisation, le solo Bang Bang, créé au laboratoire Les Subsistances (Lyon, France), en 2017.

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