Au-delà des frontières de l’Afrique du Sud

Scène du film Frontières. | Photo des films Selmon, Araucania Films, Orange studio

Les amateurs de cinéma auront l’occasion de se rendre à la 9e édition du Festival du film sud-africain de Vancouver (VSAFF) du 29 au 31 mars prochains.

Comme chaque année depuis cinq ans, le Festival présentera un film originaire d’un pays africain autre que l’Afrique du Sud. Le Burkina Faso sera mis à l’honneur cette année avec la réalisatrice francophone Apolline Traoré et son film Frontières. Coup de projecteur sur ce road movie qui a conquis la critique cinématographique mondiale.

Le constat de l’Afrique de l’Ouest

Née à Ouagadougou, Apolline Traoré déménage aux États-Unis avec sa famille après son baccalauréat. Le cinéma est pour elle un rêve et une évidence. Elle étudie à l’Emerson College de Boston avant de travailler dans des studios et sur des films indépendants à Los Angeles. Puis, elle acquiert une formation de cadreur à New York. Après presque 15 ans aux États-Unis, elle décide de retourner au Burkina Faso pour partager les histoires de son continent et ses rêves avec le monde de manière libre. Elle a écrit, réalisé et produit Frontières en 2018.

Une autre scène du film Frontières. | Photo des films Selmon, Araucania Films, Orange studio

Frontières, c’est l’aventure périlleuse de quatre femmes commerçantes, toutes de nationalités différentes. Elles se rencontrent sur les routes d’un périple de sept jours les emmenant de Dakar à Lagos en autobus. Elles traversent ainsi cinq pays (Sénégal, Mali, Bénin, Burkina Faso et Nigéria) dans la zone de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), censée être libre de circulation des biens et des personnes. Néanmoins, le voyage s’avère être un trajet mouvementé, plein de dangereuses péripéties : pannes, vols de passagers, bandes de coupeurs de route, trafics en tous genres. Le passage des frontières est un véritable cauchemar, les protagonistes sont exposées à la corruption, aux violences faites aux femmes et au racket.

Combattre pour changer l’ordre

Pour contrebalancer l’intérêt général porté vers l’immigration entre l’Afrique et l’Europe, la cinéaste a décidé de s’intéresser aux personnes qui se déplacent sur le continent. Apolline Traoré a donc souhaité parler d’intégration, des langues utilisées dans chaque pays traversé et des richesses du continent telles que les paysages du Sahel. Pour cela, la réalisatrice et son équipe ont effectué ce même périple en bus. Le scénario a alors été bouleversé par la réalité. Ce film engagé dénonce donc les tracasseries administratives et les problèmes aux conséquences désastreuses que subissent les nombreux citoyens empruntant ces routes.

Ce film à caractère didactique donne surtout de la lumière à toutes ces femmes commerçantes et combattantes qui bravent des dangers extraordinaires en les surmontant avec une solidarité exceptionnelle. En effet, la majorité des femmes africaines ne sont pas éduquées mais grâce à ce film, elles peuvent prendre connaissance de leurs droits et changer les choses. Finalement, ces femmes sont souvent dans l’ombre, et pourtant l’économie africaine passe par leur dévouement.

L’évolution récente de l’Afrique du Sud

Le 27 avril 1994 ont eu lieu les premières élections multiraciales après des années d’apartheid. Nelson Mandela est élu président de la République et le pays réintègre le Commonwealth. Ainsi, David Chudnovsky poursuit, « l’Afrique du Sud est un endroit intéressant et complexe à la fois, notamment avec sa population diversifiée, sa riche tradition de lutte pour la démocratie et l’équité, mais aussi avec ses réalités économique et politique compliquées ». Le pays fait également toujours l’objet de clichés infondés tels que « la dangerosité du pays ou l’image de saint qui est attribuée à Nelson Mandela », rajoute le co-fondateur du VSAFF.

Dans ce contexte, la 9e édition du Festival présentera des films et des documentaires autour du thème suivant : 25 ans plus tard, la nouvelle réalité. Les différentes projections offriront une large diversité d’expériences dans des domaines tels que l’histoire, la politique, la culture et la musique pour analyser la nouvelle Afrique du Sud mais aussi dans le but d’informer, d’éduquer, d’inspirer et de divertir les spectateurs.

Enfin, le public aura l’occasion d’observer plusieurs visages réunis de l’Afrique dans le film burkinabé Frontières, projeté en français.

Comme le souligne David Chudnovsky, co-fondateur du VSAFF, le Festival a été notamment créé « après le visionnage du film Skin », long métrage inspiré de l’histoire vraie de Sandra Laing, adolescente sud-africaine née de parents Afrikaners et qui a été catégorisée coloured selon les lois de l’apartheid. Par ailleurs, le Festival est un événement à but non lucratif dont les bénéfices sont redistribués à l’association Education Without Borders afin d’offrir des chances d’éducation aux enfants défavorisés par le biais d’initiatives en Afrique du Sud et au Canada.

Pour plus d’informations : www.vsaff.org

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