« Je t’aime, moi non plus »

Quand je te regarde, te parcours, te découvre, j’ai la chanson « Tourbillon de vie » de Jeanne Moreau qui me vient à l’esprit. Vancouver, tu me surprends mais aussi me déconcertes. Tu es à la fois accueillante et récalcitrante. Tu m’ouvres la porte mais ne me laisses pas entrer. Tu me subjugues par ta légèreté et ta douceur de vivre et me frustres et me contraries par ton hostilité.

Tu me vois mais ne me reconnais pas : pour toi, je suis comme une marchandise dont la valeur doit être évaluée, démontrée, approuvée. Après quatre ans dans l’Est, au Québec, j’avais pensé avoir réussi le test, montré ma motivation, ma détermination, ma capacité d’adaptation. Par ailleurs, je t’ai exposé, démontré que je t’ai choisi, toi mon nouveau pays.

Telle une exploratrice, j’ai besoin de te découvrir, t’approprier, t’étudier, toi ce nouveau chez-moi dont l’immensité me fascine. Alors, je suis venue à ta rencontre, comme les colons mes ancêtres, j’ai posé mes valises pour bâtir mon avenir, ma vie. J’ai bien conscience que tu es différente et c’est qui m’a attirée à venir m’installer en Colombie-Britannique. Cette curiosité vis-à-vis d’une ville qui offre, à la fois, une vie cosmopolite, sophistiquée dans un cadre sauvage. En effet, en apprenant à te connaître, à chercher/gratter, j’ai constaté que tu es riche et vivante. L’accès à la culture (musicale, théâtrale, gastronomique, etc…) est facile et accessible avec « cerise sur le gâteau » un cadre où la nature est omniprésente. Grace à toi, je grandis : le sacrifice,
la résilience n’ont jamais eu autant de sens dans ma vie que depuis que je suis arrivée ici. De tes règles, codes, us et coutumes, j’en comprends le bien-fondé et les origines. Mais pourquoi me demandes-tu tant de changer, pourquoi ne tires-tu pas parti de mon individualité ? Pourquoi restes-tu si « frigide et conservateur » au regard de mon passé ? Je t’observe et constate derrière ta propagande, tes discours que oui, tu acceptes mes origines, mais reste que tu me demandes de tout recommencer comme si je ne faisais pas partie de la famille. De ce paradoxe, ressortent des expériences, rencontres, balades enrichissantes, surprenantes, glorifiantes et uniques.

Vancouver je t’aime, moi non plus.

Et en même temps, je m’enracine chaque jour un peu plus car je t’aime. Grâce à toi, je me révèle, je me réinvente parfois dans la douleur. Je l’oublie quand je découvre ta vraie nature, celle des plages, les sourires des gens, leur amour pour toi.

Et je crois qu’à ta manière, toi aussi tu m’aimes car tu as mis sur ma route des personnes bienveillantes qui me soutiennent dans la construction de notre relation.

De la définition « de mon paradis », tu en es proche sur certains côtés et à l’opposé sur bien des sujets. Nous apprenons à nous apprivoiser pour faire un travail commun et d’équipe qui permettra à chacun de s’épanouir, j’en suis sûre.

Nous sommes en route vers le chemin de notre réussite, celui qui donne à chacun d’entre nous la possibilité de prendre sa place et de vivre avec l’autre.

Comme le dernier couplet de la chanson, ci-dessous

Quand on s’est connu, quand on s’est reconnu
Pourquoi s’perdre de vue, se reperdre de vue ?
Quand on s’est retrouvé, quand on s’est réchauffé
Pourquoi se séparer ?
Alors tous deux on est repartis
Dans le tourbillon de la vie
On a continué à tourner
Tous les deux enlacés

Avançons main dans la main, faisons fi de nos idées reçues et idées « reconnues » et s’il te plaît Vancouver, prends ma main, accepte mon amour.

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