Prélude à la campagne électorale

Le chef du parti libéral Justin Trudeau lors de la campaigne fédérale en 2015. | Photo par alexguibord, Flickr

Ah ! La campagne. Les carottes ne sont pas encore cuites mais déjà ça sent le roussi. À l’heure où nous sommes, je ne vous l’apprends pas, rien n’est vraiment décidé. Nous ignorons qui formera en octobre prochain le nouveau gouvernement à Ottawa. Nous ne savons pas qui chaussera les souliers, les sabots ou les pantoufles de premier ministre. Les paris sont ouverts.

Les spéculations vont bon train. Elles abondent dans tous les sens et n’ont aucun sens. Elles nourrissent les conversations. Elles présentent l’avantage de meubler certaines soirées sociales ou familiales qui sans cela seraient ternes à en mourir.

Alors autant se divertir en avançant toutes sortes d’idées farfelues qui vous passent par la tête, sachant fort bien qu’au bout du compte elles ne prêtent pas à conséquence. On appelle cela la liberté d’expression, je crois. Chacun s’exprime librement sans se préoccuper des répercussions que pourraient avoir ces propos souvent erronés, produits dérivés de l’imagination ou d’autres formes d’obsessions. La réalité des faits mise au rencart, nous assistons dès lors à la guerre de la fausse information. Le fake news au pouvoir. Un mal, depuis l’arrivée de Trump sur la scène politique, dont on souffre énormément.

Bien qu’elle ne soit pas officiellement lancée, nous savons déjà que la campagne électorale a pris son envol. Pour ma part, je dois admettre, qu’un peu de chaos ferait bien mon affaire. Tel un vampire, je me nourris du désordre. Et surtout, je ne tiens pas à périr d’ennui d’ici le dévoilement des urnes. Une campagne sans histoire c’est une campagne vouée à l’échec. Les Canadiens méritent mieux. Confusion et brouillamini sont les mamelles des campagnes électorales. Pourquoi s’en priver ? Autant en profiter.

Justement, j’en profite pour annoncer ma candidature. Je désire me présenter sous la bannière d’un parti que je n’ai pas encore formé mais que je compte appeler le Parti Zan. Un parti zozotant avec pour slogan « zan ai marre ». Afin de peaufiner ma campagne électorale je me suis retiré à la campagne avec ma compagne et une bouteille de champagne, histoire de développer une stratégie unique rompue à toute épreuve.

Selon l’avis des anciens, pour qui j’éprouve un profond respect, une campagne électorale ne s’improvise pas. Elle se prépare d’avance. Elle s’échafaude lentement mais sûrement. En fait il n’y a pas un début et une fin de campagne, m’ont-ils affirmé. Les campagnes sont perpétuelles. Nous sommes toujours en campagne. Celles-ci connaissent des accalmies, assistent à des soubresauts, varient selon les humeurs et se vivifient ou non au gré de la personnalité des différents leaders de parti ou chefs de campagne. Elles dépendent aussi de l’ardeur et du zèle déployés par les bénévoles au profit des candidats.

Fort bien. Admettons que tout cela soit vrai. Dans ce cas, vu le retard pris au départ, mon nouveau parti serait donc mal parti. Mais soyez rassurés, je m’adresse ici à mes partisans, je n’ai pas l’intention de jeter l’éponge de sitôt. Je n’abandonnerai pas le tracteur, puisque je suis en campagne, aussi facilement. Je possède suffisamment d’aplomb il me semble pour croire en mes chances malgré tous les handicaps qui m’accablent.

L’idée de me présenter comme indépendant pour suivre l’exemple de Jody Wilson-Raybould et Jane Philpott m’a effleuré pour un instant. Mais leur exemple n’est pas un exemple à suivre, me suis-je dit, convaincu qu’un meilleur sort devrait m’attendre au bout du compte. Il vaut mieux appartenir à un parti si vous désirez devenir partie prenante. Puisque je ne veux pas, à l’exemple de Groucho Marx, appartenir à un parti qui m’accepterait comme membre j’ai bien été obligé, contre toute logique, de créer mon propre parti.

À proprement parler, je l’admets, je n’ai pas de plan. Ma cogitation champêtre n’a porté aucun fruit. À ma grande honte je suis parti avec un parti-pris. D’où mon échec. « Que celui ou celle qui s’en offusque me jette la première prière » disait le curé de mon village avant d’être lapidé pour mauvaise foi. Résultat : j’en suis arrivé à me dire « advienne que pourra ». C’est un peu ce que les électeurs canadiens doivent penser à la veille du déclenchement de la campagne électorale 2019 que j’ai tendance à prendre à la légère comme vous l’avez sans doute remarqué.

Il est donc temps pour moi de me retirer et de rejoindre la vraie campagne : celle des vaches et des loups dans la bergerie, celle du foin et des fumiers, celle des bêtes qui suivent le troupeau, celle des cloches qui prêchent pour leur paroisse. Ah ! La campagne, quel paradis, chantait Annie Cordy.

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