Le regard des restaurateurs francophones sur le concept de la restauration éphémère

Les touristes déambulent dans les rues, les festivals animent les quartiers de la ville, et malgré une météo capricieuse, pas de doute la saison estivale est bel et bien là ! Une période idéale pour essayer de nouvelles saveurs. C’est ce que propose depuis le 10 juin, la société Westbank en organisant une série de boutiques éphémères appelée Summer Pop-Up, et ce jusqu’au 21 septembre.

Situé dans le quartier touristique de la Place du Canada au pied de la tour Shaw, un conteneur accueille chaque semaine de nouvelles entreprises, notamment culinaires. Mais quelle en est vraiment la portée pour les restaurateurs ?

Vraie occasion ou simple coup marketing, tout dépend des attentes de chacun. Si de prime abord, le concept semble séduisant, aussi bien pour la clientèle que pour les restaurateurs, son impact en demeure restreint et contraignant. Des restaurateurs francophones posent leurs regards sur cet évènement.

Le concept de la boutique éphémère

Le concept se développe. Il est organisé par de jeunes entreprises, ou bien, comme Westbank, par une société qui met en place le projet au profit de plusieurs entreprises. Le but étant d’être visible pour promouvoir sa marque. Pour la deuxième année consécutive, un conteneur installé en face de la flamme olympique propose chaque semaine différentes entreprises, au total de treize: esthétisme, sport, restauration seront à l’honneur. Les sociétés Westbank et Vancouver House sont spécialisées dans la construction et la gestion d’immeubles de luxe. Installées dans le quartier très touristique de la Place du Canada, ce conteneur diversifie l’offre locale. Maria Corday, qui a lancé son entreprise MERcuterie en octobre dernier, profitera de cette exposition en août prochain pour y faire découvrir son concept basé sur la charcuterie locale et le fromage.

« C’est une grande occasion de faire connaître mon entreprise, pour montrer le visage de la boîte et discuter avec les gens », dit-elle.

S’installer dans un quartier éloigné de son lieu de travail le temps d’une semaine permet aussi d’en tester le potentiel sur le plan économique. Si le tourisme y est très présent, beaucoup de bureaux y sont également implantés, ce qui représente une clientèle possible durant toute l’année. Pourtant, le concept reste flou en matière de débouchés pour les restaurateurs déjà établis.

Au-delà du concept, la logistique

La restauration est connue pour être un milieu exigeant. « Nous avons tous besoin de nous faire connaître et reconnaître, d’être exposés », déclare Jean-Francis Quaglia, chef du restaurant Provence Marinaside, installé à Vancouver depuis plus de 20 ans.

Dans les coulisses d’une cuisine d’un restaurant de Vancouver.

De son côté, propriétaire du food-truck Chouchou Crêpes depuis 2013, Nathalie Gadin choisit les évènements auxquels elle participe selon les retombées attendues. S’installer dans un conteneur demande beaucoup d’investissements qui ne seront pas forcément bénéfiques. Détacher du personnel, et donc travailler en effectif réduit au restaurant, installer le matériel nécessaire à la cuisine, garantir la qualité des produits présentés, établir un menu représentatif mais aussi réalisable selon les conditions, tout un ensemble de points à considérer avant de se lancer.

Si, au commencement d’une entreprise, se rendre visible est primordial, tenir sur la durée requiert des choix. Et la promotion à tout prix n’en fait pas partie. Puisque le produit premier est alimentaire, il faut donc en garantir la qualité au quotidien sans que la logistique pèse sur le travail.

« Tout dépend de comment les choses sont présentées, des aménagements, des produits offerts, il faut avoir le temps, le matériel, c’est toute une organisation, c’est aussi draconien en matière de normes d’hygiène » selon Nathalie Gadin.

Et puis, entre curieux et clients, difficile de connaître la rentabilité de l’évènement.

S’inventer autrement en se diversifiant

Les réseaux sociaux aussi ont la part belle. Outil essentiel au développement d’un restaurant, surtout à l’heure où les futurs clients salivent devant des photos avant dégustation. Si le bouche à oreille est souvent la meilleure publicité et un gage de qualité, il est aussi nécessaire de savoir se diversifier pour fidéliser et attirer une nouvelle clientèle. Au sein de son restaurant, Jean-Francis Quaglia organise différents évènements tout au long de l’année.

« On a des soirées avec de la musique jazz, on a des pop-up, par exemple on a fait du « champagne hot-dog », j’ai des impressions directement sur place au restaurant, et puis je n’ai pas à transporter quoi que ce soit », explique-t-il. Il base ensuite sa communication sur ces moments en postant sur les réseaux sociaux, relayée par les médias ensuite.

Par ailleurs, en période creuse, Nathalie Gadin a trouvé de quoi rester occupée. « L’hiver je fais les films, j’en faisais trois par semaine l’année dernière, j’essaie de faire en sorte qu’ils m’essayent moi, parce que des tacos tu en as partout à Los Angeles mais des crêpes ce n’est pas certain », ce qui lui permet de varier ses activités. Si participer à différents festivals, marchés ou autres au départ de leur entreprise était un moyen de promotion, désormais ils les choisissent en fonction du temps dont ils disposent et de la rentabilité escomptée, mais pas seulement. Tous deux donnent aussi de leur temps. Nathalie Gadin offre ses crêpes à l’hôpital BC Women’s, ou participe à une levée de fonds pour enfants en phase terminale avec Ronald McDonald House Charities. Jean-Francis Quaglia participe depuis douze ans à Passions, une levée de fonds pour la lutte contre le sida. Des actions qui ont du sens pour eux.

Etre présent sur des évènements est aussi bien une occasion qu’un risque à évaluer afin de garantir la qualité des produits présentés et du service : la renommée d’un restaurant se fait avec le temps mais peut vite se défaire. Le potentiel des évènements tel que Summer Pop-Up reste limité, voire risqué. Toutefois, la restauration francophone, qui demeure encore principalement française à Vancouver, a aussi son évènement avec Goût de France/Good France. Mais le concept demande à être davantage développé pour en ressentir des retombées plus importantes. La meilleure promotion résidant certainement dans l’assiette !

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