Reading the Bones : Un spectre tant du passé que du futur

La troupe Kokoro Dance.

La culture japonaise regorge de courants et concepts artistiques, sources d’inspirations infinies pour les chorégraphes. La maison de production Kokoro Dance présente le 18 septembre prochain la première de Reading the Bones, son nouveau spectacle de danse butô, un style contemporain marginal japonais.

Décryptage de cette forme artistique peu connue avec le co-fondateur et co-chorégraphe, Jay Hirabayashi, qui partage également en quoi ce nouvel opus n’est pas tout à fait nouveau.

« Personne n’est mort en regardant un spectacle de butô, mais en revanche, des danseurs sont morts alors qu’ils le dansaient, » affirme-t-il.

L’ambiance est posée. Donnée par Hirabayashi, voilà une définition qui met en jambes. Plus qu’une danse codifiée, c’est une performance dansée à la croisée de la revendication sociétale et du parti-pris esthétique. C’est une “danse des ténèbres”, marquée par l’obscurité où la profondeur est érigée d’emblée en vertu cardinale. Commandée par le ressenti, elle est à la fois sensuelle, portée à attaquer et par ce qui semble être parfois proche de la douleur. Il règne dans le même temps un climat de minimalisme, illustré par les danseurs qui, pour seul apparat, voient leurs corps recouverts de poudre blanche de la tête aux pieds, à l’essentiel, et un crâne rasé pour un rendu très androgyne et à l’intense corporalité. Ainsi libres, ils peuvent danser l’inconscient.

Sortir des codes et se rendre disponible
De sa propre expérience en tant que danseur de butô, Hirabayashi décrit ce qu’il ressent comme « une performance de tout et chaque instant. Le temps devient élastique. C’est là le pouvoir du butô. Il transcende le temps et l’espace. C’est un engagement du corps qui se transforme en mandateur déterminé ». Il note ensuite la différence pour le spectateur : « Il est important de ne pas trop réfléchir. Sinon, on crée une distance entre soi-même et ce à quoi l’on pense. Vivre l’expérience butô, c’est laisser le corps du danseur parler avec son corps à soi. » Et l’accompagnement musical participe de manière remarquable à l’évocation de la pénombre, du sol qui se dérobe sous nos pieds, inéluctablement. Dans l’une des musiques, un corps de voix prononce des ah qui ne sont pas sans rappeler les om bouddhiques. Ils résonnent tel un cri dans un puits sans fond, avant qu’un son d’orgue ne vienne prendre le dessus en montant crescendo, puis d’être lui-même effacé par des notes dramatiques de piano.

Une compilation mais pas un best of
Reading the Bones n’est pas une création originelle en tant que telle. Voulant retrouver le décor matriciel de leur essence artistique, les deux chorégraphes ont extrait une sélection des conceptions de leur travail qui les ont particulièrement marqués et les ont ré-imaginées. Mais Hirabayashi met en garde : « Ce spectacle n’est pas un best of de nos créations. Nous avons retravaillé tous les extraits. Je ne pense pas que quiconque puisse reconnaître un mouvement ou se souvenir où ils l’ont vu, sauf peut-être quelques anciens danseurs. » Cette volonté de retour aux sources a donc pour ambition artistique de leur permettre de se recentrer sur ce qui les définit en tant que maison artistique et le legs qu’ils laisseront en héritage. « Je me suis rendu compte que ces dernières années, je ressens une profonde nostalgie pour nos productions passées. C’est devenu essentiel pour nous de repenser à ce qui fait l’essence de Kokoro Dance en regardant ce que nous avons mis en scène d’impulsions, d’images, d’idées et de concepts ». Pour cela, des 190 spectacles à leur actif, ils ont visionné les 65 vidéos en leur possession et ont ressuscité 14 mouvements pour les porter dans le présent comme un pont vers leur propre futur. « A chaque nouvelle création, notre expressif touche davantage le cœur et devient plus profond ».

À la question de savoir à quel point le rendu est similaire à leur vision première, ils répondent : « Nous répondrons par la danse [NDLR : pendant le spectacle]. Il n’y a pas de produit fini avec le butô. C’est un processus en constante évolution. »

C’est donc compris, il y a quatre possibilités de découvrir leur réponse à cette question, à savoir lors de l’une des quatre dates programmées, et d’expérimenter un choc esthétique majeur.

Les 18, 21, 25 et 28 septembre au Roundhouse Community Arts & Recreation Centre. Réservations sur kokoro.ca ou au 604-662-4966.

Leave a Reply