Tais-toi et écoute !


Un des écueils du journalisme est d’infuser une pièce de ses biais et opinions personnelles. Le second festival de podcast de Vancouver traitera du sujet lors d’une discussion nommée Podcast dans la communauté : Tais-toi et écoute ! Garth Mullins y parlera, le 9 novembre, du projet local Crackdown et de l’importance de permettre aux personnes concernées de raconter leurs histoires elles-mêmes.

Garth Mulllins | Photo de Crackdown Podcast

M. Mullins présente Crackdown, dont il est le producteur en chef et l’animateur, comme un podcast où des usagers de drogues qui se définissent comme correspondants de guerre, couvrent celle des opioïdes. « Nous mettons les outils du journalisme d’investigation et de la narration radio entre les mains de ces usagers, dont je suis, » nous explique-t-il. Le projet est dirigé par un comité éditorial composé d’activistes appartenant à des groupes comme le Vancouver Area Network of Drug Users (VANDU), le British-Columbia Centre on Substance Use (BCCSU) ou encore le British-Columbia Association for People on Methadone (BCPOM), pour n’en citer que quelques-uns. Le comité choisit les sujets qui seront traités, les gens qui seront interrogés et quelles sont les priorités. Ensuite, un petit groupe composé d’un producteur et de membres de l’équipe ayant de l’expertise, se met au travail, avec parfois l’aide d’un chercheur qui apportera sa caution scientifique.

Le podcast est né de la rencontre des membres du VANDU et du docteur Ryan McNeil qui travaille pour le BCCSU et est assistant à la faculté de médecine de l’Université de Colombie-Britannique (UBC). VANDU avait alors pris l’habitude de l’emmener avec lui lors de ses démarches auprès des gouvernements en charge des politiques sur l’usage de la drogue, sa présence apportant une légitimité à son combat. Garth Mullins et le docteur McNeil se sont ensuite dit qu’ils pourraient sans doute obtenir des financements du milieu académique pour monter leur projet. Les fonds obtenus, ils ont alors embauché la compagnie Cited Media, spécialiste des projets audio, pour les aider à structurer le podcast. « J’avais déjà réalisé quelques documentaires radio et je savais que pour être efficace, on ne peut pas y aller seul, » dit M. Mullins.

Interrogé sur l’importance de raconter les faits par le biais des usagers de drogues eux-mêmes, Garth Mullins répond que la plupart des autres façons de faire sont extrêmement dommageables, dangereuses, stigmatisantes ou insatisfaisantes. « La représentation des usagers de drogues dans la culture populaire est souvent inexacte. On nous appelle zombies, pourritures… Cela nous déshumanise » continue-t-il. Il devient alors facile pour le grand public de soutenir les gouvernements dans leurs actions, souvent draconniennes, contre les usagers. Même quand les histoires racontées sont sympathiques, l’usager est souvent représenté comme une coquille vide, sans pouvoir, reprend-t-il. Il y a aussi les histoires de rédemption, nous explique M. Mullins : « Ils étaient mauvais, maintenant ils sont clean et sobres, ils sont de bons contribuables… » Il n’y reconnaît pas le milieu dans lequel il a grandi ou les gens avec qui il travaille. Il en décrit certains comme très endommagés, mais extrêmement intelligents, grands activistes et très au fait des politiques et de leurs implications. Il se demande donc pourquoi on ne laisse pas le grand public voir ce côté des choses. Avec le podcast, il veut faire découvrir les autres aspects de la communauté et ses personnages très engagés dans la recherche de solutions.

Garth Mullins nous dit cependant que malgré son implication, la communauté reste totalement marginalisée et ignorée par les autorités. Il rappelle que pourtant beaucoup des mesures prises, et qui sont maintenant soutenues par les gouvernements, viennent des gens sur le terrain. « Ces idées viennent de nous et les autorités embarrassées les ont faites leurs, » continue-t-il. Aujourd’hui le podcast ne se limite pas à parler de la situation de Vancouver. Il se déplace dans d’autres pays qui ont trouvé des solutions à une crise désormais mondiale. Là, au Portugal comme en Écosse, les gouvernements travaillent de concert avec les associations d’usagers de drogues. Un modèle qu’il souhaite voir se développer ici.

Aujourd’hui, M. Mullins est de retour sur les bancs d’école, après les avoir quittés il y a de nombreuses années à cause de sa toxicomanie. Quand on lui demande quels sont ses objectifs, il répond simplement : Quand j’interagis avec la police, je veux pouvoir dire : « C’est DOCTEUR Mullins pour vous, officier! ».

Vous pourrez retrouver Garth Mullins et ses co-panélistes Lisa Hale and Ryan McMahon au deuxième festival de podcast de Vancouver, qui se tiendra du 7 au 9 novembre.

www.crackdownpod.com
www.vanpodfest.ca

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