La minorité aïnoue, pierre d’achoppement du Japon

Signe des temps ou hasard du calendrier, le département des études asiatiques de l’UBC propose une conférence sur les caractéristiques ethniques du peuple autochtone insulaire aïnou. Et, in extenso, sur la perception faussée de la représentation de l’identité japonaise dans les études nippones. Découverte de cette ethnie native qui a failli disparaître à la fin du XIXe siècle et qui pourrait briguer une place à part à l’occasion des Jeux Olympiques organisés dans le pays.

De l’extérieur, si l’on devait décrire le Japon ou ses citoyens, succinctement mais sans pour autant omettre l’essentiel, il y a de fortes chances pour que vienne à l’esprit le tableau d’une nation entière s’affirmant liée à son souverain, où flotte une sérénité immuable et où, somme toute, tout semble homogène. Cependant, cette réputation, versée dans l’imaginaire populaire, fait peu cas du caractère unique du peuple aïnou. Ses attributs physiques sont aujourd’hui encore éloignés de ceux des autres japonais et il possède un folklore bien reconnaissable.

Peuple Aïnou. | Photo de la Maison de la culture du Japon à Paris

Une définition difficile à arrêter

Pour comprendre la relation entre la reconnaissance du peuple aïnou et la définition de l’identité japonaise, il faut expliquer comment cette dernière s’est façonnée. Joseph Tomei, professeur à l’université Gakuen de Kumamoto, joint par courriel, l’explique ainsi :

« Le Japon est devenu une nation moderne en un laps de temps incroyablement court. Avant cette ouverture au monde, un Japonais se serait identifié selon sa terre ancestrale plutôt que de se décrire comme japonais. Mais sous la période Meiji (fin 19e), la construction de la nation a voulu la création d’une identité japonaise en tant que telle, »

Selon lui, c’est la raison pour laquelle il est si difficile de différencier identité et ethnicité aujourd’hui au Japon. Cela se rapporte au sang.

« La question des Aïnous est donc problématique » dit-il.

Danseurs Aïnou. | Photo de National Ainu Museum and Park

En effet, comment concevoir l’autodétermination de ces hommes et femmes qui se veulent un peuple aux droits propres mais qui sont considérés comme japonais ?

Un sort qui rappelle celui de beaucoup d’indigènes

Les Aïnous, concentrés depuis des siècles sur l’île septentrionale d’Hokkaidô, n’ont pas toujours été des citoyens japonais « traditionnels ». Selon l’Organisation des Nations Unies (ONU), c’est à la fin du 19e siècle, sous l’ère Meiji, les autorités japonaises ont mis en place une « assimilation forcée » des Aïnous dans la culture japonaise, leur retirant le droit de parler leur langue et de pratiquer l’essence de leur existence : une vie organisée autour des activités chasse-pêche-cueillette et des rituels religieux. Leurs terres leur ont également été confisquées. Seulement cent ans plus tard, en 1997, la loi d’assimilation a-t-elle été abrogée. Et ce n’est qu’en 2008 que le gouvernement japonais a adopté une résolution pour reconnaître les Aïnous en tant que groupe autochtone. Faisant suite à la Déclaration 2007 des Nations Unies reconnaissant « le droit des peuples autochtones en tant que sujets bénéficiaires des droits internationaux ». Et parmi l’éventail de droits, celui de la rétrocession de territoires. Dès lors, les Aïnous reprennent leur langue avec leurs traditions. Et on a pu observer une opération de réappropriation discursive, dans un premier temps culturelle, avant de devenir nationale grâce à l’obtention d’un statut légal. Autre signe positif faisant jour, la création du parc national Upopoy, sur les terres des Aïnous, et le musée à eux consacré, qui ouvriront en avril 2020 « pour promouvoir la compréhension nationale de ce peuple » . Un évènement qui survient au moment où le Japon accueille les Jeux Olympiques. Premier du genre, il se révèle pour certains être le bastion contre l’oubli de cette culture qui a failli ne plus être.

Gravure du peuple Aïnou. | Photo d’UBC

Raviver et maintenir la flamme d’une identité

Aujourd’hui, depuis ce coup de butoir de 2007, les Aïnous ont retrouvé leur mode de vie ancestral mais ce traitement par le gouvernement japonais est resté un legs, comme en atteste la discrimination latente et l’état de pauvreté dont ils font l’objet, selon plusieurs organismes de protection des Droits de l’homme. Tomei estime que la dominance de nos jours est que le Japonais lambda n’a pas connaissance des Aïnous et si évocation du nom il y a, c’est à dessein mercantile. D’autant plus que la difficulté de réhabilitation provient parfois des Aïnous eux-mêmes.

« Beaucoup de personnes de descendance aïnoue ne se déclarent pas ainsi, mais Japonais » souligne Tomei.

Cela peut contrecarrer les actions du gouvernement pour faciliter les études des minorités pour lesquelles des fonds ont été dégagés depuis 2008. D’où l’importance de réflexions par les académiques telles que celle organisée par UBC.

Étoffez votre connaissance de la spiritualité aïnoue et les méandres de l’identité japonaise le 10 février sur le campus de l’université. Horaires et adresses sur le site www.asia.ubc.ca/events/event/2019-20-john-howes

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