Le défi, passé et présent, d’être une femme en cinéma

Photo de Vancouver International Women in Film Festival

À la veille de la Journée internationale de la femme, Vancouver accueille l’International Women in Film Festival. Son but ? Faire découvrir des réalisatrices établies et prometteuses avec des productions du monde entier. Derrière ce festival, se trouve l’association Women In Film and Television Vancouver, fondée en 1989.

« Trente ans ! Voilà depuis combien de temps les femmes luttent pour travailler et être acceptées comme des égales dans l’industrie du cinéma », s’exclame Arianna McGregor actrice et présidente du comité de programmation du festival.

Elle reconnaît les progrès déjà réalisés : « Je peux dire qu’en tant qu’actrice, j’ai vu une croissance des rôles intéressants dans le secteur professionnel. Ils commencent à englober davantage de femmes de couleur, de taille et d’âge différents. Quand je me présente aux auditions, la représentation ressemble de plus en plus au monde réel. Ce n’est pas encore complètement ça, mais c’est un bon début. Mais regardez le temps qu’il a fallu et il reste encore beaucoup à faire ».

Changer les mentalités

Cette diversité, déjà mieux reconnue dans la société actuelle, se reflète sur la sélection du festival qui a reçu plus de 900 réalisations cette année. Le comité explique faire de son mieux pour faire un choix qui honore le travail local ainsi qu’un échantillon de films étrangers, mais la décision est difficile car il n’y a ni le temps ni l’espace pour tout présenter.

Selon Mme Mc Gregor, l’argument trop souvent entendu dans l’industrie reste pourtant : « Pourquoi engager une personne qui n’est pas aussi bonne juste parce que c’est une femme ? ». Le problème est de supposer que la femme en question n’est pas aussi bonne. Or ces films sont la preuve de la place prédominante que les femmes sont capable de tenir dans l’univers du cinéma.

Elle reprend d’ailleurs : « Si l’on en croit les Oscars de cette année, ce sont encore généralement les hommes blancs qui obtiennent la reconnaissance de leur travail. Or certains hommes ne sont pas aussi bons que beaucoup de femmes qui ne seront jamais embauchées. Mais personne n’attribue cela à leur sexe ».

Si tout le monde affirme que le sexe n’est pas tenu en compte, beaucoup oublient la perception, inconsciente et profondément ancrée, selon laquelle les femmes ne sont tout simplement pas aussi qualifiées. « Tant que ces attitudes ne changeront pas, ou que nous ne pourrons pas exclure les noms et les sexes, le processus d’embauche ne sera jamais basé sur le mérite. Nous sommes formées, nous sommes créatives, nous sommes excellentes dans notre travail et nous voulons faire partie de cette industrie ».

L’histoire inédite d’Alice Guy-Blaché. | Photo de Vancouver International Women in Film Festival

La route de la reconnaissance est longue mais, de l’avis commun, « les gens en parlent maintenant, ce n’est plus de la discrimination sous couverture et c’est grâce aux activistes qui travaillent sans relâche pour que cette question reste au premier plan des conversations ».

Une Française pionnière du cinéma

Une conversation qui n’existait malheureusement pas lors de la création du cinéma muet et qui a laissé disparaître le nom d’une grande femme du cinéma. Le documentaire Be Natural, présenté durant le festival,
retrace l’histoire inédite d’Alice Guy-Blaché. Le nom de cette Française ne vous dit rien ? Les plus grands noms du cinéma ne l’avaient jamais entendu non plus. Or cette scénariste, réalisatrice et productrice a créé plus de mille films entre 1896 et 1922, à l’époque des pionniers du cinéma. Durant ses vingt ans de carrière, elle met au point le film au son synchronisé, en France et aux États-Unis. Elle atteint le sommet du succès avant d’être complètement oubliée par l’industrie, nombre de ses réalisations étant même attribuées à d’autres producteurs masculins.

Alice Guy-Blaché, une pionnière méconnue. | Photo de Vancouver International Women in Film Festival

C’est Pamela Green, productrice américaine qui a redécouvert son existence en regardant un court reportage sur le cinéma muet. Elle explique : « Je n’y connaissais rien parce que je n’avais pas fait d’études dans le cinéma. Intriguée, j’ai commencé quelques recherches sur internet mais je ne trouvais presque rien. Je posais des questions aux personnes dans cette industrie et personne ne connaissait ce nom. J’étais très surprise ».

Pour donner plus de poids à son film, Mme Green contacte Jodie Foster qui découvre l’existence d’Alice Guy-Blaché, s’identifie à cette femme et la suit immédiatement dans ce projet fou en devenant coproductrice et narratrice de Be Natural.

Commencent alors dix ans de recherches et un long travail de détective. Il faut trouver de l’argent avant de pouvoir chercher les documents permettant de retracer sa vie éparpillée. Pamela Green reprend : « J’ai commencé par écrire tous les noms et les lieux qu’Alice mentionnait dans une vieille entrevue, puis j’ai fait de même avec un petit répertoire retrouvé dans des archives : j’allais sur place, je téléphonais aux numéros ».

Elle reconstitue peu à peu l’histoire et la carrière de la première femme réalisatrice de l’histoire.

Une décennie plus tard, Pamela Green n’a aucun regret : « J’ai fait ce film pour elle, en voyant son visage; j’ai constaté à quel point elle avait été flouée. Ce n’était pas juste. C’était important pour elle et pour les étudiants en cinéma aujourd’hui. Il faut qu’ils sachent qu’il y a des femmes avant-gardistes dans l’histoire du film ».

Vancouver International Women in Film Festival
March 3–8 at Vancity Theatre
www.womeninfilm.ca

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