Repenser la maternité en temps de pandémie

Si la crise du Coronavirus redessine les contours de notre quotidien pour créer un « nouveau normal », le phénomène est encore plus flagrant pour les futures mamans déjà hors de leur zone de confort pendant la grossesse.

Ainsi Mathilde, 32 ans et enceinte de 5 mois appréhende. « C’est l’inconnu et je ne pourrais pas contrôler toute la situation. La Covid-19 a un réel impact car si j’accouche en étant malade, j’ai peur de ne pas pouvoir profiter des premiers instants avec bébé ou que le papa ne puisse pas être présent à la maternité… »

Combattre l’isolement

Suzi Livingstone, doula francophone à Vancouver, remarque : « La grossesse est souvent une période d’anxiété, et cette pandémie en est une aussi – de vivre les deux en même temps est difficile. » L’arrivée du bébé, qui est souvent une occasion de partager un moment privilégié avec ses proches, devient un moment d’isolation.

Pour les jeunes parents, les plans ont dû changer : la classe prénatale à laquelle ils s’étaient inscrits est maintenant en ligne, la soeur qui prévoyait aider durant l’accouchement n’est plus autorisée à l’hôpital, et le congé de maternité n’inclut plus de rencontres au café avec d’autres mamans ou de classes de yoga maman-bébé.

Kim Campbell, praticienne et responsable de formation des sages-femmes à UBC veut se montrer positive mais pragmatique. « Je suis toujours inspirée par la résilience des gens mais je ne suis pas sûre que nous comprenions encore pleinement l’impact de la pandémie sur la santé mentale des jeunes parents. Nous construisons une communauté pour soutenir les gens en période de stress. Or ici nous limitons l’accès à la famille proche, intime et aux amitiés solides qui procurent un soutien… En perturbant la façon d’être des gens, nous pouvons imaginer qu’il y aura des réactions : un sentiment de perte et de bris de contact, une augmentation de l’anxiété et de la dépression. »

Suzi Livingstone | Photo de Suzi Livingstone, Voyage Birth

L’accouchement n’est pas affecté de manière importante mais certaines choses ont changé. Un seul accompagnant est désormais autorisé à la naissance. Cela signifie que les autres membres importants, comme la mère ou la meilleure amie, ne peuvent pas assister à l’accouchement. Par ailleurs, le personnel de la maternité est maintenant couvert de la tête aux pieds pendant l’accouchement, « même nos yeux sont cachés derrière des boucliers de protection », ajoute Mme Campbell. Les chambres sont vidées pour limiter tout risque de contagion, « les infirmières doivent continuellement sortir chercher ce dont elles ont besoin. Cela ajoute beaucoup de travail pour tout le monde ».

L’accouchement…un moment inoubliable. | Photo de Suzi Livingstone, Voyage Birth

Changement de plan

Les autorités sanitaires ont souscrit à la plateforme Zoom pour créer des cliniques virtuelles et faire des visites en ligne là où c’est possible. Sur le plan technique, les professionnels ont eu besoin d’acheter des gants, des masques et du matériel pour se protéger. Et les directives évoluent à mesure qu’ils en apprennent davantage sur ce nouveau virus.

Un sentiment partagé par Suzi Livingstone : « Comme tout le monde, COVID nous a forcés de changer la manière dont nous travaillons. Nos classes et nos sessions se font en visioconférence ». Elle passe désormais beaucoup de temps virtuellement avec ses clients pour les rassurer, partager les résultats de recherches, et évaluer toutes les possibilités. Elle note d’ailleurs un regain d’intérêt pour les doulas, « les gens aiment l’idée d’engager quelqu’un qui se tient au courant alors que l’accouchement semble plus accablant que d’habitude. Les nouveaux parents veulent l’expérience, les ressources, et le calme qu’offre une doula ».

Beaucoup de ses clients ont d’ailleurs décidé de donner naissance à la maison « car l’hôpital semble dangereux et trop inconnu durant cette période ». Mme Campbell confirme : « Je travaille au Community Birth Program de Surrey, et il y a eu une forte augmentation des demandes d’accouchement à domicile. Nous essayons de nous adapter ». Certaines sages-femmes acceptent d’effectuer davantage d’accouchements à domicile, tandis que d’autres ont restreint cette possibilité en raison du manque de protection.

Les deux professionnelles tiennent cependant à rassurer et rappellent que des ressources – telles que la Pacific Postpartum Society (www.postpartum.org) – existent. Avec les médias sociaux, il est facile de trouver d’autres parents dans la même situation et s’entraider.

Tout en conservant les gestes barrières, « prenez ce temps pour ralentir et vous concentrer sur votre santé et celle de bébé ». Par exemple des marches quotidiennes, du yoga sur YouTube, parler avec ses proches, faire de bons repas et des activités qui rendent heureux.

Livingston rappelle : « Entourez-vous d’une équipe à qui vous faites confiance : sages-femmes, docteurs, doulas – peu importe. Sachez que les bébés naissent tous les jours, partout dans le monde, dans toutes les tragédies, pandémies et situations imaginables. Vous êtes fortes et capables ».

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