L’échographie portable, aide au dépistage du coronavirus

Un patient en train d’être diagnostiqué de la COVID-19.

À l’heure où le monde entier trépigne pour trouver un vaccin, on oublie parfois l’importance du diagnostic. Purang Abolmaesumi et la Dre Teresa Tsang, collaborateurs sur le projet POCUS, reviennent sur le développement d’une application mobile pour lire les échographies, un dispositif qui peut s’avérer crucial dans le dépistage de la COVID-19.

Qui n’a pas vu ces images de longues tiges plongées dans le nez pour tester des patients dans les médias ? On entend aussi parler de tests moléculaires et de prises de sang mais les délais annoncés sont longs. Cependant, une équipe de chercheurs de l’UBC a mis au point un dispositif de dépistage utilisant un scanner et un téléphone mobile capable d’accélérer les délais de diagnostic de la maladie.

La mobilité du dispositif est au cœur du projet. « Ces dispositifs utilisent un système d’ultrasons portatif, interconnecté à une application mobile accessible sur téléphone ou tablette, pour diagnostiquer au chevet du patient, que ce soit dans une clinique de ville, une clinique de campagne ou un endroit isolé », explique Purang Abolmaesumi, professeur d’ingénierie électronique et informatique, ayant travaillé sur le projet.

Robert Rohling, professeur d’ingénierie électrique et informatique et d’ingénierie mécanique.

Ce projet a été développé par une équipe composée du Dr Oron Frenkel, médecin urgentiste au St Paul’s Hospital et assistant professeur clinique à la faculté de médecine de l’UBC; la Dre Teresa Tsang, cardiologue à UBC, professeure de médecine et directrice du service d’échocardiologie au Vancouver General Hospital et à l’UBC Hospital; Purang Abolmaesumi, professeur d’ingénierie électronique et informatique, et Robert Rohling, professeur d’ingénierie électrique et informatique et d’ingénierie mécanique.

L’échographie connectée

Le projet POCUS (Point-of-Care Ultra Sound) vise à fournir au personnel de première ligne des dispositifs connectés qui peuvent être utilisés dans le diagnostic de cas de COVID-19. « POCUS utilise des ondes ultrasons, transmises par les poumons, pour identifier des images uniques à l’échographie associées à la présence de la COVID-19 chez les patients », explique Purang Abolmaesumi.

Ce dispositif fonctionne en temps réel et va comparer les données recueillies avec celles d’une banque de données et l’aide d’un algorithme développé par une intelligence artificielle. Cette technologie d’imagerie de pointe permet d’obtenir des résultats assez fiables. « Les données glanées au niveau mondial concernant la COVID-19 suggèrent que POCUS puisse être plus sensible à la détection de la pneumonie de la COVID-19 que certains tests moléculaires, qui sont aussi soumis à des délais de laboratoire », explique la Dre Teresa Tsang.

Teresa Tsang, cardiologue et professeure de médecine.

Cependant, ce dispositif seul ne suffit pas à diagnostiquer la présence du virus. « Cette technologie apporte des informations complémentaires à un médecin. Elles doivent être intégrées à d’autres tests d’imagerie et de tests moléculaires pour un diagnostic plus rapide et donc, une meilleure gestion des patients », explique la Dre Tsang.

La tentation de l’auto-diagnostic est réelle devant la facilité d’exécution du procédé. S’il est possible de télécharger l’application en question pour le grand public, elle sera totalement caduque sans le matériel médical approprié et surtout, sans l’interprétation d’un professionnel et des résultats d’analyses
complémentaires.

Purang Abolmaesumi, professeur d’ingénierie électronique et informatique.

Une technologie sûre et facile à utiliser

Lorsqu’on évoque l’échographie, le premier mot qui nous vient à l’esprit est la grossesse. Pourtant, cette technologie est également utilisée dans d’autres domaines médicaux. « Ce même appareil utilisé pour l’imagerie pulmonaire peut l’être pour d’autres organes, y compris le cœur et les reins, qui peuvent être impactés par la COVID-19 », explique le professeur d’ingénierie électronique et informatique.

Oron Frenkel, médecin urgentiste et assistant professeur clinique.

Purang Abolmaesumi rappelle que cette technologie, peu intrusive, est utilisée en milieu médical depuis des décennies : « L’échographie est une technologie sûre qui a été utilisée dans les cliniques lors des 40 dernières années. Elle utilise de très petites ondes mécaniques qui sont transmises au corps par une très faible puissance. C’est un fonctionnement très similaire à l’imagerie des radars ou à celui d’une chauve-souris qui évolue dans un labyrinthe. »

Ce système d’échographie minimaliste est une aubaine pour les professionnels de santé des régions rurales et isolées. Cinquante unités sont déjà prêtes à être déployées et une trentaine d’autres appareils devraient être distribués dans des unités de soins intensifs urbains gérés par le Vancouver Coastal Health. Le dispositif peut permettre de désenclaver les régions et désengorger les centres de dépistage : un véritable gain de temps qui peut sauver des vies.

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