Black Gold : les pierres parlent

Bitume et pétrole. C’est une performance qui montre la beauté et la complexité tellurique mais surtout le lien entre l’Homme, le monde minéral et l’Univers. Plongée dans le monde de Tsēmā Igharas.

Les minéraux sont vivants et Black Gold, performance artistique interdisciplinaire, sait mettre en valeur cette vie insoupçonnée. « On se concentre sur un travail plus physique à la galerie grunt. On pousse le concept et c’est vraiment intéressant », explique Tsēmā Igharas, artiste interdisciplinaire et membre de la nation Tāłtān.

Ce travail de réflexion sur la proximité des mines et la présence de leur produit fini dans la vie quotidienne a démarré alors qu’elle étudiait à l’Université d’Art et de Design Emily Carr. La relation entre l’humain et le minéral est au centre des travaux de Tsēmā Igharas. Il faut remonter à son précédent projet, Ore Body pour comprendre la dimension de Black Gold.

Réfléchir sur le cycle de l’exploitation pétrolière
L’exploitation minière ne date pas que de l’époque coloniale. L’artiste pluridisciplinaire a effectué de nombreuses recherches, réalisé des impressions 3D d’objets anciens et écumé de multiples archives : « J’ai trouvé que les autochtones en utilisaient sur leurs canoës. »

Tsēmā Igharas, Black Gold, 2019. | Photo par Katy Whitt

Pour Black Gold, Tsēmā Igharas faisait des essais photographiques : « C’était la porte d’entrée dans cette matière première. Cette phase m’a permis de saisir l’abstraction du matériau, sa beauté, ses qualités sculpturales, son éclat, cette séduction indéniable. »

L’artiste a questionné des jeunes de la région, leur mettant entre les mains le matériau brut et a constaté une séparation très nette entre l’exploitation de la terre et de ce matériau et ses conséquences.

Lors de la phase de réflexion sur la transformation du matériau, ils ont constaté que beaucoup d’objets dans la pièce où nous étions pouvaient potentiellement venir de cet endroit. « Le projet s’est achevé lorsque nous nous sommes rendu compte que nous étions tous liés à ce problème par notre consommation quotidienne », partage l’artiste.

La corrélation
Natasha Chaykowski, conservatrice du projet Black Gold et directrice d’Untitled Art Society, connaît Tsēmā Igharas depuis environ quatre ans et elle est fière de compter cette artiste parmi les talents de l’Untitled Art Society. Cette organisation soutient des étudiants fraîchement diplômés et des artistes prometteurs.

« Lorsque Tsēmā faisait ce projet, un été, il y a eu de grands feux de forêts, dont les plus dévastateurs enregistrés en Colombie-Britannique et ayant touché la région dont elle est originaire », explique-t-elle. « Les fumées avaient été poussées vers les montagnes jusqu’au centre de l’Alberta et c’était complètement apocalyptique parce que le ciel était de plomb tous les jours avec ces nuages de cendres. »

Cet évènement a véritablement mis en exergue le sens du projet pour elle : « On a vraiment pensé à ce cycle, cette relation entre les feux de forêts, le changement climatique et les catastrophes naturelles, venant de Colombie-Britannique et allant jusqu’en Alberta. Mais cela a aussi mis encore plus en valeur le cycle de l’extraction venant d’une région et son produit exporté dans une autre. »

Le miroir minéral de l’humanité
Tsēmā Igharas se souvient de ses débuts, alors qu’elle cherchait un espace de recherches, effectuées sur l’exploitation minière, du point de vue autochtone. Natasha Chaykowski, dit-elle, avait eu vent de ses travaux.

« Nous avons allié nos forces et ce projet a été nommé Ore body », précise l’artiste. « Il incluait des portraits d’obsidiennes et des rubans de signalisation. L’une des parties du projet comprenait une résidence d’artistes en Alberta, ce qui a vraiment influencé le projet. Cela a été comme une préface de ce qu’il s’est passé ».

Poursuivant ses intérêts sur le bitume et le pétrole, partage Mme Chaykowski, l’artiste s’est penchée sur la particularité de ces substances d’être un des maillons dans une grande chaîne énergétique, un système dont l’humain fait aussi partie. Lorsque le bitume est extrait et raffiné pour être ensuite brûlé, une énergie s’en dégage qui fait fonctionner les voitures, les tracteurs et réchauffe les maisons.

« C’est la même chose que cette énergie qui nous permet de vivre, de respirer et d’exister, une énergie stockée dans une substance issue du soleil il y a des millions d’années. C’est cette sorte de relation qu’il y a entre nous (et entre tout) et le bitume et le pétrole », conclut Natasha Chaykowski.

La performance Black Gold à la galerie grunt se tiendra du 22 janvier au 16 avril et est à découvrir en personne (les restrictions liées à la Covid-19 sont évidemment respectées). www.grunt.ca

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