Attirer l’intention

L’an est là. Quel élan ! 2021, enfin te voilà : à l’heure, comme toujours. Certes tu t’es fait désirer. Nous t’attendions, il est vrai, avec impatience. Ta présence désormais peut enfin nous faire croire à des jours meilleurs. Suis-je dans l’erreur ? Trop tôt pour te prononcer ? Je vois, de peur de te tromper, tu n’oses t’avancer. Je te comprends : nous ne sommes jamais assez prudents. Quoi qu’il en soit, tu es bienvenu parmi nous. Installe-toi confortablement et surtout protège-nous si tu tiens vraiment à nous plaire. Alors allons-y, c’est parti, vogue la galère.

« L’an est là. Quel élan ! 2021, enfin te voilà : à l’heure, comme toujours. »

Melchior, Gaspard et Balthazar, nos trois Rois mages, sans oublier François le quatrième dont on a tendance à ignorer l’existence, étaient de passage comme de coutume. Dans leurs bagages, exceptionnellement cette année, au lieu de l’or, de la myrrhe et de l’encens, se trouvaient des masques, des gants et des produits désinfectants. Qu’ils sont sages ces mages. Ils méritent qu’on les encourage. Pendant que j’y suis, messieurs les Rois, merci aussi pour la galette de l’épiphanie qui cette année avait un goût de confiné.

Le 1er janvier, plutôt que de m’imposer des résolutions, souvent trop contraignantes, je me suis fixé un autre objectif moins rébarbatif qui consiste à établir, pour mes besoins, une liste de bonnes intentions à tenter de réaliser. Celles-ci, même mal abouties, n’entraînent pas automatiquement un sentiment d’échec ou de culpabilité car, comme chacun le sait, c’est l’intention qui compte. Attention, ne pas se fier au dicton « l’enfer est pavé de bonnes intentions ». Le paradis l’est aussi. Pour y arriver, pas besoin de se faire prier. Aucune crainte, aucune contrainte.

Ci-suit, quelques intentions qui devraient me guider au cours de cette année 2021.

La première s’impose de toute évidence : me faire inoculer dès que mon tour viendra. Je n’ai pas encore décidé, car ce genre de décision ne se prend pas à la légère et je ne voudrais surtout pas politiser la question, mais j’aimerais savoir laquelle de mes deux épaules, la droite ou la gauche, j’offrirai la première en sacrifice au vaccin. Un choix, j’imagine, moins difficile que celui auquel Abraham le patriarche fut confronté, mais un dilemme quand même qui m’attend au tournant et que je compte régler dès que possible.

Autre intention qui me tient à cœur : offrir, dès le premier jour où nous aurons le feu vert, à toute personne qui n’y portera pas ombrage et qui croisera mon chemin, un choix de baisers, de bisous, d’embrassades, d’accolades et de poignées de main à profusion afin de rattraper le temps et les occasions perdus. La résilience est un plat qui ne se mange ni chaud ni froid mais à point.

J’ai aussi fait le vœu de me désabonner de tous ces services en streaming, Netflix et Cie, qui me sont offerts à domicile. En lieu, par cet abandon, afin de combler mes soirées, le moment où l’autorisation me sera donnée, je me rendrai, le plus régulièrement possible, soit dans une salle de concert ou bien dans celle d’un cinéma ou d’un théâtre. Je m’assoirai directement à côté de quelqu’un sans obligatoirement m’assurer qu’un siège vide nous sépare. Au diable la crainte de la promiscuité. Il est fort possible que je me fasse traiter de pervers, un risque que je suis prêt à encourir, mais qu’importe; j’ai trop souffert du manque de contact humain. Je veux voir du monde. J’ai besoin de regarder les gens dans les yeux et de me rapprocher du peuple. J’en ai assez de parler à mes plantes ou à mon chat, de n’avoir à toucher que mes meubles et ma vaisselle et de couvrir de becs seul mon perroquet.

Je compte aussi éviter les rencontres zoomées. Ce service de visioconférence a bien servi pour un moment mais il est temps pour moi de l’abandonner. Vous vous rendez compte : pour ne pas paraître malade ou ridicule à l’écran, comme la plupart de mes interlocuteurs, avant chaque séance, je dois me laver, me raser, me peigner et bien m’habiller en plus de m’assurer que le décor de mes étagères à l’arrière-plan soit flatteur et évocateur. J’ai dû, pour ce faire, emprunter des livres à mes voisins, l’un avocat, l’autre médecin et un autre, professeur d’histoire d’art, pour remplacer ceux de ma collection de bandes dessinées et de magazines pas très sérieux. Ça paraît bien, ça paraît mieux. Seulement voilà, maintenant je dis : c’est assez, ça suffit, halte à la supercherie. Zoom, comme Capri, c’est fini.

Pour terminer enfin, passé le 20 janvier, j’ai l’intention de rayer à tout jamais le nom de Donald le Trumpeur de mes pensées. Ce sera sans doute pour 2021 le défi le plus difficile à relever mais j’ai bien l’intention d’y arriver.

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