Un papillon néon pour la réconciliation

Dans l’exposition Indigenous History in Colour, Luke Parnell, issu des cultures Nisga’a et Haida, nous propose d’explorer et de comprendre l’idée de réconciliation, du point de vue d’un artiste.

Après un grand succès à la MKG127 Gallery de Toronto l’été dernier, son exposition sera présentée à la Bill Reid Gallery du 3 février au 9 mai.

Nouvelles perspectives
En mélangeant les éléments de l’art traditionnel autochtone de la Côte Nord-Ouest aux références de la culture populaire et à l’art conceptuel, History in Colour offre une nouvelle perspective sur l’histoire autochtone en redéfinissant les notions de représentation, de réconciliation et d’appropriation, comme dans le tableau intitulé Beat Nation, issu d’une série abordant le concept d’appropriation, qui représente un jouet « mon petit Poney » jouant d’un tambour autochtone, sur un fond bleu turquoise rappelant l’aspect tape-à-l’œil de murales Pop Art.

Luke-Parnell de dos (capture issue du court-métrage Remediation). | Photo de Luke Parnell

Explosion de réconciliation néon
Mais l’œuvre la plus imposante d’Indigenous History in Colour est une installation collaborative prenant la forme d’une façade de maison longue traditionnelle de la Côte Nord-Ouest intitulée Neon Reconciliation Explosion (2020). Cette œuvre, représentant un immense papillon dans le style Nisga’a, est composée de quarante-quatre panneaux issus d’un projet de peinture interactif.

Invité à participer au festival artistique Home Away Home célébrant la diversité au Kensington Market de Toronto, Luke Parnell avait créé une œuvre interactive pour le festival. « Je demandais alors aux gens qui étaient au festival s’ils voulaient peindre un panneau, si c’était le cas, je leur disais : « Avant de peindre, je veux que vous pensiez à ce que la réconciliation signifie pour vous, vous pouvez peindre ce que vous voulez, vous pouvez respecter mes lignes si vous voulez, si vous ne voulez pas ça me va, c’est votre peinture. » […] Le projet s’est poursuivi sur quatre jours et a eu une grande variété de participants « des gens que j’ai invités sur les réseaux sociaux à des inconnus qui passaient par là », précise l’artiste. Ce projet multiplie ainsi les points de vue pour aboutir à une définition à la fois plus vaste et plus personnelle de la réconciliation, mais en fait aussi un concept plus vivant et évolutif.

Mosaïque
Car au-delà des couleurs joyeuses inspirant un certain optimisme, cette mosaïque moderne incite à la réflexion en associant ces tons vifs à un sujet aussi complexe et parfois très douloureux que la réconciliation, dans un pays qui cherche encore un chemin vers l’harmonie. « Je ne considère pas les Canadiens comme les descendants de colons blancs, je les vois comme des colons. Le processus de colonialisme est en cours, il n’est pas terminé, nous ne sommes pas dans un pays postcolonial », développe Luke Parnell, invitant le public à considérer les conséquences de l’histoire et de nos actions sous un autre angle mais aussi la responsabilité et le besoin d’implication de chacun dans le processus de réconciliation.

Photo par Toni Hafskenscheid

Papillon
Et le choix du motif pour cette œuvre n’a pas été laissé au hasard : le papillon symbolise une certaine inclusion, dépassant l’appartenance clanique et communautaire. « Dans la danse clanique Nisga’a nous appelons les gens à danser par clan ; par exemple quand nous voulons que les aigles dansent, nous appelons les aigles et tous les aigles se lèvent et dansent. Nous le faisons jusqu’à ce que nous soyons passés par les quatre clans et ensuite, pour que personne ne soit laissé de côté, nous appelons « Papillon ! » pour les gens qui n’ont pas de clan ou appartiennent à un clan non représenté par nos quatre clans. J’ai utilisé le papillon afin de pouvoir représenter autant de personnes que possible et je ne voulais offenser personne en utilisant leur clan sans permission », explique Luke Parnell. Et c’est en transcendant l’appartenance clanique et en enrichissant son art par de nouveaux regards et des couleurs éclatantes que l’artiste rend le concept de réconciliation plus concret, plus éloquent, à seulement quelques battements d’ailes.

L’exposition est accessible du mercredi au dimanche, de 11 h à 17 h, à la Bill Reid Gallery. Plus d’informations sur billreidgallery.ca. Retrouvez les dernières créations de Luke Parnell sur instagram @lukifer10.

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