Un chez-soi commun à peindre et à choyer

« Le Beau est ce qui plaît universellement sans concept » affirmait le philosophe allemand Emmanuel Kant dans Critique de la faculté de juger. Et c’est ce qui transparaît dans les tableaux de Li Xingjian, dont le pinceau révèle les paysages à la fois grandioses et paisibles de la Chine, son pays natal, et du Canada, sa maison d’adoption.
Photo de l’international Arts Gallery

Ses œuvres, exposées dans A Place to Call Home à la International Arts Gallery de Vancouver, du 1er au 22 mai 2021, dépeignent ce que la nature a de plus beau et de plus pur à offrir, cherchant à susciter une « émotion authentique », comme celle que procure une balade en forêt ou un après-midi ensoleillé au bord d’un lac en bonne compagnie.

Immortaliser l’émotion

Mais la simplicité apparente du trait de pinceau de l’artiste est le fruit d’années de travail et d’études auprès des plus grands maîtres chinois de peinture traditionnelle tels que Ye Qianyu, Jiang Zhaohe, Li Kuchan, ou encore le grand Li Keran ayant influencé et modernisé la peinture chinoise contemporaine, pour arriver à saisir l’essence même d’un paysage, immortaliser l’émotion la plus profonde. Car « l’art ne connaît pas de frontières, et tant que les peintures sont « vraies, vertueuses et belles » [selon le canon de l’art traditionnel chinois, N.D.L.R.] mais aussi pleines de poésie, plutôt que des « peintures chinoises » stéréotypées qui se ressemblent, les Canadiens les comprendront, les accepteront et les préféreront certainement » aux tableaux plus scolaires et reproductibles, explique le peintre. Et Li Xingjian a pu en faire l’expérience lui-même alors qu’il résidait à Paris, en 1988, pour se familiariser avec l’art occidental en étudiant les riches collections des musées parisiens, pour ensuite ouvrir les portes de sa première exposition personnelle à la galerie d’art de la “Cité internationale des arts”, où il fut très ému des éloges et de l’accueil chaleureux que la critique lui réserva. À sa grande surprise, ce furent des vieilles dames parisiennes qui commandèrent ses premiers tableaux. Ses oeuvres avaient réussi à transcender les barrières culturelles et générationnelles pour toucher un public sensible à ses dégradés de couleurs, la fraîcheur qu’émanent ses tableaux, et sa maîtrise technique.

Royaume de Beauté

Et quand cet ancien professeur de la prestigieuse Académie centrale des Beaux-Arts de Chine découvre le Canada en 1995 lors d’un voyage avec sa femme, ils sont émerveillés par « les majestueuses Rocheuses canadiennes, les vastes champs de glace, les lacs aux eaux claires comme des émeraudes et les forêts vierges sans fin… », qui leur donnent l’impression de pénétrer « un royaume de beauté ». Le peintre sera exposé la même année pour la première fois, invité par le Centre culturel chinois de Vancouver, ville dans laquelle ils finiront par s’installer, à leur retraite. L’artiste peintre essaye alors de capturer le charme et la richesse des paysages canadiens, intériorisant ces nouvelles sources d’inspiration en y appliquant des techniques traditionnelles chinoises. « Je veux également essayer d’utiliser la peinture à l’encre de Chine pour représenter le paysage du Canada. C’est aussi un nouveau défi pour moi », explique Li Xingjian.

Maison commune

Et ce dernier aspect est d’une importance majeure, car l’histoire de la Chine est peuplée d’artistes limogés, forcés de migrer, chantant la beauté de leur campagne natale, se languissant de ne pas pouvoir admirer les paysages de leur village, cristallisant l’idéal de beauté de cette campagne rêvée pour en faire un canon artistique et littéraire, où sont célébrées le joies simples, la vie minimaliste et la beauté authentique. Qu’un artiste aussi chevronné choisisse de quitter sa province et son pays natal pour immigrer et adopter ces nouveaux paysages, ces nouvelles influences pour célébrer la beauté et l’harmonie de ce nouveau « chez-soi » apporte un souffle nouveau à la peinture chinoise. En mélangeant tradition et nouvelles influences, techniques, Li Xingjian ouvre la voie à une nouvelle génération d’artistes, redéfinissant l’idée de « chez-soi » par leur art et leur inspiration. « En tant que peintre, je dois adopter une perspective plus large et voir tous les êtres humains [comme] vivant dans un « village mondialisé » ; peu importe notre pays, notre culture, notre groupe ethnique…… nous devons tous prendre soin de notre maison commune »,
partage l’artiste.

A Place to Call Home à l’IAG, au rez-de-chaussée du 555 Howe St. Pour plus d’information, consulter le site de l’IAG www.iagbc.com/a-place-to-call-home-homepage/ ou téléphoner au (604) 688 1161.

Leave a Reply